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Les catastrophes sont souvent de bons enseignants



Le dicton 'A hi’o i to mou’a, ti muri te tapu ’ati , "Regarde ta montagne, derrière s’annonce un malheur", signifie qu’en permanence, il importe de surveiller "sa" montagne annonciatrice des crues destructrices de "sa" rivière.  (Tableau de Kowalski Zygmunt)
Le dicton 'A hi’o i to mou’a, ti muri te tapu ’ati , "Regarde ta montagne, derrière s’annonce un malheur", signifie qu’en permanence, il importe de surveiller "sa" montagne annonciatrice des crues destructrices de "sa" rivière. (Tableau de Kowalski Zygmunt)
Il arrive que des catastrophes fassent se connecter nos neurones plus sûrement que les meilleurs enseignants de la planète. Encore que... si l’âne ne retombe jamais dans le même trou, nous les humains, tout au long de notre vie, répétons parfois les mêmes erreurs avec un extraordinaire entêtement. Et, comme Gavroche des Misérables : "Je suis tombé par terre, C’est la faute à Voltaire, Le nez dans le ruisseau, C’est la faute à Rousseau", nous adoptons avec délectation, le rôle d’éternelle victime de démons malfaisants aux visages multiples.
Il arrive que l’atteinte au porte-monnaie rende plus intelligent. Mais dans un système dominé par plus de cinquante ans de clientélisme, une culture de tīpara, mendicité, s’est substituée à l’ancestrale dignité insulaire où chacun se devait de puiser en soi le ressort pour surmonter les épreuves et concourir à la prospérité de tous... sous peine d’être déclassé ’āiha, bon à rien, mangeur de restes. La solidarité agissante ne pouvait excéder les limites de la collectivité insulaire d’alors. Ce qui était un formidable aiguillon pour se découvrir des capacités insoupçonnées et stimuler la vigilance. Tel le dicton : ’A hi’o i to mou’a, ti muri te tapu ’ati, "Regarde ta montagne, derrière s’annonce un malheur." Ce qui signifie qu’en permanence, il importe de surveiller "sa" montagne annonciatrice des crues destructrices de "sa" rivière. Météo France n’a pas les outils de mesure et de prédiction pour chaque vallée. Aujourd’hui, même si beaucoup sont encore imprégnés de la dynamique de dignité, nos politiciens papas Noël ont tant favorisé le laisser-aller servile pour mieux jouer aux sauveurs, que tout le monde s’en prend plein la figure quand les éléments se déchaînent. Les pluies torrentielles font de particuliers ravages depuis fin 2015. Pour autant, aucune brigade spéciale ne semble avoir été formée pour nettoyer les arbres menaçant en amont des cours d’eau… Nul non plus n’a délogé des installés sur les rives en dépit du bon sens et de l’intérêt général, dangereux pour eux-mêmes et autrui. Nul n’a pensé donner l’instruction aux courageux pompiers de mettre des panneaux d’interdiction de circuler sur la route de l’hippodrome, lit initial de la Nahoata qui s’y est réinstallée ce sinistre dimanche matin balayant tout sur son passage. Certains automobilistes eurent tort de faire confiance aux autorités. Au feu vert du pont de la Nahoata, ils sont passés… pour être ballottés sur les flots en furie avant d’abandonner leur véhicule, se blessant grièvement parfois. Comme veilleurs de la sécurité des personnes et des biens, il y a mieux. J’ignore si malgré sa reconnaissance du fait nucléaire, la France aura toujours les moyens de pallier nos inconséquences aux effets morbides et mortifères. Il y a urgence à retrouver les principes traditionnels de responsabilité individuelle et collective. Bien des victimes n’auraient pas dû l’être ou tout au moins pas à des niveaux catastrophiques si les pouvoirs publics avaient fait leur boulot. Gouverner, c’est prévoir, anticiper les problèmes et non uniquement constater, chiffrer le coût du colmatage de brèches de négligence et présenter la facture à l’Etat. Je me demande quand des sinistrés pour cause de laxisme les poursuivront en justice. Des entreprises de Papeete commencent à poser les bonnes questions aux autorités du Pays si ombrageuses sur leurs champs de compétence. Ils mettent en évidence ce qui n’a pas été fait et qui aurait dû l’être. Il est en effet possible d’éviter que le cauchemar ne recommence. Des personnes réveillées en sursaut, subitement submergées dans plus d’1m50 d’eaux boueuses charriant des troncs d’arbres cognant et brisant tout sur leur passage sont durablement traumatisées, meurtries et appauvries. Elles résidaient pour beaucoup à bonne distance de nos ruisselets-oueds : à sec la majeure partie de l’année et soudainement exubérants.
En ces lieux, sous forme de chantiers de développement, il serait judicieux de remplir les vides des journées de chômeurs et chômeuses par une initiation au milieu naturel associant la lutte contre les pestes végétales (tulipier du Gabon, miconia, faux acacias, cecropia, falcata…) et la prévention des risques naturels. Cela se ferait selon un rythme trimestriel où la valorisation des matières premières que sont les troncs et branches de certains arbres, ferait partie du programme. Il y a fort à parier que le coût de telles opérations réduirait fortement celui des intempéries. Nous agirions ainsi en bons parents prenant soin de tous nos enfants et de notre environnement.
Un ami raconte qu’il y a une cinquantaine d’années, sa tante avait loué des parcelles de sa terre longée par une rivière, à des gens venus "des îles". Au cours du temps, les loyers pourtant dérisoires ne furent plus payés. Les ex-locataires devenus squatters ont pris leurs aises, se sont étendus et ont construit à ras la rive… agissant selon leur bon plaisir. Cette dame, aurait pu faire siennes les paroles de Henri Hiro : "Si tu étais venu chez nous, nous t'aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t'accueillir chez toi." Les récentes pluies ont emporté toute trace de leur occupation indue, soulageant la tante du pénible devoir d’expulser ceux qui se comportaient en maîtres chez elle tout en déployant leur dénuement en étendard. En hâte, elle vient de clôturer son bien foncier, renvoyant aux autorités le soin de résoudre les problèmes de ces gens sans terre à Tahiti mais propriétaires dans des îles, cohéritiers estimant légitime d’exiger terre et logement sans bourse déliée et sans contrepartie aucune. (Hum ! bulletins de vote ?) Une telle attitude favorise l’irresponsabilité et l’incivisme dans un inéluctable mécanisme accroissant les vices de formes et comportements. Il devrait y avoir un échange avec leurs quoteparts d’ayants droit. Depuis l’aube de l’humanité, le contre-don libère celui qui a reçu un don.
Le saccage de l’âme polynésienne par les missionnaires suivie par la colonisation française, quand il n’y eut plus que 6 000 habitants à Tahiti, sont des faits qui ont fabriqué notre identité métissée aux appartenances multiples. Et alors ? Aujourd’hui nous appartient et nous offre tout un éventail de possibilités sans rien renier de ce qui nous a mis au monde. Il y a urgence à sortir des schémas mentaux simplistes et de l’alibi d’une soi-disant fatalité amère. En prenant exemple sur le héros Maui qui questionne le monde, les astres et les dieux pour sortir de l’enfermement et s’épanouir. Maui est un héros civilisateur, car il éloigne les marges de l’inconnu toujours terrifiant. En identifiant et maîtrisant les causes de la peur, il a favorisé l’émergence de sociétés humaines apaisées.
Or, notre actuelle société recèle en son sein, d’autres sources d’inquiétude majeure que les phénomènes climatiques. Les sessions des assises révèlent l’absence gravissime de politique de santé mentale depuis des décennies. Des malades mentaux pourtant identifiés tels sont abandonnés à leurs familles démunies qui les abandonnent ci et là dans une île ou l’autre. Dans cette île, quand ces aliénés obéissant à des voix ne tuent pas, ils sont tués par quelqu’un qu’ils ont menacé de mort durant des jours. Décidément, il y a quelque chose de préoccupant dans la manière dont nous sommes gouvernés. Tout comme il est inquiétant de circuler hors de sa boîte automobile quand, aux feux tricolores, des individus évidemment "chargés" de psychotropes, tentent d’ouvrir la portière, les yeux hagards ouvrant sur un univers effrayé effrayant de confusion. Tant il est vrai que les prisons les plus redoutables sont les prisons intérieures.
Chers présidents, députés, sénateurs, élus, ministres, personnels de cabinet de tous ordres ; si vous êtes là où vous êtes, aux tarifs (auto-)octroyés, c’est pour nous offrir une société où la sérénité surmonte la peur. Ne l’oubliez pas. Fa'aitoito. 'Ia ora na.

Samedi 25 Mars 2017 - écrit par Simone Grand


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Vendredi 6 Octobre 2017 - 22:22 Faaite de douloureuse mémoire


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La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier