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Notre jeunesse à la dérive



En début d'année 2016,  l'affaire du "gang des vélos" prend de l'ampleur. Ils seraient une quarantaine de jeunes  à vélo à agresser verbalement les noctambules de Papeete.  Ils s'amuseraient également  à narguer les forces de l'ordre pour échapper aux contrôles. crédit photo : Tahiti Infos
En début d'année 2016, l'affaire du "gang des vélos" prend de l'ampleur. Ils seraient une quarantaine de jeunes à vélo à agresser verbalement les noctambules de Papeete. Ils s'amuseraient également à narguer les forces de l'ordre pour échapper aux contrôles. crédit photo : Tahiti Infos
Rassurons-nous, tous nos jeunes ne sont pas à la dérive. Mais il serait judicieux d’en faire un état des lieux et se poser les bonnes questions. Car il suffit de quelques-uns pour semer la panique dans la ville de Papeete les mercredis et vendredis après-midi, voire envoyer des passants à l’hôpital et donc augmenter le trou de la CPS et endeuiller des familles.

Ici, la tendance est de dire : "Les tupuna employaient la manière forte et rossaient les désobéissants." Or, s’il est vrai que les familles anglaises pratiquaient les sévices corporels sur les plus faibles d’entre eux avec raffinement, y compris dans les collèges huppés, ici, l’enfant à la naissance acceptée, était sacré. Cette sacralité fut interprétée à tort comme étant une royauté, donnant lieu au mythe importé de "l’enfant roi" qui servit d’alibi à bien des jugements lapidaires erronés. Et nous savons ce qu’il advint de toute la sacralité indigène. Elle fut qualifiée de démoniaque… et l’est encore (hélas !) par des majestés officielles de la culture polynésienne.

Mais qu’importe hier, préoccupons-nous de notre aujourd’hui et maintenant. "L’enfant est une personne" (F. Dolto) et à ce titre mérite notre respect qui passe aussi par l’apprentissage des règles du jeu social et des limites imposées à notre liberté par l’existence d’autrui. "L’enfant est une personne" à qui les adultes que nous sommes doivent montrer qu’il est possible et nécessaire de secouer une classe politique reproduisant le système papa Noël en encourageant et récompensant la fainéantise et les incapacités.

L’enfant d’aujourd’hui comme celui d’hier, d’ici et d’ailleurs, passe par différentes étapes dont celle de l’adolescence qui, dans bien des sociétés, était et est l’objet de rites de passage vers l’âge adulte. Rites accompagnés d’épreuves physiques et psychiques, souvent douloureuses, mais encadrées et auxquelles participait toute la collectivité qui lui léguait son empreinte culturelle identitaire. En l’absence de prise en charge par les responsables adultes de tous bords des rituels initiatiques, les jeunes s’en inventent. Et c’est là qu’on entre dans la sauvagerie des bandes violentes. Cela fut et est observé, au fenua et à l’extérieur, et s’exprime par des bagarres, la recherche d’un état de conscience altérée par l’alcool, les drogues les plus diverses, le jeûne et tant de choses que l’esprit humain invente depuis l’aube de l’humanité. Cela peut aboutir à la mort infligée à autrui ou à soi-même.

C’est de nos enfants dont il s’agit et les dérives des uns ont inévitablement un impact sur la vie de tous. Ceci à l’instar des dépenses inconsidérées en nommant un "copain" à un poste créé sur mesure dans la fonction publique ou un de ses satellites qui appauvrissent matériellement et moralement toute notre société. D’autant que le bénéficiaire de largesses indues est d’autant plus sur-rémunéré qu’il ne sert à rien d’autre qu’à nous parasiter. Faut-il que les décideurs que nous avons élus pour prendre soin de nous soient à ce point déconnectés du réel pour ne pas réaliser que ces gaspillages ont un effet pervers sur la confiance en la vie de chacun. Tant il est déprimant de voir des vieilles lunes nous vampiriser et nous affaiblir davantage. Car si dans leur jeune temps, ces repêchés n’ont jamais brillé par une quelconque rigueur inventive, ce n’est pas aujourd’hui que la lumière jaillira de leurs cerveaux embrumés par l’alcool ou des décennies de sclérosante paresse mentale.

Dans notre présente réflexion, nous parions sur l’espérance et espérons que d’autres candidats à nous gouverner oseront se lever pour faire cesser l’incurie hélas toujours triomphante. Nous parions avec optimisme car nos enfants le méritent. Nos enfants ne sont pas différents de ceux des Islandais qui eux aussi vivent dans des îles, mais à des latitudes où le soleil peut se faire rare. C’est dire qu’à la limite, eux auraient plus le droit de râler que nous. Et ils ne sont ni plus ni moins nombreux que nous. Juste pareils.

Or, selon Martin Holtkamp : "En quelques années, l'Islande a quasiment éradiqué l'abus d'alcool, de tabac et de drogue chez ses adolescents, grâce au couvre-feu, à la prévention, au relèvement de la majorité et au sport à gogo."

Cette phrase laconique, extraite d’une publication plus étoffée, résume un combat mené par toute une communauté pour ses enfants dont elle avait fini par avoir peur. Les uns et les autres ont changé de rôles et sont désormais amis. Sans renoncer à leur autorité, les parents ont compris qu’il n’est nul besoin de rosser pour "apprendre à vivre" à leurs enfants. Bien au contraire. Ensemble, ils s’enthousiasment à lancer des défis et repousser les limites du possible. Au point que cette population de pas plus de 200 000 habitants a atteint les quarts de finale de l’Euro 2016 ! Ça n’est quand même pas rien. Et les supporters islandais en France ont attiré l’attention et la sympathie de tous par leur bonne humeur, leur serviabilité et leur humour. Osons leur demander conseil.

N’ayons pas honte de sortir de nos vieux schémas mentaux devenus larmoyants, revendicateurs, où c’est toujours la faute à bidule et machin.
Je suis persuadée que la saga de Doudou a été plus efficace que tous les sermons de jeunes et vieux barbons sentencieux. Dommage qu’il n’y ait pas d’autre mouvement pour prendre le relai. Le Heiva des chants et danses joue aussi un rôle fondamental dans l’apaisement des tensions sociales à des niveaux les plus divers. Même s’il y a des rivalités stressantes. C’est pour la bonne cause, c’est pour se dépasser. Et c’est quasi vertigineux de découvrir que nos gouvernants, si fièrement d’origine locale, aient décidé de fiscalement sanctionner les chefs de groupe qui, en général, perdent de l’argent dans l’aventure. Certes, l’expression de l’indignation de quelques-uns les a fait rétropédaler dans la stratégie de dépouillement de qui se dépouille déjà toute seule ou tout seul pour être porteur de lumière et apporter du bonheur à des milliers de danseuses et danseurs, musiciens et chanteurs. Sans compter les spectateurs et spectatrices…

Il nous appartient d’exiger une politique volontariste pour que nos enfants aient d’autres horizons et d’autres ambitions que le portefeuille de la vieille dame, du vieux monsieur, du touriste confiant ou de tout autre personne momentanément ou en permanence vulnérable. Et il serait bon de s’interroger pourquoi les établissements scolaires sont si fréquemment vandalisés.

Vendredi 8 Septembre 2017 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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De quoi se plaint-on ?

En août, l’ouragan Harvey frappait les États du Texas, de la Louisiane et du Tennessee, causant d’innombrables dégâts et surtout des dizaines de morts. La semaine dernière, c’est l’ouragan Irma qui frappait à son tour les Antilles, dévastant tout sur son passage et laissant derrière lui plus de 80 morts. Un autre ouragan, Maria, se profile à l’horizon, et devrait à nouveau frapper ces mêmes populations. Non loin de là, au Mexique, deux séismes provoquent la mort de plus de 200 personnes rien que dans la mégapole Mexico. Une partie de la planète paye aujourd’hui au prix fort les colères de la Nature. Si de tels phénomènes climatiques dévastateurs ont déjà été répertoriés sur cette zone sensible de la planète, on peut s’inquiéter de leur enchaînement pour le moins très court. À qui la faute ? Les climato-sceptiques ont aujourd’hui le mauvais rôle, mais avant de penser à rejeter les responsabilités, la priorité doit aller aux victimes. Les élans de solidarité fleurissent un peu partout dans le monde ; la Polynésie française, qui a toujours su tendre la main, n’a pas fait exception, d’autant que des compatriotes, habitants de Saint-Martin, comptent parmi les victimes humaines, morales et matérielles.
Dès lors, on peut être surpris d’entendre sur les ondes d’une radio des reproches quant à cette aide très substantielle de 6 millions de Fcfp au motif que des Polynésiens sont dans la misère. Comment aussi peu de compassion peut-elle encore habiter des Polynésiens ? Oui, la misère existe dans ce pays comme elle existe dans tous les pays aussi modernes et civilisés soient-ils, c’est un fait indéniable et inacceptable, mais qui ne doit voir ce peuple se refermer sur lui, occultant l’actualité du reste du monde.
Seule, la Polynésie n’est rien. Seule son ouverture sur le monde lui apportera la richesse nécessaire à son développement économique, mais aussi culturel. Ce développement, qui devra un jour conduire à une moins grande dépendance de la France nourricière, semble se dessiner, et pas obligatoirement là où on l’attend le plus. Notre éditorial de la semaine dernière est venu rappeler à quel point nous étions les champions des annonces de grands projets sans lendemain, mais il en existe un à "taille humaine" qui nous a été révélé cette semaine par l’homme d’affaires samoan Frederick Grey. Et si la Polynésie française pouvait booster son développement grâce à ses voisins polynésiens ? Après le câble sous-marin, voilà que d’autres liens se tissent avec un projet de desserte aérienne et même d'un paquebot de croisière entre les États insulaires. Une plus grande liberté de circulation entre ces pays avec des gains de temps de transport devraient conduire à de meilleurs échanges entre nos touristes américains et les touristes du sud-est asiatique de ces États.
Pour peu que cette clientèle ait les moyens de notre niveau de vie, la barre des 200 000 touristes pourrait enfin être franchie. Et à Tahiti, quand le tourisme va, tout va.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier