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Transports : améliorer le service et changer les habitudes


Lundi 12 Septembre 2016 - écrit par DS


Après un diagnostic sévère (lire notre édition du 13 au 19 novembre 2015, n°300), le ministère de l’Equipement vient de présenter son schéma directeur des transports collectifs et déplacements durables. Mais seul un transport en commun en site propre pourrait réellement améliorer le service. Des tronçons pourraient voir le jour dans quelques années sur Papeete et Faa’a mais pour un site propre en continu, il faudra attendre 2030.



Une fois encore, les transports collectifs sur Tahiti sont repensés après plusieurs tentatives qui ont fait long feu.
Une fois encore, les transports collectifs sur Tahiti sont repensés après plusieurs tentatives qui ont fait long feu.
Il est toujours possible de faire pire mais pour la situation des transports collectifs sur Tahiti, on peut se poser la question. La fin de la délégation de service public offrait une belle occasion de repenser le transport collectif et de l’accorder avec les préoccupations environnementales du moment.

Le ministre Albert Solia a présenté son schéma directeur des transports collectifs et déplacements durables de l’île de Tahiti pour 2016-2035 au CESC, qui a rendu un avis favorable en émettant beaucoup de réserves. L’objectif de ce schéma directeur est clair : tout refaire. Le diagnostic établit par plusieurs cabinets d’études (Egis, Systra et Pae Tai Pae Uta) était assez alarmant. Le prestataire choisit pour les trois délégations de service public concernant le transport collectif et le transport scolaire est allé au plus simple : laisser de côté les lignes qui ne rapportaient pas et desservir les autres, idem pour les horaires. Quand il est l’heure d’aller chercher les enfants à l’école, les même bus abandonnent les lignes régulières et se dirigent vers les établissements scolaires. Les horaires sont totalement aléatoires.

Pour le ministre Solia, le délégataire a une excuse : il est aujourd’hui « à ses risques et périls ». Cette forme de délégation de service public fait peser le risque financier de l’exploitation du service sur l’entreprise et non pas sur la collectivité. La société se rémunère sur le prix payé par les usagers du service. Il offre donc un service au moindre coût. Et la liste des dysfonctionnements s’est allongée jusqu’en 2009 où la DSP est carrément dénoncée mais les choses laissées telles quelles (lire notre édition du 13 au 19 novembre 2015, n°300).
 
 

Parallèlement à ce service qui se détériore, les voitures sont de plus en plus nombreuses sur les routes. Sans transports collectifs fiables, il n’y a pas beaucoup d’alternative… Les routes, elles, ne sont pas extensibles, surtout pas à Tahiti où le foncier est rare. Les bouchons augmentent, avec eux le taux de CO2 envoyé dans l’air et le stress des conducteurs. Bref, il était temps de faire quelque chose. De nouvelles dessertes, avec des horaires fixes et réguliers, des voies en site propre, des nouveaux bus, des abribus et une information claire des lignes et des heures de passage.

Voilà ce que prévoit dans un premier temps le schéma directeur. L’idée est d’améliorer le service très rapidement pour désengorger les routes. Mais une seule structure peut finalement rendre le transport collectif attractif : des passages réguliers, fréquents avec des horaires respectés. Et pour réussir à obtenir ce niveau de service, la voie en site propre semble indispensable. Réserver une partie de la route aux bus, à un tramway ou un autre véhicule, c’est ce qui rend possible le respect des horaires. Impossible d’arriver à l’heure si le bus est pris dans les bouchons comme les voitures. Impossible donc d’attirer des clients sans une voie en site propre. Cet axe structurant est bel et bien prévu dans le schéma directeur mais à l’horizon 2030.

Il s’agit de trouver du foncier pour la voie réservée aux bus mais aussi de la place pour construire des parkings relais, permettant aux conducteurs d’abandonner leur voiture et de devenir passagers. Beaucoup de travaux en perspectives.

 

Transports : améliorer le service et changer les habitudes

Mais d’ici là, le ministre Solia veut tout de même impulser un nouveau service car les routes pourraient bien se retrouver saturées très rapidement. « L’idée est d’améliorer tout ce que l’on peut sur le court terme : la flotte, le système, la billettique. On continue à installer des arrêts et des abris de bus. Et on met en place des zones de voie réservée là où on peut. » Il y aura donc bien des voies en site propre mais pas de manière continue. Une est prévue à Papeete pour faciliter la traversée de la ville entre le pont de l’Est et l’avenue Pouvanaa a Oopa. Et d’autres vont également être installées à Faa’a où l’emprise foncière est suffisante.

Mais si le service s’améliore, les habitudes doivent aussi changer. Qui est prêt à abandonner sa voiture pour prendre le bus ? La voiture est aujourd’hui le moyen de transport dominant à 77%. Son usage est quasi systématique, même pour des trajets courts. Aujourd’hui seulement 5% de la population emprunte les transports collectifs. Avec l’amélioration du service, le gouvernement espère atteindre 8%. Bien peu aux regards aussi des enjeux environnementaux.

D’ailleurs pour le CESC, ce schéma directeur des transports collectifs et déplacements durables ne va pas assez loin. L’institution considère que « le texte qui lui est proposé comme une base de travail permettant l’élaboration d’un véritable schéma directeur des transports collectifs étendu à l’ensemble de la Polynésie française ». « Il faut y aller pas à pas. On est sans arrêt en train de réformer. Là, nous voulons y aller calmement. Sur la traversée de Papeete, la mise en place d’une voie en site propre sera le premier point important, celui qui va faire le vrai changement », conclut Albert Solia.

Bus, tramway, bateau ou téléphérique ?


Cette question suscite beaucoup de débats passionnés. Une voie réservée aux transports collectifs doit être construite si l’on veut qu’ils soient efficaces. Mais que choisir pour ce site propre ? Plusieurs possibilités existent : des bus simples, des bus à haut niveau de service (BHNS), un tramway ou encore un tramway aérien sorte de téléphérique. Chaque mode a évidemment ses qualités et aussi ses défauts. Il s’agit de trouver celui qui correspondra le mieux aux besoins des Tahitiens et ce n’est pas si simple. « Il faut faire attention à ce que le besoin soit vraiment avéré et mettre le mode en perspective par rapport à notre situation », explique Sandra Forlini du Bureau des transports en commun. Le but étant de transporter le plus de monde possible et donc avoir un débit important.

De ce côté, c’est le câble le plus fort. « En 2011, on me prenait pour un hurluberlu. Aujourd’hui on étudie ma proposition », sourit avec satisfaction Jean-Claude Foglia qui porte ce projet de tram aérien depuis plusieurs années. Il liste les avantages : « C’est rapide à mettre en œuvre, cela fait très peu de bruit, ça limite l’emprise foncière, on redonne de l’espace à des déplacements plus doux, on peut transporter 3 500 à 6 000 personnes par heure et par sens… »

L’homme est convaincu que ce mode de transport est adapté pour Papeete et son agglomération. Cerise sur le gâteau, toujours selon le promoteur du système : son coût de fonctionnement est plus faible que les bus et ça pollue moins. Au ministère de l’Equipement et de l’Aménagement, on reste beaucoup plus réservé.

« Ce n’est pas aussi simple que c’est présenté. C’est envisageable dans certains endroits mais ça ne peut pas être la solution idéale pour notre système de transport principal », réplique le ministre Solia. Si le câble a un débit intéressant, il y a aussi des problèmes à résoudre.

« Nous n’avons pas fermé la porte au câble mais il ne faut pas que ça devienne une chimère. C’est effectivement un câble entre deux lignes mais notre île est courbée et il faudrait donc multiplier les piliers, qui coûtent chers. Ca demande aussi de lourds aménagements : il faut faire monter les gens et donc prévoir des escaliers, des ascenseurs. Il faut aussi des parkings relais. Et même si c’est le mode aérien, il y a quand même une emprise foncière et certaines problématiques urbanistiques restent de mise.  C’est considéré mais il faut prendre en compte l’ensemble des aménagements », précise Sandra Forlini.
 
Sur les navettes maritimes, le CESC invitait le gouvernement à étudier cette voie dans son avis rendu sur le schéma directeur des transports collectifs et déplacements durables. Mais le ministre Solia est clair : « On a écarté définitivement les navettes maritimes car les études que nous avons faites montrent que ce n’est ni rapide, ni efficace, en terme de coût, de confort et de vitesse de transport. Ce n’est pas rentable.

On a beau tourner autour du problème, ce sujet doit être définitivement éliminé de la réflexion. » Selon d’autres sources, le transport maritime a un intérêt quand il raccourcit les distances. Ce qui ne serait pas le cas pour la zone urbaine de Papeete.

La solution câblée adoptée par plusieurs grandes métropole, comme c'est le cas de Rio de Janeiro, ne tient pas la corde au minitère.
La solution câblée adoptée par plusieurs grandes métropole, comme c'est le cas de Rio de Janeiro, ne tient pas la corde au minitère.

Quant au tramway, le chargement électrique du système par le bas n’est pas adapté à un climat tropical, il faudrait donc choisir un tramway alimenté par des câbles en hauteur. Et ce mode de transport coûte très cher à mettre en œuvre.

Les bus semblent donc la solution la plus réaliste aujourd’hui. Mais les bus à haut niveau de service sont aujourd’hui trop imposants pour le réseau routier de Tahiti. « Les BHNS demandent des rayons de braquage et de courbure des voies importants. Aujourd’hui l’ensemble de notre réseau ne nous permet pas de les accueillir. Mais j’espère que dans le moyen terme on pourrait intégrer ce type de bus », explique le ministre Albert Solia.

Concernant leur mode de consommation, des bus hybrides pourraient être envisagés sur certaines lignes. Ce sont des questions qui seront creusées au moment de l’écriture du cahier des charges pour l’appel d’offres sur les délégations de service public pour les transports collectifs. « Aujourd’hui nous sommes dans la solution la mieux adaptée pour nous sur les cinq prochaines années. C’est-à-dire le bus classique et peut-être à plus long terme le bus à haut niveau de service », précise le ministre. 

Des échanges denses à l’intérieur des bassins

Les déplacements ne s’effectuent pas que vers ou au départ de Papeete. Grâce aux études, aux comptages et au croisement de plusieurs données, le ministère s’est rendu compte qu’il existait des déplacements locaux très importants. « Il y a plus de déplacements entre Faa’a et Punaauia qu’entre ce bassin et Papeete. Les gens de la presqu’île vont aussi beaucoup à Punaruu, dans la zone industrielle. Il y a beaucoup de clichés sur la mobilité à Tahiti.

On croit que tout le monde va à Papeete, que les flux de la presqu’île vont vers Papeete mais on s’est finalement rendu compte qu’il y avait des déplacements plus locaux qui étaient importants. Il existe en fait six grands bassins de déplacement à l’échelle de l’île », précise-t-on au service des transports terrestres. Les nouvelles lignes de bus ont été pensées en fonction de ces échanges et de ces flux.

Transports : améliorer le service et changer les habitudes

Albert Solia, ministre de l’Equipement (à droite).
Albert Solia, ministre de l’Equipement (à droite).
Quels sont les objectifs du schéma directeur des transports collectifs et déplacements durables ?
Il n’existe pas aujourd’hui un système de transport collectif satisfaisant à Tahiti et il n’y avait pas de vision de l’avenir de ce transport. Il fallait donc faire un schéma directeur pour donner les bases, faire un plan, un état des lieux et prévoir un calendrier avec les étapes successives pour arriver au meilleur transport collectif possible à Tahiti. C’est un travail d’un et demi qui a été mené par des prestataires spécialisés sur la base d’enquêtes pour recenser le nombre de personnes à transporter et leurs habitudes d’horaire.
 
Aujourd’hui quelle serait la meilleure solution ?
Il faut être réaliste. Aujourd’hui il y a une situation dégradée qui n’est pas satisfaisante aussi bien dans le transport public que le transport scolaire. Pour avoir un système qui fonctionne, l’idéal serait d’avoir des voies réservées aux transports collectifs. Compte tenu des difficultés foncières que nous avons sur Tahiti, faire instantanément un système de transport avec des voies réservées, c’est impossible à court terme. Il fallait donc trouver une solution qui permette de faire un transport collectif efficace, amélioré, avec les moyens du bord, sans toucher au foncier qui, lui, va nécessiter plusieurs années de travaux.
 
Mais sans voie réservée, comment avoir un système de transport collectif efficace ?
On a commencé à faire des aménagements, une quarantaine de zones d’arrêts dont quelques-unes avec des abris. Nous allons poursuivre la mise en place de ces installations. Mais pour avoir un bon service et traverser la ville de Papeete plus facilement, entre le pont de l’Est et l’avenue Pouvanaa a Oopa, une voie en site propre va être créée. Ce sera la première. Ce projet va se mettre en route l’année prochaine. Une étude est aussi en cours dans la zone de Faa’a. On a constaté qu’il existe des endroits où nous avons suffisamment d’emprise foncière pour pouvoir réaliser des couloirs en site propre. Ils n’existeront pas sur toute la traversée de Faa’a, mais sur certaines zones. Pour avoir un site propre en continu, il faudra trouver du foncier. Nous aurons donc des voies en site propre aussi vite que possible, là où c’est possible.
 
Ne craignez-vous pas d’augmenter les bouchons avec des voies réservées qui ne seront plus accessibles aux voitures des particuliers ?
Les zones concernées à Faa’a seront des voies supplémentaires. La voie en site propre prévue pour la traversée de Papeete sera un nouveau mode de découpage des voies. Aujourd’hui nous avons deux voies continues et une troisième par endroit, l’idée est de garder ces deux voies et de transformer la troisième qui sert de parking en site propre. Ce sera en partie piéton et en partie voie réservée pour les bus.
 
Est-ce que ces aménagements de voie réservée comprendront une partie pour les vélos ?
La voie sera plus large mais il n’y aura pas de voie spécifique pour les vélos. Si on veut être rigoureux, il faut des voies pour les vélos dans chaque sens ou des système de passage mixte (vélo et piéton). Mais il faut compter trois mètres de large, ce qui est beaucoup. On n’a pas le foncier nécessaire. Il existe déjà des pistes cyclables dans certaines communes mais elles pourraient disparaître avec la mise en place des voies réservées. On a des choix à faire qui ne sont jamais faciles. Nous n’avons pas les emprises suffisantes pour réaliser tout ça.
 
Mais c’est décourageant pour ceux qui prennent le vélo.
Ce sont des choix à faire. Peut-être sur le moyen et le long terme nous réussirons à faire quelque chose. L’objectif est de réussir à améliorer le service, à inciter plus de personnes à prendre le bus. Si on améliore le transport en collectif, il y aura moins de véhicules sur la ville, ce qui devrait favoriser la circulation des vélos.
 
Quelles sont les habitudes de déplacement des Polynésiens ? Certains pensent qu’ils prennent souvent la voiture pour des courtes distances au lieu de marcher.
Ce n’est pas une idée reçue. Aujourd’hui, tout le monde veut se garer devant la porte du magasin. On a beaucoup de mal à faire comprendre aux gens qu’il vaut mieux garer sa voiture plus loin et aller à pied. Ce n’est pas dans les habitudes locales. Ca va demander un changement de comportement. Pour que ça marche, il faut qu’on aménage un plan de circulation, des moyens de transport et éviter que les gens se garent n’importe où. Peut-être que si les parkings sont chers en ville, cela incitera à prendre les transports collectifs.
 
Cette nouvelle organisation s’accompagne de coûts élevés. Comment ces actions vont-elles être financées ?
Il y a plusieurs coûts différents : celui des infrastructures. Sur les 150 aménagements prioritaires qu’il nous reste à faire (pour les arrêts de bus), cela représente un peu plus d’un milliard. Il y a ensuite la partie voierie avec les voies réservées dont le coût dépasse facilement le milliard aussi. On va être obligé d’étaler ces aménagements sur plusieurs exercices. Le prestataire aujourd’hui est à ses risques et périls et offre donc un service au moindre coût. Il y a aujourd’hui une participation du Pays sur les charges d’exploitation de l’ordre de 10 à 14%, ce qui représente 200 millions de Fcfp (collectif et scolaire). Demain, cela coûtera plus cher car on veut améliorer le service. Je veux une obligation de résultats, c’est-à-dire des fréquences régulières à des horaires donnés, même s’il n’y a que 5 ou 10 passagers.
 
Comment ce meilleur service sera financé ?
C’est le gouvernement qui décidera. Aujourd’hui la tendance est de ne pas mettre de taxe supplémentaire mais plutôt de conserver ce qui existe, comme le FRPH (Fonds de régulation du prix des hydrocarbures) par exemple. Ce sont donc les particuliers avec leurs voitures, qui, à travers cette taxe, financeraient une partie du transport collectif. C’est une proposition.
 
Le prix du billet va augmenter ?
Aujourd’hui, c’est un peu tôt pour annoncer des prix. Il est clair que ce sera au gouvernement de trancher sur combien il veut mettre de sa poche dans le fonctionnement du système pour que les prix des billets restent très attractifs. Si le prix des billets est faible, il faudra équilibrer les comptes.
 

Réorganiser les lignes pour un nouveau réseau

Pour donner envie aux gens de prendre le bus, il faut que celui-ci soit attractif et performant. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui à Tahiti. Avec le programme d’actions prévu dans le schéma directeur, le gouvernement espère transporter 5,8 millions de personnes par an à l’horizon 2030. Aujourd’hui ce sont environ 15 000 personnes qui voyagent par bus par jour. Le gouvernement en voudrait donc 5 000 de plus.

Pour y arriver, il est prévu de renforcer les dessertes et d’en créer des nouvelles sur les quartiers éloignés des pôles de services ou d’activités. Plusieurs lignes sont ainsi prévues : des lignes structurantes sur les grands axes, des lignes de quartiers, des lignes locales secondaires et enfin des lignes interurbaines et périurbaines pour des trajets plus longs (Papeete – Taravao par exemple). L’idée est d’harmoniser l’ensemble de la desserte, la renforcer et la structurer autour d’un axe central : Arue – Outumaoro. A partir de cette ligne structurante, toutes les autres viendraient se greffer pour desservir les quartiers. Cette ligne pourrait devenir la future voie dédiée aux bus. C’est-à-dire un axe en « site propre » soit réservé aux transports en commun ou bien partagé mais où les bus sont prioritaires. Ce genre de voie existe partout dans les grandes agglomérations. Le problème étant de trouver la place pour la construire. Elle peut aussi engendrer plus de bouchons si elle enlève des possibilités de circulation aux voitures. Mais des transports en commun en site propre sont indispensables si on veut améliorer la desserte.

Grâce à cette organisation, ce sont 84 allers-retours qui pourraient être programmés par jour sur la ligne bus Arue – Outumaoro. Avec cette offre de transports en commun renouvelée, le gouvernement espère éviter l’émission de 37 200 tonnes de CO2 par an. Plusieurs solutions sont envisagées pour cette voie en site propre : un bus à haut niveau de service (BHNS), soit des bus avec une fréquence de passages importante, le tramway, ou encore le transport par câble type téléphérique. Rien que l’étude pour choisir le mode de transport le plus pertinent est estimée à 24 millions de Fcfp.

Il faudra encore mettre 2 milliards pour finaliser les études et lancer les travaux pour des sites propres ponctuels. Pour une ligne de bus à haut niveau de service, 10 à 15 milliards de Fcfp sont nécessaires pour 12,5 km (la distance entre Arue et Outumaoro). Cet axe en site propre devra être mis en œuvre avec des zones de stationnement adaptées, des parkings relais appelés aussi « pôles d’échanges multimodaux ». Il s’agit aussi de rendre accessible ce réseau de transports collectifs à tous, notamment aux personnes à mobilité réduite comme celles en fauteuil roulant, même si la loi sur l’accessibilité des services publics et des transports ne s’applique pas en Polynésie française. Aujourd’hui, seules les personnes handicapées prises en charge dans des établissements de soins ou éducatifs bénéficient d’un service de transport. Les autres restent souvent confinées chez elles.

La desserte scolaire : tout revoir

Transports : améliorer le service et changer les habitudes

20 000 élèves sont transportés par les transports scolaires aujourd’hui. Ce sont les bus des lignes régulières qui assurent la desserte aux heures des écoles. Ce qui pénalise la régularité du réseau. Outre ce dysfonctionnement, le diagnostic a mis en évidence une absence de suivi et de coordination entre les acteurs du transport scolaire à Tahiti. L’intention du gouvernement est donc de mettre en place une nouvelle organisation du transport scolaire. Des lignes spécifiques devront être dédiées aux élèves du primaire et du collège et les lignes régulières devront absorber les lycéens, ce qui permettra de supprimer l’offre scolaire pour certaines liaisons et de réaffecter certains cars au réseau régulier.

La délégation de service public doit faire l’objet d’un appel d’offres en 2017. D’ici là, le gouvernement doit lancer une étude de recomposition des lignes scolaires afin d’optimiser leur organisation. Enfin pour une meilleure coordination entre les acteurs du transport scolaire, la création de deux instances ad hoc est suggérée : une qui ferait la coordination entre les collectivités (la direction des transports terrestres, la direction générale de l’éducation et des enseignements et les communes) et une autre entre les services, le vice-rectorat et les transporteurs.

Vélo, marche à pied, rollers…

Les adeptes du déplacement en vélo, à pied ou en skate vont être déçus. Le schéma directeur prévoir une seule action pour « faciliter l’usage des modes actifs pour de nouveaux comportements de déplacement ». Aujourd’hui ce n’est pas facile de se déplacer en vélo à Papeete, faute de bande cyclable et autre aménagement. Le schéma directeur prévoit donc que les différents aménagements pour les transports publics prennent en compte des solutions facilitant les itinéraires piétons et cyclables. Quand il s’agira de réfléchir aux arrêts, aux pôles d’échanges, aux sites propres ou aux gares routières, les collectivités devront intégrer ce paramètre en plus. Des cheminements piétons et cyclables seront également « progressivement réalisés ». Alors que le gouvernement avait peut-être là plusieurs cartes à jouer : encourager à se déplacer autrement, inciter à se bouger, inviter à ne pas rejeter de CO2 du tout, ces aménagements seront pensés de manière annexe. 

Aménager le circuit pour rendre attractif les transports collectifs

Nouvelles lignes, nouvelle organisation du réseau… Il faut aussi penser aux arrêts de bus afin de matérialiser ce réseau. Aujourd’hui un certain nombre d’arrêts de bus se font à des endroits pas clairement identifiés ou seuls les habitués peuvent se rendre. Ce manque d’aménagement complique la desserte et est une source d’insécurité routière. Le schéma directeur des transports prévoit le déploiement de points d’arrêts clairement identifiés, restructurés.

L’objectif est d’aménager 700 arrêts de base dont un peu plus de 150 arrêts équipés de mobilier, de quais et d’informations. Coût total estimé : 2,1 milliards de Fcfp. Des zones de retournement doivent également être construites dans certains quartiers. Certaines dessertes n’ont jamais été concrétisées faute de pouvoir faire demi-tour. Les bus ne s’engagent plus sur ces routes où ils savent qu’ils ne pourront pas revenir sur leurs pas. Des aménagements sont donc à prévoir à la Mission, au fond des quartiers Pater et Nahoata à Pirae, au quartier Tuauru à Mahina et en haut du quartier Punavai montagne. Budget total à prévoir : 305 millions de Fcfp.

Les auteurs du schéma directeur proposent également la mise en place de parkings et d’une véritable politique de stationnement. L’objectif étant de favoriser les transports collectifs avec des « pôles d’échanges multimodaux ». Ces parcs relais devraient être installés aux entrées Est et Ouest de Papeete en coordination avec le renforcement des lignes urbaines. A l’Est, le site de la corne Nord sur la commune de Arue est pressenti pour accueillir un pôle d’échange. Côté Ouest, Outumaoro est le positionnement prioritaire. Un point central pourrait être constitué au niveau de la gare maritime de Papeete. Un parking à Taravao sera aménagé en parallèle avec le futur pôle d’échange de Taravao – Afaahiti.  Pour ces trois parkings relais, il faudra prévoir 525 millions de Fcfp. 

Renouveler le parc des bus

Transports : améliorer le service et changer les habitudes
Le schéma directeur propose d’investir dans un parc de véhicules adaptés aux contraintes des voiries. Actuellement, 122 véhicules sont opérationnels chez le transporteur mais ce sont essentiellement des « grands cars ». Pas pratique pour les lignes urbaines. En outre, tous les voyageurs doivent être transportés assis. Pas pratique non plus pour desservir des zones denses où une certaine souplesse côté capacité est nécessaire. Des autobus avec plusieurs portes où on peut se tenir assis ou debout, accessible aux personnes en fauteuil roulant, seraient plus adaptés à une desserte urbaine efficace.

Certains autocars déjà en circulation le resteront car adaptés pour les dessertes. Mais il faudra tout de même en remplacer certains qui arrivent en fin de vie. Il est précisé dans le texte de tenir compte du choix du pays sur le transport collectif en site propre. Si ce n’est pas le bus à haut niveau de service (BHNS), le délégataire risquerait de se retrouver avec des véhicules qui deviendraient inutilisables à long terme. Reste encore à déterminer qui, du délégataire ou du pays, se portera acquéreur des véhicules nécessaires.

Il est proposé dans le schéma directeur « d’adapter le matériel roulant aux spécificités culturelles de Tahiti et du pays ». Les auteurs du texte notent que la population de Tahiti garde une certaine nostalgie des anciens trucks. Ils proposent donc un aménagement spécifique des véhicules en tenant compte des besoins des voyageurs comme le transport de petites marchandises et de réfléchir à un design particulier.

On en vient au sujet qui fâche : le prix du billet. Il est proposé d’élargir la gamme tarifaire : un titre multi-voyages, un abonnement mensuel jeunes et une carte sénior. La gratuité offerte à toutes les personnes âgées actuellement ne serait maintenue qu’en fonction des conditions de ressources. Mettre en place une billettique moderne est également recommandée. Enfin l’amélioration de l’information contribuera à la modernisation du réseau. Aujourd’hui il n’existe aucun affichage des horaires et un seul point de vente… Il semble assez facile de faire mieux. 


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