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08/03/2019 par Luc Ollivier







Transports en commun : on roule sur la tête !

Transports en commun : on roule sur la tête !
L’acquisition, d’ici 2020, de 240 bus tout beaux, tout neufs, par la société Réseau de transport en commun de Tahiti (RTCT) de Willy Chung Sao, a été annoncée en fanfare à la presse, fin février. Très bien, mais il était grand temps, les anciens véhicules datant de 2001… En réalité, cette commande est l’arbre qui cache la forêt. En matière de politique des transports, le Pays ne respecte pas ses engagements et ne parvient pas à régler le problème du réseau routier en Polynésie. Souvenez-vous, l’ancien ministre de l’Équipement, Albert Solia, avait promis dès 2016 des voies dédiées aux bus, qui devaient être opérationnelles l’année suivante. Il voulait “des voies en site propre aussi vite que possible, là où c’est possible” (lire Tahiti Pacifique n° 335 du 5 août 2016). Nous sommes en 2019 et l’île de Tahiti n’est toujours pas pourvue de couloirs réservés aux transports en commun ! Le manque d’espace foncier au fenua est le souci majeur, et certaines pistes cyclables pourraient même disparaître. Pourtant, la société RTCT avait proposé de partager les voies des bus avec les poids lourds et les voitures de livraison, en vain. Et l’on ne parle même pas ici des autres alternatives de transport fantasmées lors de débats passionnés, comme l’usage de bus à haut niveau de service, de tramways, ou encore de téléphériques.
Alors, s’il n’y a ni voies propres, ni abris, ni aménagements spécifiques, et que les autocars circulent sur le même axe que tous les usagers de la route, sans itinéraire strict, on ne peut pas attendre de la société RTCT qu’elle respecte des horaires fixes ; ce serait lui demander l’impossible compte tenu du trafic aux heures de pointe. Aussi, la nouvelle délégation de service public stipule que RTCT bénéficiera de subventions du Pays à hauteur de 850 millions de Fcfp par an : un budget colossal pour une prestation de piètre qualité ! Le comble, c’est que le gouvernement devait également équiper, le
1er janvier dernier, une vingtaine de bus de plateaux rétractables pour accueillir les personnes à mobilité réduite en fauteuils roulants. RTCT nous assure que c’est bien prévu, mais est incapable de confirmer une date, et surtout, les trottoirs ne sont pas adaptés en Polynésie pour les rampes d’accès. Le serpent se mord toujours la queue.
Reste à espérer que l’évolution soit enfin en route, soyons optimistes : la convention dure quinze ans… En attendant, les bus passent et les handicapés aboient. Pendant ce temps, un “cimetière” de vieilles épaves de bus grossit à Taravao, l’argent public est gaspillé, on utilise tous ou presque la voiture individuelle comme moyen de transport principal
(70 % contre 10 % pour les transports collectifs), les bouchons augmentent et on avale de plus en plus d’émissions de gaz à effet de serre. Dès 2008, un rapport de la Chambre territoriales des comptes sur les transports terrestres avait mis en exergue les carences du service public de transport des voyageurs sur l’île de Tahiti, notamment sur le lot urbain. Onze ans après, rien n’a avancé. On roule vraiment sur la tête !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt