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20/09/2019 par Dominique Schmitt








Dénuement, bruit et insécurité : l’invitation au dérapage…

Dénuement, bruit et insécurité : l’invitation au dérapage…
Luxe, calme et volupté”, écrivait Charles Baudelaire dans son poème intitulé L’Invitation au voyage. Malheureusement, à Tahiti et dans les îles, nous nous éloignons de plus en plus de ce célèbre vers. Un vent de violence s’abat sur le fenua, et l’on ne compte plus les (trop) nombreux faits divers relatant des touristes détroussés, le pied à peine posé sur le sol polynésien, des vols à l’arraché, des brutalités physiques ou verbales en tous genres. Le collectif contre la violence en Polynésie française a même organisé, le week-end dernier, une manifestation dans les rues de Papeete pour dire “STOP”. D’ailleurs, vous ne pouvez pas y avoir échappé, une autre forme de violence est née : l’agression sonore. Aujourd’hui, il est impossible de se balader en ville, bronzer à la plage ou marcher en pleine nature sans se voir imposer de la musique plein les watts et à fond les basses ! Le phénomène n’est pas nouveau, nous avons déjà réalisé l’année dernière un dossier sur “l’enfer du bruit” (lire TPM i[n° 389 du 7 septembre 2018i]), dans lequel nous mettions en exergue le problème des nuisances sonores et le dialogue de sourds qu’il suscite. Aussi, devant l’inaction du gouvernement, il prend de l’ampleur. L’association Te Ora Hau, qui essaie tant bien que mal de lutter contre ce fléau, monte le ton depuis un moment, en pointant du doigt le manque de coordination des forces de l’ordre, et interpelle la société sur le danger pour la santé publique des Polynésiens.

Et comme souvent sous nos latitudes, il faut attendre que la goutte d’eau déborde du vase pour qu’il y ait un sursaut de lucidité. Après une énième agression il y a quelques jours, cette fois dans la vallée de la Punaruu où trois joggeurs sexagénaires se sont fait rouer de coups gratuitement, tout un chacun commence à réaliser l’insécurité qui règne dans les zones industrielles notamment, et surtout le week-end. Les regroupements sauvages des “car-bass”, ces voitures suréquipées en matériel audio, sont devenus légion, parfois même sur des sites culturels, drainant alcool et drogue, et ce dans le total irrespect des riverains. Sous l’euphorie du groupe, les bagarres et autres dérapages ne sont également jamais loin, comme l’a encore tristement prouvé la mort récente d’un scootériste qui s’est fracassé le crâne alors qu’il sortait tout juste d’une de ces “parties” improvisées… Après de multiples relances des associations, le maire de Punaauia, Simplicio Lissant, a enfin annoncé travailler sur un arrêté qui entrera en vigueur prochainement afin “d’interdire l’activité” ou du moins, la “cadrer”. Cependant, les principaux concernés ne sembleraient pas enclins à obtempérer. Les autorités publiques se doivent donc d’agir avant que ce soient les citoyens excédés qui prennent le problème en main. Contactée, Te Ora Hau se dit “remontée” ! Au nom “des milliers de victimes”, l’association envisage d’organiser une conférence de presse le 12 octobre afin de “relancer le Pays au sujet des pollutions sonores et des promesses qui sont restées lettres mortes”, car “c’est un problème de volonté politique, il y a du je-m’en-foutisme”. Confrontée aussi aux rassemblements de voitures “boum boum”, la ville de Tautira, à la Presqu’île, n’a pas tergiversé : un arrêté municipal pris le 12 août dernier fixe désormais l’interdiction des réunions de “car-bass” dans la commune de Taiarapu-Est. Au-delà des chaînes et des barrières, il est impératif de renouer le dialogue et d’offrir davantage d’activités sportives ou culturelles à cette jeunesse en proie à l’oisiveté.

Et puisque l’on parle de “bruit”, vous avez certainement entendu parler du procès qui a condamné Tahiti Pacifique pour “diffamation”, suite à une plainte déposée par Jean-Christophe Bouissou après la publication d’un article relatant ses liens avec l’homme d’affaires sulfureux Dominique Auroy (lire TPM n° 402 du 8 mars 2019, page 8). C’est la seule phrase “Elle est pas belle la vie, quand on a construit toute sa carrière sur l’utilisation des fonds publics ?” qui a valu aux anciens rédacteur en chef et directeur de publication une amende symbolique de 10 000 Fcfp chacun, mais avec sursis. M. Bouissou a obtenu finalement la somme de 25 000 Fcfp au titre des frais irrépétibles. Pour autant, les juges ont estimé qu’il est “important que les journalistes puissent dénoncer les manquements en Polynésie”. Justement, depuis sa création par Alex W. du Prel en mai 1991, il y a plus de 28 ans, Tahiti Pacifique n’a eu de cesse de dénoncer les travers de la société polynésienne, ce qui explique que notre magazine a toujours été considéré comme le média “poil à gratter” par le paysage politico-économique local. Ce procès n’est donc pas une surprise, ni le premier que la rédaction encaisse.

Ensemble, nous continuerons à faire bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt