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2017 : une feuille de route dans la continuité


Samedi 21 Janvier 2017 - écrit par Luc Ollivier


Vendredi matin, à la Présidence, le président Édouard Fritch, encadré par tous ses ministres, avait convié la presse pour évoquer les perspectives de l’action gouvernementale de l’année en cours. Si les hommes ont quelque peu changé suite au récent remaniement, la philosophie reste la même et se résume en un mot : continuité.



Depuis décembre et le discours sur le budget, le terme de combat n’a pas disparu, n’en déplaise aux opposants politiques ; ni les thèmes sur lesquels le gouvernement a décidé de donner la priorité : la création d’emploi et la réforme de la Protection sociale généralisée. S’appuyant sur les chiffres fournis par l’Institut de la statistique (auquel le président a rappelé avoir laissé toute son indépendance) qui actent une croissance depuis deux ans et rappelé le retour à la confiance dans le climat des affaires, Édouard Fritch a repris ministère par ministère les grands axes de la feuille de route, tout en rappelant en conclusion que la mise en œuvre du budget adopté par l’assemblée trouvait sa traduction dans les actions prévues et que pour ces dernières, avait été gardé à l’esprit les répercussions sur l’emploi.
Le soutien aux investissements fut le premier thème abordé avec l’annonce d’une création d’une délégation aux investissements ainsi qu’une modification de la loi relative aux investissements étrangers. Simplification du cadre et soutien de projets de moindre envergure sont prévus. En ce qui concerne l’économie on reste dans la continuité avec le renouvellement de l’opération véhicules propres, l’aide à l’investissement des ménages pour la construction et les aides à l’aménagement et la rénovation des commerces et des restaurants. Au cours de ce trimestre sera lancé le chantier de la ferme aquacole de Hao et la création de la zone bio-marine de Faratea, futur centre d’excellence en aquaculture. La fiscalité doit être revue pour des allègements de droits et taxes pour lutter contre la vie chère. Des mesures pour la transition énergétique sont prévues par un soutien au photovoltaïque.
Pour le logement, les volets social et économique ont été abordés avec l’annonce de livrer un logement à près de 800 familles et l’engagement pour 15,6 milliards de travaux nouveaux et l’injection dans l’économie, en paiement des entreprises du BTP, 9 milliards de Fcfp. La simplification des procédures d’instruction des permis de construire afin de faciliter la mise en œuvre de chantiers privés devrait permettre le volet économique, comme l’a souligné par la suite Jean-Christophe Bouissou, nouveau ministre de l’Urbanisme.
L’économie numérique sera soutenue par la sécurisation du câble Honotua et la signature du contrat pour la construction du câble domestique. Pour le reste il est question de la construction d’un schéma directeur d’aménagement numérique ou encore d’un plan "Smart Polynesia 2025". Des études, des projets qui ne doivent pas faire oublier le retard pris par le Pays en ce domaine, l’échec de FTTH (Fiber to the home) est là pour nous le rappeler. Pour la téléphonie la 4G devrait arriver pour les résidents du grand Papeete, de Moorea et de Bora Bora.
Pas de grandes annonces pour le secteur primaire si ce n’est un développement de la sylviculture et une meilleure maîtrise des circuits de production, de collecte, de transformation et de distribution des produits issus du terroir.
De l’ambition, les ressources marines n’en manquent pas avec l’objectif de doubler en 5 ans de doubler la production en pêche hauturière et passer ainsi de 6000 à 12 000 tonnes.
Nicole Bouteau, fraîchement nommée au tourisme, devra poursuivre les actions menées jusqu’à présent. Quatre grands axes et priorités prévus dans cette stratégie seront déclinés sur les mois à venir : Premièrement, la gouvernance et les règlementations avec l’actualisation et la généralisation du classement des hébergements touristiques. Deuxièmement, les infrastructures et les équipements, troisièmement la promotion et la commercialisation, avec la mise en place d’une plateforme web pour les pensions de famille et quatrièmement la poursuite de la campagne de sensibilisation de la population.
Avec un budget de plus de 20 milliards, le ministère de l’Équipement devrait relancer un secteur en crise. Aménagement du front de mer de Papeete, modernisation de l’éclairage de la RDO, bétonnage de routes aux Marquises et aux Tuamotu sont prévus tout comme le lancement de la première phase de la route du Sud entre Punaauia et Taravao dont Le premier tronçon à réaliser se fera sur le contournement de Papara.
Pour l’éducation, il est surtout question d’amélioration du cadre de vie des élèves et des étudiants avec le démarrage des travaux de rénovation ou de construction des internats. Pour le sport, il est aussi question de réhabilitation et de rénovation des équipements.
La réforme de la Protection sociale généralisée qui a fait couler beaucoup d’encre a, suite au remaniement, été confiée au nouveau ministre Jacques Raynal en charge de la Santé et de la Solidarité. Aucune annonce n’a été faite vendredi matin, les premiers textes seront prochainement soumis au conseil des ministres, puis transmis à l’assemblée. Le président Édouard s’est cependant attardé sur un départ à la retraite au-delà des 60 ans. La pilule aura certainement du mal à passer ont déjà prévenu plusieurs syndicats.
Pour le ministère de la Culture, l’inscription de Taputapuatea au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que paysage culturel sera présentée par la France en juillet 2017, la programmation du pôle Médiathèque du centre culturel de la Polynésie française a été finalisée, la convention cadre Culture avec l’Etat sera signée d’ici mars tandis que la rédaction du code de la propriété intellectuelle de la Polynésie française vient d’être achevée. Enfin pour l’Environnement, Le renouvellement du label UNESCO « réserve de biosphère » de la commune de Fakarava devrait aboutir en avril, Le projet de classement de la zone économique exclusive de la Polynésie française en aire marine gérée sera présenté en conseil des ministres en février avant de recueillir l’avis de l’Assemblée de la Polynésie française. L’extension du réseau de collecte des eaux usées de Papeete, la réhabilitation de la décharge de Faa’a sont programmées tout comme l’interdiction de l’utilisation de sacs fins en matières plastiques à usage unique, non compostables, destinés à l’emballage de marchandises qui sera présenté à l’assemblée de Polynésie française en fin d’année.

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Makatea, Moruroa, Fangataufa… même combat

Poumon économique de la Polynésie française pendant cinquante ans (1916-1966) en raison de son phosphate, Makatea, après avoir sombré dans l’oubli pendant autant de temps, est aujourd’hui sur le devant de la scène économique et bientôt certainement politique. Un destin qui n’est pas sans rappeler celui des atolls de Moruroa et Fangataufa, qui prirent la relève économique en "accueillant" les 193 essais nucléaires français, aériens puis souterrains, de 1966 à 1996. Trente années de prospérité pour le Pays que la rente nucléaire, ou quel que soit son nom, ne parviendra jamais à rétablir. Les conséquences de ces arrêts se sont ensuite fait ressentir, plongeant petit à petit le pays dans un marasme économique et une cacophonie politique.
La "réhabilitation" de Makatea, au prix d’un nouveau projet d’exploitation du phosphate, divise la population et pas seulement celle qui réside sur ce bout de rocher qui porte encore les dangereux stigmates de son passé minier. Le projet semble en passe d’aboutir, à en croire les déclarations de nos gouvernants qui se sont rendus sur place la semaine dernière en petit comité et avec une petite sélection de médias (syndrome de la macronite ?), dont nous n’avons pas fait partie, comme d’autres, pour des raisons d’autorisation des Affaires maritimes, nous a-t-on avancé.
Pendant qu’un siècle d’histoire rouille sous la végétation, nul ne se soucie d’en extraire des pans que la population pourrait découvrir dans un lieu dédié à Rangiroa, la grande sœur voisine, ou à Tahiti. Idem pour nos deux atolls nucléarisés, dont peu de monde se soucie ; l’important étant de négocier au mieux les indemnités, légitimes, que l’on peut en retirer. Comme d’autres, nous militons pour un vrai lieu de mémoire, un musée, pour laisser une trace physique et accessible à tous de cette page d’histoire.
Makatea remis en lumière pour des raisons uniquement économiques, Moruroa et Fangataufa laissés dans l’ombre pour les mêmes raisons. Les îles polynésiennes ne sont-elles donc qu’affaire d’argent ?

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier