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Grandes plumes

Du débat à la polémique 29/05/2020 | Simone Grand

Débattre, c’est dialoguer avec un ou des interlocuteurs d’avis différents à qui l’on reconnaît le droit de penser autrement. En tahitien, débattre, c’est Tāu’a parau = "prendre soin de la parole"....

La certitude de l’incertain 15/05/2020 | Simone Grand

Si jamais vous aviez des certitudes, elles ne peuvent qu’être ébranlées en ces temps de vérités fluctuantes et étrangement contradictoires, parfois. Après une adolescence en quête d’une absolue...
Depuis un demi-siècle, depuis Mai-1968 (?), les expressions "j’ai droit à" et "j’ai le droit de" ont supplanté tout autre critère de définition de notre identité et de notre place dans la société. Au...

Gare aux prophètes de malheur 09/04/2020 | Simone Grand

À lire sur les réseaux dits sociaux, les propos de sombres imbéciles en mal de célébrité et d’adeptes moutonniers aptes à muter en loups enragés, l’on se dit que le temps est particulièrement propice...

L’amour de la délation 20/03/2020 | Riccardo Pineri

Depuis quelque temps, on peut lire à l’arrière des transports en commun, sur des camionnettes de livraison : "Si je conduis mal, appelez…", suit le numéro d’un organisme officiel des transports et le...

Quelle est la bonne attitude ? 20/03/2020 | Simone Grand

Il y a des situations où, quoi que l’on fasse, dise et décide, eh bien c’est nul. Pour l’heure, concernant le coronavirus, nos gouvernants assurent, ici et en Métropole. Les jours et nuits d’après...
Étrange, comme nos actes contredisent nos propos sans que personne ne s’en offusque plus que ça. Même les classiques défenseurs de l’environnement se lancent à corps perdu dans des combats obsolètes...
La vie m’a appris que, quelles que soient la couleur de la peau et les origines, les qualités et tares humaines sont les mêmes. La différence ne réside souvent que dans la manière de s’exprimer et...
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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt