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Élevage intensif de covidés…



On ne peut pas dire que les autorités locales savent surfer, loin s’en faut. Il y a eu d’abord une première vague qu’elles n’ont pas su anticiper, alors que les autres pays étaient frappés par une houle épidémique à des milliers de kilomètres de nos côtes. Puis les mois ont passé, la Polynésie a été submergée par le Covid-19 et les morts se sont mis à pleuvoir. Aujourd’hui, la deuxième vague, ou plutôt le tsunami, qui est en train de déferler au fenua risque bien de nous faire prendre le “bouillon” comme jamais et subir la “machine à laver” de notre vie. En effet, les chiffres noirs flambent et parlent d’eux-mêmes : environ 10 000 cas cumulés depuis le 13 mars 2020 et, à ce jour, une centaine d’hospitalisations et une quarantaine de décès ! Un véritable élevage intensif de covidés ! Le Pays et l’État ont perdu le contrôle, et le fenua est en roue libre… Pourtant, les autorités continuent de fustiger la population, sans remettre en question leur part de responsabilité, et ce avec une certaine arrogance, voire une arrogance certaine. Faut-il leur rappeler qu’elles participent largement à l’introduction et la propagation du virus depuis le mois de juillet avec le transfert des fonctionnaires en Polynésie, puis les clusters formés par des gendarmes, sans oublier les élections sénatoriales ? Le tout premier cas enregistré était même une élue politique.
Et ce n’est pas faute à Tahiti Pacifique de ne pas avoir mis les pieds dans le plat en posant les questions qui fâchent, il y a plus de deux mois déjà. Dans notre édition spéciale Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (lire TPM n° 437 du 21 août 2020), nous alertions : “Sauver le tourisme, oui, mais à quel prix ?” Nous connaissons dorénavant la réponse : le tourisme est en chute libre (moins 82 % de visiteurs pour le mois de juillet et moins 70 % depuis le début de l’année) au prix d’une crise sanitaire catastrophique et du naufrage des autres activités économiques. Pire, avec l’annonce du couvre-feu, puis du confinement dans l’Hexagone, ce ne sont plus seulement des vagues de coronavirus que nous prenons en pleine poire, mais également des vagues d’annulations dans le secteur touristique. La Polynésie se hissant au “Top” des pays les plus touchés, on ne risque pas de voir beaucoup de touristes. Quel échec, alors que nous étions “Covid-Free” au prix de lourds sacrifices ! On mesure l’aberration de la stratégie de nos dirigeants, qui ont vanté ensuite une destination “Covid-Prepared”.
Le couvre-feu appliqué au fenua (champion d'Outre-mer !) et les mesures draconiennes et parfois injustes (bars fermés, salles de sport fermées, etc.) qui l’accompagnent ont fini d’éteindre la “flamme” et un reconfinement nous pend désormais au nez. D’ailleurs, on aurait pu penser que Doudou suivrait Macron sur cette décision, mais que nenni, il préfère ne pas perdre la face et attendre que le Centre hospitalier soit saturé. Roi de la démagogie, il feint même de demander son avis à la population sur l’idée d’être reconfinée ; il s’était bien gardé de le faire pour la levée des frontières et de la “septaine” pour les touristes ! Le retour des élèves après les vacances scolaires, lundi, devrait malheureusement faire sonner la fin de la récré… On l’a bien vu avec la fermeture du Diadème, les élèves entassés dans les classes ont du mal à respecter les gestes barrières, malgré les consignes des professeurs, dont le métier nécessite de relever de plus en plus de défis et de prendre des risques. Après l’odieux assassinat de Samuel Paty, notre rédaction a souhaité rendre hommage au corps enseignant saigné… Découvrez notre dossier spécial en Une : au nom du principe de la laïcité et de la liberté d’expression, les crayons doivent être affûtés et l’encre couler plus que jamais ! n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 6 Novembre 2020 - écrit par Dominique SCHMITT


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Dominique SCHMITT

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT