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Enquête à Hao : la population en mal d'avenir


Vendredi 22 Mars 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Les plans de la future ferme aquacole à Hao étant sans cesse modifiés et les travaux retardés, nous sommes allés enquêter sur “l’atoll-laboratoire” du CEP et avons donné la parole à la population. Au contact des habitants, nous avons pris toute la mesure de l’attente d’un tel projet qui fait espérer aux plus jeunes la promesse d’un emploi. Les anciens, eux, ne voient pas forcément d’un bon œil l’arrivée des investisseurs chinois et l’implantation d’un complexe industriel géant susceptible d’engendrer une pollution incontrôlable. L’argent ou la préservation de l’environnement ? Un choix cornélien, qui divise. Quel avenir réserve-t-on aux enfants du CEP ? Reportage et témoignages…



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
Ce n’est pas tous les jours que l’on va à Hao. Avec tout ce que l’on a pu lire et entendre, on doit même avouer que l’on y a réfléchi à deux fois avant de s’y rendre. Située à 920 kilomètres à l’est de Tahiti et à
460 kilomètres au nord-ouest de Moruroa, “l’île de l’Arc”, appelée aussi “l’île de la Harpe” en raison de sa configuration, a été utilisée par l’Armée de l’air et l’aviation navale à l’ère du CEP. Entre 1963 et 1965, la base aérienne 185 a ainsi servi de pont aérien et maritime pour le matériel à destination des atolls de Moruroa et de Fangataufa. En outre, les avions militaires “Vautour” décollaient de Hao, avec notamment pour mission de prélever des échantillons dans le nuage radioactif pendant les explosions atomiques atmosphériques, puis revenaient sur zone afin d’être simplement “nettoyés” à grands jets d’eau, d’où la présence, aujourd’hui encore, de plutonium sous les dalles en béton. Cinq “Vautour” ont été tellement contaminés que l’Armée a dû les immerger dans l’océan.
Malheureusement, ce petit coin de paradis a été un énorme dépotoir industriel : des fusées, des réacteurs et surtout de très nombreux fûts de déchets divers avec des potentialités de contamination radioactive se trouvent toujours sous l’eau. Quant aux sols, ils sont pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène. Omniprésente, la ferraille, elle, se trouve partout, vestige tenace du passé. Pour dire, un habitant s’est lancé dans le recyclage du cuivre et du laiton récupérés dans le lagon : il en a déjà récolté 50 tonnes en l’espace de trois ans ! Par ailleurs, la présence importante de plomb à Hao, ainsi qu’à Makemo, a été mise en lumière l’année dernière, mais le ministère de la Santé n’a toujours pas apporté de réponse à ce nouveau mystère… Alors, pourquoi la société Tahiti Nui Ocean Foods (TNOF) tient-elle absolument à y implanter une ferme aquacole ? Que recherchent vraiment les hommes d’affaires chinois qui ont promis d’assurer une production annuelle de 50 000 tonnes de poissons d’élevage (loches, mérous et napoléons) et d’investir à terme 150 milliards de Fcfp, un projet qui paraît pharaonique à l’échelle de ce petit bout de terre perdu au milieu du Pacifique ?
Nous sommes allés à la rencontre de la population de Hao afin de comprendre comment elle vit, qu’est-ce qu’elle attend de ce plan économique et quelles sont ses craintes...

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 403 en cliquant ICI


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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier