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Fidji : l’Université du Pacifique Sud secouée par une crise


Vendredi 12 Mars 2021 - écrit par Agence France-Presse




Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP
Bien moins prestigieuse qu’Oxford ou Harvard, l’Université du Pacifique Sud (UPS), aux Fidji, est pourtant un établissement par où sont passés de nombreux dirigeants de cette région du monde. Gérée collégialement par plusieurs pays du Pacifique depuis sa création en 1968, elle a formé un grand nombre de présidents, Premiers ministres, avocats et enseignants. Mais aujourd’hui, ce modèle de coopération entre différentes nations connaît une profonde crise, et son avenir est incertain. Accusé d’être corrompu, mal géré et victime d’ingérence politique, cet établissement qui accueille quelque 20 000 étudiants, se retrouve au cœur d’une lutte d’influence.
Les tensions ont atteint leur paroxysme en févier, quand le gouvernement fidjien a expulsé du pays le vice-chancelier canadien de l’université, Pal Ahluwalia, et son épouse Sandra Price. Ils sont accusés de “violations continues” de la loi fidjienne, le gouvernement interdisant aux étrangers de porter atteinte à “la paix, la défense, la sécurité publique, l’ordre public, la moralité publique ou à la bonne gouvernance des Fidji”.
M. Ahluwalia est également accusé d’avoir fréquenté des parlementaires de l’opposition. Ceux qui dénoncent cette sanction soutiennent que son seul crime a été de dénoncer la manière dont le gouvernement fidjien contrôle cette institution, devenue le symbole de la coopération dans la région. L’UPS rassemble 12 nations de cette vaste région océanique de plus de 11 millions de kilomètres carrés, d’une superficie plus grande que celle de la Chine.
Une telle crise ne pouvait se produire à un pire moment, alors que les nations mélanésiennes, polynésiennes et micronésiennes se déchirent au sujet de la direction du Forum des îles du Pacifique. Cinq nations micronésiennes ont menacé de quitter ce Forum si le prochain secrétaire général n’était pas issu de leurs rangs, portant ainsi un sérieux coup à l’unité diplomatique jusque-là affichée par cette région où les États-Unis et la Chine se disputent leur influence.
Et l’Australie et la Nouvelle-Zélande hésitent à sauver financièrement l’Université, ce qui pourrait rapprocher le gouvernement fidjien de Pékin et conduire à de nouveaux bouleversements géopolitiques. “Si à terme aucune solution n’est trouvée, les Fidji peuvent dicter leurs conditions”, ce qui “réduira son caractère régional”, déplore Brij Lal, un ancien étudiant.

Source : Agence France-Presse

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT