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L’artiste peintre Joseph Chaussoy s’en est allé


Vendredi 26 Mars 2021 - écrit par Vaea Deplat


Dimanche 14 mars, le monde de l’art et de la culture était en deuil en apprenant le décès de Joseph Chaussoy à l’âge de 77 ans. Originaire de Raiatea, ce peintre prolifique était le fondateur de la maison Arii Création en 1964. Des hommages ont été rendus de toutes parts, retraçant sa vie et sa carrière ; nous avons voulu donner la parole à son fils Evrard, lui-même artiste.



Votre frère et vous-même êtes devenus artistes peintres comme votre père. De quelle manière votre père a-t-il influencé votre vie artistique ?
“Mon père ne m’a jamais vraiment encouragé ni poussé à peindre. Mais l’art était tellement omniprésent dans notre quotidien que nous avons forcément été influencés. Il dessinait ou peignait en permanence. À la maison, il peignait, puis il prenait sa voiture et allait au travail, ce qu’on appelait « l’atelier », là où ils imprimaient tous les pāreu et tee-shirts Arii Création, et là aussi il dessinait. Il y avait des feutres, des pinceaux, des tubes, des rouleaux, du papier... en pagaille. Partout. C’était vraiment accessible. On avait des grandes tables à dessin à l’atelier, à la maison aussi. Vraiment, c’était tellement accessible, que forcément, ça nous a incités à nous y intéresser et à expérimenter. Me concernant, je dirais que j’ai toujours dessiné. Toute ma vie. Aussi loin que je me souvienne. Mon frère Gilbert, ça devait être pareil.”

Comment définiriez-vous la pratique artistique paternelle ?
“Il ne parlait pas beaucoup de son travail en général, mais c’était un artiste engagé. Il s’amusait à faire de l’ironie dans ses tableaux, comme par exemple la scène avec Jésus et les apôtres remplacée par une fin de soirée de beuverie (voir ci-contre). Il se glissait aussi dans certains tableaux, comme celui des danseuses, le personnage avec la mèche de cheveux blancs, c’est lui. Il avait aussi représenté la Polynésie par une pirogue et les politiciens en rameurs. Je pense que tout ça illustre son besoin de passer des messages, de ne pas seulement peindre des jolis paysages polynésiens vides de sens.”

Lui qui avait une pratique artistique au long cours, participait-il à des expositions collectives ?
“Oui, essentiellement à la galerie Au Chevalet, de celles qu’ils organisent en décembre chaque année. D’ailleurs, il n’y a malheureusement qu’une seule exposition collective dans laquelle nous avons pu être réunis, lui, mon frère et moi (“Te nohoraa i te pae pape”, novembre 2005, ndlr). C’est en partie grâce à mon père que cette galerie a vu le jour. Au départ, Joseph et Valérie étaient encadreurs et très bons amis de mon père. Mon père n’arrêtait pas de leur dire d’ouvrir une galerie et quand, enfin, ils se sont lancés, c’est avec une exposition de lui qu’elle a ouvert. Mon père avait toujours ce genre d’influences sur les gens, je reçois beaucoup de témoignages de personnes qui me disent que c’est grâce à lui qu’ils ont fait ceci ou cela. Et je confirme qu’il était vraiment du genre à nous pousser à faire des choses. Je peignais et dessinais pour moi. Mais, vers mes 20 ans, j’ai commencé à exposer parce qu’il m’a poussé à participer à une expo collective. Nous avons vécu plusieurs situations où il nous poussait à tenter et à faire de notre mieux. Je lui en suis extrêmement reconnaissant pour ça.”


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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT