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Le reo tahiti entre survivance et renouveau


Vendredi 4 Décembre 2020 - écrit par Ariitaimai Amary, Dominique Schmitt


Dans cinquante ans, selon l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), on ne parlera plus tahitien. L’épée de Damoclès est au-dessus de nos têtes, mais il est encore temps de préserver ce vecteur central de notre culture et de notre identité. Les forces nouvelles et ultimes efforts pour le faire survivre permettront-ils d’engager ce mouvement salvateur qui permettra de revenir des tréfonds où le reo tahiti avait été plongé il y a de ça quelques années ?



Crédit photo : Greg. Boissy
Crédit photo : Greg. Boissy
Les langues sont les vecteurs de nos cultures, de la mémoire de notre peuple et de nos valeurs. Ces composantes essentielles de notre identité sont le ciment de notre diversité et constitue notre héritage vivant le plus précieux. Cependant, il semblerait que ces trésors sont menacés de disparaître si les tendances ne s’inversent pas rapidement et drastiquement. Il faut dire que l’Histoire a fait que les langues polynésiennes sont peu à peu tombées en désuétude. En effet, à partir de l’Annexion en 1880, toutes les entités publiques et religieuses étaient tenues d’enseigner le français et d’interdire l’usage du tahitien. Ainsi, durant le XXe siècle, les Polynésiens ont été victimes d’une politique d’assimilation intensifiée à partir des années 1960, qui a engendré une pratique inégale des langues polynésiennes qui semblaient dès lors être préjudiciables à l’intégration sociale. Au sein même de l’École, certains locuteurs de reo tahiti notamment étaient victimes de moqueries, de châtiments physiques et portaient même des symboles en guise de punition suite à l’usage de leur langue. Cette pratique était particulièrement traumatisante car, dès qu’un élève parlait une autre langue que le français, on lui remettait un objet stigmatisant dont il ne pouvait se défaire qu’en le transmettant à un autre élève puni pour le même motif… Ainsi, les locuteurs ayant vécu cette période ont grandi dans une société dans laquelle l’hégémonie de la langue française était affirmée, et la stigmatisation du reo tahiti, systématique. Seules les différentes communautés religieuses permettaient d’assurer une instruction somme toute basique dans l’une ou l’autre de nos langues lors des Écoles du dimanche. Par ailleurs, dans la sphère familiale, les langues polynésiennes, bien que pratiquées par les parents et grands-parents, étaient considérées comme préjudiciables cette fois à l’intégration professionnelle et sociale. En effet, dans l’imaginaire collectif, et même en pratique, le français avait très rapidement été associé à la réussite scolaire et professionnelle, ce qui a poussé les familles à encourager les plus jeunes à suivre un cursus menant à un futur francophone...

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT