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Les maux bleus


Vendredi 30 Novembre 2018 - écrit par Jean-Marc Regnault


"L’outre-mer n’existe pas", constate François Garde, l’auteur de Petit Éloge de l’outre-mer, pour nous surprendre ou nous provoquer... C’est qu’aucune solidarité ne lie spontanément les natifs des collectivités ultramarines. Pour autant, ce ne sont pas des "confettis" d’un Empire jadis rayonnant. Pas plus que ces collectivités ne jouent un rôle à Paris, où elles ne représentent qu’un enjeu secondaire.



François Garde - Crédit photo : C. Hélie Gallimard
François Garde - Crédit photo : C. Hélie Gallimard
"La relation entre la France et l’outre-mer commence par un malentendu", constate l’auteur : "Partout une histoire violente, tissée de misères et de voyages sans retour, d’exils et d’espérances, de mémoire et d’amnésie, de deuils et de renouveau…"

Et aujourd’hui, comprendre l’outre-mer avec ses diversités est bien compliqué. "Plaignons journalistes et parlementaires qui n’ont jamais le temps de s’y plonger…", s’amuse François Garde. L’outre-mer (il en connaît pratiquement tous les territoires) l’a "séduit par surprise"…

L’auteur n’est pas un doux rêveur que la douceur tropicale (existe-t-elle ?) aurait subjugué… D’abord parce qu’il inclut les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises, dont il a été administrateur et y a accompli des traversées pédestres, voir son livre Marcher à Kerguelen)...

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Opposition constructive

Le dictionnaire des synonymes vient de s’enrichir d’une nouvelle formule ! Le retournement de veste politique peut désormais être remplacé par de l’opposition constructive.
L’on doit cette nouveauté linguistique à Angelo Frebault, élu en mai dernier lors des élections territoriales sur la liste Tahoera’a, dont il fut exclu en septembre pour ne pas avoir suivi les consignes du parti lors du vote de la réforme des retraites, et qui vient de rejoindre les rangs du Tapura.
L’ancien secrétaire général de la CSTP-FO ne sera donc pas resté bien longtemps seul sur les bancs de l’assemblée puisqu’il a rejoint le parti au pouvoir. La question finalement n’est pas de savoir qui a approché l’autre, mais pourquoi le Tapura, avec sa très forte majorité, a recueilli celui que Gaston Flosse n’avait pas hésité à qualifier de "pomme pourrie" au moment de son éviction du Tahoera’a.
Le gouvernement a les mains libres pour faire passer tous ses textes à l’assemblée avec ses 39 voix, une 40e ne lui est donc pas d’une grande utilité. En seconde lecture, on peut croire qu’Édouard Fritch a fait sienne la devise du célèbre réalisateur Francis Ford Coppola : "Sois proche de tes amis et encore plus proche de tes ennemis."
En effet, les difficultés rencontrées par le gouvernement actuel en début d’année lors des annonces concernant la réforme du régime des retraites peuvent lui faire craindre d’autres mouvements d’ampleur de la rue à l’occasion des réformes à venir sur la Protection Sociale Généralisée, ou encore de la réforme du code du travail. Avoir en son sein l’un de ses anciens plus farouches opposants comme il l’a déjà fait avec un certain Pierre Frebault, ancien ministre de l’Économie d’Oscar Temaru, aujourd’hui directeur de la toute nouvelle Agence de régulation sanitaire et sociale (Arass) – chargée de piloter la politique de la santé et de la protection sociale en Polynésie – est un atout, doit-on penser. Reste à mesurer le réseau d’influence d’Angelo Frebault, renié par une grande partie du monde syndical lors de sa présence sur les listes électorales orange.
Le revers de la médaille est le risque d’apporter un peu plus de discrédit à notre classe politique, dont la cote de popularité est déjà très basse. Et les récentes gardes à vue qu’ont connues Oscar Temaru et Gaston Flosse, pour des raisons très différentes certes, ne viennent pas en redorer l’image.
Le Tapura a pris un risque, persuadé que le résultat des dernières élections le légitime en tout. En métropole, on voit comment le pouvoir s’use vite, des instituts de sondage prenne régulièrement la température ; on peut regretter qu’ici il n’y a pas de sonnette d’alarme.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier