Menu

Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris : des fonds pour ses ressortissants bloqués en Métropole


Jeudi 9 Avril 2020 - écrit par Agence France-Presse




La Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris a débloqué un fonds de 25 000 euros pour venir en aide aux Calédoniens coincés en Métropole depuis que l’aéroport international du Caillou a fermé il y a 15 jours, a-t-on appris auprès de son directeur Joël Viratelle. Au total, au moins 450 habitants de Nouvelle-Calédonie ont été dénombrés comme étant en attente de rapatriement vers leur île du Pacifique, à plus de 18 000 km, a expliqué M. Viratelle, qui a mis en place une cellule dédiée pour venir en aide à ces naufragés. 
Tous les vols internationaux à destination et au départ de la Nouvelle-Calédonie ont été suspendus depuis le 20 mars. Le gouvernement local avait précipité cette fermeture de quatre jours par rapport à la date initiale en raison des capacités d’accueil limitées des centres de quatorzaine, où tous les arrivants devaient être strictement confinés pour éviter les contaminations.
Certains Calédoniens étaient de passage en Métropole "pour des vacances, rendre visite à la famille, faire un stage, pour un deuil ou un mariage par exemple". 
Mais d’autres ont été rapatriés d’autres pays (Royaume-Uni, Brésil, Argentine, Bangkok, etc.) lorsque la plupart des aéroports au monde ont commencé à fermer. Au lieu de les rapprocher de la Nouvelle-Calédonie, les ambassades sur place les ont tous renvoyés à Paris, les éloignant parfois d’avantage, souligne Joël Viratelle.
"Paniqués", beaucoup se sont retrouvés dans des hôtels, parfois chez des amis ou de la famille. Beaucoup sont "financièrement éreintés", et certains, qui "ont épuisé leurs droits à congés, se trouvent désormais en congés sans solde", obligés pourtant de continuer à payer hôtel et alimentation, en attendant de pouvoir rentrer, poursuit le directeur.
"Nous avons mis en place un formulaire d’aide financière pour des produits de première nécessité et des  logements et débloqué 25 000 euros en urgence", sur décision du président du Conseil d’administration de la Maison de la Nouvelle-Calédonie et président du Congrès, Rock Wamytan, a-t-il précisé.
Le gouvernement calédonien a promis qu’il allait s’employer à rapatrier ses ressortissants. "Nos standards ont explosé" face aux nombreux appels "pour qu’on relaie leur demande de rapatriement", explique M. Viratelle. Mais le premier vol ne pourrait avoir lieu qu’aux alentours du 15 avril et il sera "assez léger", puisqu’il faudra respecter les mesures de distanciation dans l’avion, avec peut-être seulement un siège occupé sur deux ou sur trois.

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt