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Nouvelle-Calédonie : faute de gouvernement, l’État va reprendre le budget en main


Vendredi 26 Mars 2021 - écrit par Agence France-Presse


La Nouvelle-Calédonie attend toujours l’arrivée de son nouveau gouvernement, bloquée par des conflits entre indépendantistes et désormais par le confinement, poussant l’État à prendre les rênes du budget, pour la première fois depuis des décennies.



La crise sanitaire est gérée par le gouvernement démissionnaire, présidé par le loyaliste Thierry Santa (i[au centre de la photo]i), dont l’action est limitée à l’expédition des affaires courantes et urgentes. Crédit photo : AFP
La crise sanitaire est gérée par le gouvernement démissionnaire, présidé par le loyaliste Thierry Santa (i[au centre de la photo]i), dont l’action est limitée à l’expédition des affaires courantes et urgentes. Crédit photo : AFP
La crise sanitaire sur le territoire, confiné jusqu’au 28 mars, à la suite de la détection de premiers cas de Covid-19 hors quatorzaine, est gérée par le gouvernement démissionnaire, présidé par le loyaliste Thierry Santa, dont l’action est limitée à l’expédition des affaires courantes et urgentes. 
Le blocage survient alors que la collectivité n’a pas voté comme de coutume avant le 31 décembre son budget annuel, et elle sera dans l’incapacité de le faire avant l’ultime date réglementaire du 31 mars. 
Pour la première fois depuis des décennies dans ce territoire très autonome, le budget 2021 sera arrêté par le haut-commissaire de la République après avis de la Chambre Territoriale des Comptes. 
Les cinq “ministres” indépendantistes du FLNKS avaient démissionné en bloc début février dans une stratégie d’opposition à la reprise de l’usine de nickel du groupe Vale, ce qui a de facto entraîné la chute de l’exécutif collégial.
Grâce à une alliance avec un parti charnière, le FLNKS a ensuite remporté, pour la première fois, la majorité du nouvel exécutif (six membres sur 11), lors de son élection le 17 février par les 54 élus du Congrès (assemblée délibérante).
Mais des tensions entre les deux courants du FLNKS, l’Union Calédonienne (UC) et l’UNI (Union nationale pour l’indépendance) n’ont pas permis d’élire de président du gouvernement, nécessaire à son entrée en fonction.
Par deux fois, le 17 février et le 2 mars, le candidat de l’UC, Samuel Hnepeune, ancien patron du Medef, et celui de l’UNI, Louis Mapou, actuel chef de groupe au Congrès, se sont neutralisés, obtenant chacun trois suffrages sur 11. La majorité absolue (au moins 6 voix sur 11) est requise.
L’apparition du premier cas de Covid-19 hors quatorzaine le 7 mars et le déclenchement du confinement deux jours plus tard ont depuis figé la situation, sans avancée dans les discussions entre indépendantistes.
   
“Pas de contacts”

Pour le moment, il n’y a pas de contacts entre nous. Rien du tout”, a déclaré Louis Mapou.
À l’unisson, Pierre-Chanel Tutugoro, chef du groupe UC-FLNKS au Congrès, a indiqué que “la priorité était à la gestion de la crise sanitaire” et qu’il n’y avait pas d’échanges avec l’UNI au sujet de la présidence du gouvernement.
Tant que le confinement dure, aucune nouvelle tentative pour désigner un chef de l’exécutif ne devrait donc avoir lieu.
Ce blocage survient également alors qu’approche le 4 avril, date à partir de laquelle un minimum d’un tiers des élus peut demander à l’État d’organiser le troisième et dernier référendum sur l’indépendance prévu par l’accord de Nouméa (1998), qui organise la décolonisation progressive de l’île.        
On fera cette demande comme prévu, cette question a été tranchée au sein du FLNKS, nous n’avons pas changé d’avis”, a expliqué Pierre-Chanel Tutugoro, en allusion à la décision prise lors d’une convention de la coalition indépendantiste mi-octobre de solliciter ce troisième référendum, le 21 avril 2021.
L’État aura alors 18 mois pour l’organiser, soit au plus tard en octobre 2022.
L’UNI souhaite que le scrutin se tienne avant la prochaine élection présidentielle de 2022, par crainte que Marine Le Pen puisse l’emporter, tandis que l’UC ne s’est pas encore positionnée.        
Les deux précédents référendums, les 4 novembre 2018 et 4 octobre 2020, ont été remportés par les partisans du maintien dans la France avec 56,7% des voix puis seulement 53,3% des voix.       
L’Avenir en Confiance, coalition non indépendantiste majoritaire à droite, voudrait “éviter ce référendum binaire” et trouver “une solution consensuelle dans la France”. 
Après la signature d’un “accord politique” sur la reprise de l’usine de nickel de Vale le 4 mars, le FLNKS, qui en avait fait un préalable, s’est dit prêt à reprendre les discussions avec l’État et les non indépendantistes pour préparer l’après-accord de Nouméa.        
Une consultation de la société civile est en cours à l’initiative de l’État tandis que Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, doit “remettre prochainement” aux dirigeants calédoniens “un document écrit et complet qui recense l’intégralité des questions posées par le oui et par le non” à l’indépendance. 

Source : Agence France-Presse

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT