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Nouvelle-Calédonie : un pas de plus vers une taxe sur les produits sucrés


Jeudi 20 Février 2020 - écrit par Les Nouvelles Calédoniennes




La taxe sur le sucre devra "i[changer les habitudes de consommation mais aussi préserver les entreprises qui nous accompagnent dans ce projet]i", note le porte-parole du gouvernement, Christopher Gygès. (Photo Thierry Perron)
La taxe sur le sucre devra "i[changer les habitudes de consommation mais aussi préserver les entreprises qui nous accompagnent dans ce projet]i", note le porte-parole du gouvernement, Christopher Gygès. (Photo Thierry Perron)
Il y a plus de huit ans déjà, des personnalités politiques discutaient du sujet, en Baie de la Moselle à Nouméa. Puis le programme d’actions Do Kamo a mentionné l’objectif. Après les étapes du Conseil économique, social et environnemental et du Conseil d’État, une nouvelle marche a été franchie. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a arrêté, à l’unanimité, un projet de loi du pays instituant une taxe sur certains produits alimentaires contenant du sucre. Cette disposition s’inscrit "dans le plan global de redressement des comptes sociaux", note Christopher Gygès, porte-parole de l’exécutif. L’idée est de faire évoluer les comportements de consommation mais aussi d’abaisser la teneur en sucre de ces aliments produits localement ou importés.
La mesure est urgente, à entendre des médecins. "On consomme beaucoup de sucre en Nouvelle-Calédonie", ajoute Christopher Gygès.
En 2011, le député guadeloupéen d’alors, Victorin Lurel, avait jeté un pavé dans la mare en dénonçant la fabrication de produits plus sucrés dans les Dom-Tom qu’en Métropole. Le rapport doit être actualisé, l’examen établi dans le détail. Néanmoins, le territoire compte actuellement 14 000 diabétiques en soins, et environ 7 000 Calédoniens ignorent leur maladie, d’après les estimations. En outre, le diabète représente un coût sensible pour les caisses publiques.

"Conditions à remplir"

La taxe s’appliquera sur quels produits précisément, sur quelles boissons, quelles friandises ? Quel sera le taux ? La taxation par gramme de sucre sera définie dans une délibération à venir. La première version du texte n’incluait pas les biscuits secs et autres sauces industrielles par exemple. Le Conseil économique, social et environnemental a demandé, dans une de ses recommandations, d’élargir le panel des aliments visés. Le gouvernement préparera une série d’amendements afin de prendre en compte ces requêtes, avant le passage au Congrès.
Aujourd’hui, "nous travaillons encore avec les différents professionnels" sur les modalités de la mesure, souligne le membre du gouvernement en charge des secteurs de l’économie ou encore de la fiscalité. "Le but est d’accompagner le changement." En clair, sans casse du côté des entreprises.
À la Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie, "nous ne sommes pas opposés à une taxe « sucre », observe le président Xavier Benoist. En revanche, nous l’avons déclaré, il y a quelques conditions à remplir. Notamment avoir un champ d’application le plus large possible pour assurer le rendement fiscal attendu par le gouvernement, et s’assurer de l’impact du taux sur les prix de vente des produits". Le rendement possible de cette taxe est pour l’instant inconnu. L’Agence sanitaire et sociale en sera bénéficiaire, et décidera des parts entre la prévention et le Ruamm, le Régime unifié d’assurance maladie-maternité. Une question qui peut être délicate à traiter au sein du gouvernement. La taxe étant nouvelle, une marche à blanc sera probablement instaurée pendant quelques mois pour évaluer l’assiette fiscale.


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Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt