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Paris détaille les plans de relance Outre-mer


Vendredi 26 Mars 2021 - écrit par Julien Sartre


Un an après le début de la pandémie et de la crise sanitaire mondiale, la France a mis en place des dispositifs d’aide et de soutien aux économies ultramarines. Comme il s’agit d’une compétence locale pour le fenua, la Polynésie française a présenté son propre plan. Dans d’autres territoires, c’est l’État qui agit directement.



Crédit photo : DR
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Un montant de “79 milliards de Fcfp”, c’est celui du plan de relance “pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19”, détaillé il y a une dizaine de jours déjà par le président du Pays, Édouard Fritch. Ce programme de financements, qui comprend des investissements d’infrastructures à Tahiti, est largement abondé par des prêts de l’Agence française de développement (AFD), une institution financière para-étatique parisienne.
Même si il s’agit, comme le précise le gouvernement français à Tahiti Pacifique Magazine, “d’une compétence avant tout Pays”, le ministère des Outre-mer a eu son mot à dire sur le type d’investissements et le montant de l’enveloppe allouée au fenua. Ce plan de relance fait partie d’un ensemble de programmes de financements plus vaste en direction de tout l’Outre-mer français. Lorsqu’il s’agit de départements d’Outre-mer (Dom), plus proche institutionnellement et juridiquement de Paris, la France présente son plan de relance dans le détail. Il y a quelques jours, le lundi 15 mars, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu (photo ci-contre) donnait un exemple concret en organisant une conférence de presse dédiée aux financements et aux investissements “post-pandémie” en direction de la Guyane française. Pour ce qui concerne ce territoire spécifiquement, c’est la somme de 250 millions d’euros (soit environ 30 milliards de Fcfp) qui a été débloquée. Et en l’occurrence, il ne s’agit pas de prêts à la Collectivité territoriale de Guyane, mais de subventions, voire de financements directs du chômage partiel ou de projets d’infrastructures. “Cet argent doit être dépensé et il doit être dépensé rapidement : nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre encore trois ou quatre ans, a affirmé Sébastien Lecornu, lors de sa conférence de presse consécutive à la signature du plan de relance régional. En Guyane, il y a des enjeux importants, des enjeux d’infrastructures : je veux que ces fonds permettent de créer rapidement de la commande publique et des emplois !”

Ce format et la déclinaison de chaque plan de relance pour tous les territoires et collectivités d’Outre-mer devrait être renouvelé régulièrement au fil de l’avancée des projets dans les territoires, sur chaque océan. Il devrait également être amendé en fonction de l’évolution de la crise sanitaire. En cas de restrictions de liberté, y compris de la liberté d’entreprendre ou de recevoir des touristes et de commercer par exemple, les plans devront être revus à la hausse. Pour l’instant, la sortie de crise n’est pas encore avérée, pas davantage que la reprise économique, qu’il s’agisse de la France ou des des territoires d’Outre-mer.


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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT