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Quand Nos politiques sillonnent le Pacifique et les antipodes

Les grandes plumes par Simone Grand biologiste et anthropologue



Il fut un temps déjà lointain où je fus souvent désignée pour représenter la Polynésie française à la Commission du Pacifique Sud, au PROE et au Forum en : environnement, pêche, aquaculture, santé et, même Système d’information géographique… Déconcertant car le 1er SIG élaboré dans un service du Pays valut à ses inventeurs de très sévères sanctions ! Toute missionnée que j’aie pu être, jamais aucune directive ne me fut donnée et, au retour, mes rapports n’ont jamais intéressé. J’ai beaucoup appris et n’ai rien pu transmettre. Pas même sur mon expérience professionnelle. Faire le point de manière régulière ne leur venait pas à l’esprit. De l’avoir proposé me valut leur mépris. La machine politico-administrative a navigué à vue. Nos actuels gouvernants sont-ils d’aussi mauvais capitaines que leurs prédécesseurs ? Observons-les.  

Du Pacifique, souvenirs d’attitudes inamicales de groupes anglophones en pré-réunions excluant Français et Américains et nous balançant à l’occasion des remarques désobligeantes.Une impression de poursuite de la guerre de Cent ans transposée aux antipodes !
La culture et l’humour aident à bien vivre ces situations-là. L’intelligence des uns compensait la bêtise de ceux qui refusaient d’admettre vivre, eux aussi, une situation coloniale à rebours en expédiant leur jeunesse coloniser les indigènes de Nouvelle-Zélande, Hawaii, Australie et États-Unis.
Les expérimentations nucléaires terminées, l’hostilité anti-Polynésie française s’est atténuée et l’ambiance est plus cool. Le président et les ministres se déplacent davantage. J’ai été ravie d’entendre le président Édouard Fritch se prévaloir récemment de la recherche médicale de l’Institut Malardé qui diagnostiqua le Zika avant tout le monde et prit une avance remarquée dans ce domaine. Mais en recherche aussi, il arrive que, qui bavasse le plus et flatte le mieux, gagne. Même si, inéluctablement à court, moyen ou long terme, l’on finit toujours par savoir qui a fait quoi. Mais c’est une première émouvante dans l’histoire du Pays qu’un président reconnaisse quelque valeur à notre recherche scientifique. Est-ce un gage d’adoption d’une méthode de travail où l’improvisation et les caprices auraient moins de place ? Espérons-le.

Car la dernière prestation télévisée de "notre" candidat à l’investiture présidentielle nationale a de quoi angoisser.  Des propos incantatoires s’appuyant sur un christianisme politique émis en leitmotiv lancinant confirmaient un vide sidéral de la pensée. De toute évidence, il n’a pas pris la peine de réfléchir pour chercher à comprendre les mécanismes mis en œuvre par un Islam politique promouvant le meurtre et la terreur pour régner sans partage. Il ne semble pas avoir réfléchi non plus au principe de laïcité qui libère l’espace public des prêches et signes religieux intempestifs et protège les espaces cultuels pour une pratique sereine des fidèles. Interrogé sur l’existence de trois individus fichés "S" à la prison de Nu’utania, il répondit de manière choquante. Comme si les Polynésiens n’étaient pas des êtres humains comme les autres, mais une sous- ou sur-espèce non-violente de l’humanité, dotée d’un patrimoine génétique spécial malgré les métissages nombreux sur plusieurs générations. Et ce, malgré une prison surpeuplée majoritairement de violents contre leurs femmes et enfants. Comme les terroristes de masse, les tyrans intimes aiment taper sur plus faible que soi. Avec une différence toutefois : ils ne sont pas candidats à l’auto-immolation. Encore que le taux inquiétant de suicides sous nos latitudes y compris dans les petits pays indépendants interpelle. Aussi, se prévaloir d’une spécificité spécifique quasi angélique relève d’un racisme niant une cruelle réalité sociale. Ce déni du réel est suivi d’une curieuse proposition de stratégie de lutte anti terroriste. A une déviation de la pratique religieuse musulmane, il oppose une déviation de la pratique religieuse protestante et catholique. À l’islamisme politique, il oppose un christianisme ma’ohi politique. Or, ce n’est pas en ratatinant le message chrétien universel à la seule sphère ma’ohi inévitablement étriquée car manipulée "en réaction à…", que la solution sera trouvée. Car, si en tahitien, ma’ohi =originaire de natif ; en marquisien maóhi = attouchement, et n’existe pas en pa’umotu. En maori, il se dit maori et en hawaiien, maoli. Donner un nouveau sens aux mots n’est pas gênant, par contre, faire croire qu’il en a toujours été ainsi pour mieux étayer une démonstration tendancieuse relève de la manipulation mentale. L’unité du Ao ma’ohi = "monde ma’ohi", est le produit de l’Histoire, celui de la colonisation rassemblant des "royaumes" indépendants sous la bannière des Établissements français de l’Océanie puis de la Polynésie française. Même s’il existe un  fond culturel commun, même s’il y eut des rencontres et des moments partagés, il serait malhonnête d’occulter les différences affirmées dans une insipide et aigre mixture karapu.  

Se penser à l’abri des vicissitudes du monde n’est plus possible depuis 1767 où Wallis et son équipage débarquèrent du Dolphin avec la tuberculose et leurs MST. S’imaginer être à l’abri des croyances étrangères violentes n’est plus possible depuis 1797 avec l’arrivée du Duff. Les Mamaia souffrirent cruellement de croire autrement.

La démocratie ayant pour socle les principes de liberté, égalité, fraternité est extrêmement fragile. Tant sont nombreux celles et ceux que la diversité des opinions et le doute insupportent. L’exigence républicaine est habilement instrumentalisée par ses traîtres et saboteurs au droit garanti à l’expression de leur haine de la démocratie. Où ils ont droit à être défendus même après passage à l’acte le plus ignoble. Aussi, se souvenant du vieux proverbe : "Qui veut faire l’ange fait la bête", les extrémistes d’une certaine forme de défense des droits de l’homme, seraient bien inspirés d’utiliser la même balance pour ceux qui la défendent et ceux qui la détruisent. Je perçois parfois une discrimination semblable à celle d’assistants sociaux qui, lors d’une consultation ethnopsy en Seine-Saint-Denis, plaignaient non pas les épouses d’un polygame africain mais le macho contraint à Paris, de se soumettre à la monogamie…

Les religions ne sont pas les seules à fournir des mots sorts et des tournures de phrases funestes. La culpabilité postcoloniale, associée à des théories psychologiques biaisées génère elle aussi son lot de mauvaises excuses à l’inacceptable. La meilleure marque de respect que l’on puisse manifester aux brutes immondes, c’est de ne leur reconnaître aucune excuse.

Aussi, pour préserver nos enfants du sectarisme, nourrissons-les de nos langues multiples. Évitons de les faire jouer à Moïse descendant du Sinaï et fustigeant son peuple égaré dans le culte du Veau d’or. Qu’ils apprennent d’abord à obéir avant de nous donner des leçons. Faisons-leur découvrir la belle littérature et les arts de toutes les cultures qui nous ont façonnés.
 
 

Mercredi 28 Septembre 2016 - écrit par Simone Grand


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Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT