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Sur le Caillou, un gouvernement sans tête faute d’entente chez les indépendantistes


Vendredi 26 Février 2021 - écrit par Agence France-Presse


Plus d’une semaine après l’élection d’un nouveau gouvernement en Nouvelle-Calédonie, dans lequel les indépendantistes sont majoritaires, l’institution est bloquée, car les deux courants du FLNKS à la philosophie très différente se déchirent pour en obtenir la présidence.



De gauche à droite : les nouveaux membres du 17e gouvernement de Nouvelle-Calédonie, avec la tête de liste UC-FLNKS, nationalistes et Éveil océanien, Samuel Hnepeune ; les représentants du parti UNI, Yannick Slamet et Louis Mapou ; et du parti Calédonie Ensemble, Joseph Manaute. Le président n'a pas encore été nommé, et il reste très peu de temps pour faire un choix. Crédit photo : AFP
De gauche à droite : les nouveaux membres du 17e gouvernement de Nouvelle-Calédonie, avec la tête de liste UC-FLNKS, nationalistes et Éveil océanien, Samuel Hnepeune ; les représentants du parti UNI, Yannick Slamet et Louis Mapou ; et du parti Calédonie Ensemble, Joseph Manaute. Le président n'a pas encore été nommé, et il reste très peu de temps pour faire un choix. Crédit photo : AFP
C’est la première fois depuis le début de l’accord de Nouméa (1998), qui organise la décolonisation progressive de l’archipel, que les indépendantistes ont le contrôle de l’exécutif où, depuis le 17 février, ils disposent de six “ministres” sur 11. 
L’enjeu est de taille pour le Front de libération national kanak socialiste (FLNKS) car le troisième et ultime référendum sur l’indépendance, qui refermera l’accord de Nouméa, devrait se tenir d’ici septembre 2022. Les deux premiers, les 4 novembre 2018 et 4 octobre 2020, ont été remportés par les partisans du maintien dans la République avec 56,7% des suffrages, puis seulement 53,3%. L’explosif dossier de la reprise de l’usine métallurgique du groupe brésilien Vale est à l’origine de la chute du gouvernement le 2 février, provoquée par la démission en bloc des cinq “ministres” indépendantistes. Le FLNKS et les chefferies kanak s’opposent au rachat par un consortium comprenant le négociant en matières premières suisse, Trafigura.

Un candidat qui “rassure”

À la faveur d’une alliance avec l’Éveil océanien (EO), un parti charnière, le FLNKS a décroché six membres dans le nouveau gouvernement : trois pour la liste Union Calédonienne-FLNKS-EO et trois pour celle de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI-FLNKS). Depuis, ces deux courants se querellent et ne parviennent pas à s’entendre sur la désignation d’un candidat unitaire. Deux réunions, dont la dernière le 22 février, n’ont pas abouti. L’UC, plus vieux parti politique calédonien né en 1953 de la fusion d’associations confessionnelles et creuset de luttes d’influence, porte la candidature inattendue de Samuel Hnepeune, jusqu’alors président du Medef et P-dg de la compagnie domestique Aircal.
On a fait le choix d’un candidat qui permet de rassurer, un bosseur capable de manager un gouvernement d’action”, a déclaré Pierre-Chanel Tutugoro, secrétaire général de l’UC alors que les violences qui ont éclaté autour dossier de l’usine de Vale ont refroidi les investisseurs.

Tutelle

D’inspiration marxiste, l’autre branche du FLNKS, incarnée par le Parti de libération kanak (Palika, tête de pont de l’UNI), défend la candidature de Louis Mapou, ténor de l’échiquier calédonien, actuel chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès. “C’est un homme de terrain, militant de longue date, qui connaît tous les rouages administratifs et institutionnels”, a fait valoir Charles Washetine, porte-parole du Palika. “Avec l’UC, on déroule le tapis rouge au patronat. Ce serait faire le lit du néo-colonialisme, donc on ne peut pas partager (cette candidature) pour des raisons à la fois idéologiques et historiques”, a-t-il ajouté. Le 17 février, c’est d’ailleurs la voix supplémentaire du Parti travailliste, petite formation issue d’un syndicat proche de l’extrême gauche, qui a permis à l’UNI-FLNKS de remporter trois ministres au lieu des deux escomptés et de faire ainsi jeu égal avec l’UC. 
Le week-end dernier, les frères ennemis du FLNKS ont chacun réuni leurs instances et depuis lundi, les conciliabules s’enchaînent pour tenter de trouver un consensus, sans succès jusqu’alors. “Ils deviennent ridicules de se livrer à une gué-guerre de personnes alors qu’on s’approche de la tutelle”, a taclé Milakulo Tukumuli, leader de l’Éveil océanien, faisant allusion à la crise des finances publiques et à l’urgence de voter le budget 2021, sous peine au 31 mars d’une mise sous tutelle de la collectivité par l’État. 

“Chacun reste toujours dans sa bulle”

Se revendiquant “indépendant et pas indépendantiste”, M.Tukumuli, qui avait été séduit “par le profil société civile” de Samuel Hnepeune, regrette “que le pays n’avance pas parce-que chacun reste toujours dans sa bulle”. De son côté, la coalition non indépendantiste majoritaire, l’Avenir en confiance (AEC), fustige “un déni de démocratie” et affirme que “l’accord de Nouméa est périmé”. “C’est un boulet à chaque pied des loyalistes pour qu’ils soient rattrapés par les indépendantistes”, a dénoncé Sonia Backés, présidente de la province Sud.
Quant au député Philippe Gomes, leader de parti de centre droit Calédonie ensemble, il a accusé son rival loyaliste de l’AEC “de porter l’immense responsabilité de cette situation”. Jamais dans l’histoire, la sensibilité non indépendantiste n’a été dans un tel état de faiblesse, à quelques encablures du troisième référendum”, a-t-il remarqué. 

Source : Agence France-Presse

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT