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Le collège de Huahine ne portera pas le nom de Bobby

Le collège de Huahine ne portera pas le nom de Bobby
Le refus de la Présidence de voir le collège de Huahine rebaptisé Bobby Holcomb suscite l’indignation de la population tant ce chanteur et peintre était un artiste d’exception, reconnu par son sens du partage, sa générosité et sa joie de vivre. “Monsieur Holcomb a indéniablement contribué au renouveau culturel de la Polynésie française, notamment par son intégration au sein du mouvement « Pupu Arioi » et par son investissement infaillible auprès des jeunes afin de valoriser l’identité mā’ohi”, reconnaît Édouard Fritch. Cependant, le président balaie la proposition de la représentante Tavini Éliane Tevahitua et préfère se ranger derrière les avis défavorables du collège et de la mairie, pour qui Bobby ne pas être assimilé au milieu éducatif, en raison de sa consommation de “produits illicites”. Des explications pour le moins… “fumeuses” !

“Au sein du conseil municipal, certains son​t connus pour ne pas fumer que du tabac...”

La réaction du député Moetai Brotherson vaut le détour : “Parmi toutes les raisons possibles, le conseil municipal a choisi celle, inepte, qui cache toute la forêt d’hypocrisie de notre société derrière la branche de cannabis, pour refuser la proposition de baptiser le collège. Il faudrait donc écrire à toutes les municipalités de France et de Navarre qui ont des collèges ou lycées, Charles Baudelaire, Alfred de Musset, Jean-Paul Sartre, Arthur Rimbaud, Honoré de Balzac, Apollinaire, Jules Verne, Alexandre Dumas, Maupassant.” Et de sortir de ses gongs : “C’est d’autant plus décevant qu’au sein du conseil municipal, certains sont connus pour ne pas fumer que du tabac...” Avant de rappeler : “Ah, oui, il faudrait aussi que les membres du conseil municipal refusent d’envoyer leurs enfants au lycée Paul-Gauguin, qui en plus d’être opiomane était pédophile… On nage en pleine bigoterie.”
Pendant ce temps-là, le Pays songe à renommer le Centre hospitalier de Taaone “Jacques-Chirac”, du nom du Président français qui a décidé de reprendre les essais nucléaires en Polynésie… On marche sur la tête !

D.S.






Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT