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Pôle santé unique : Paofai se projette à Matavai, mais pense aussi à s’agrandir

Pour répondre à l’appel d’offres concernant le pôle de santé unique, les deux cliniques qui se sont déclarées à la fin juin n’ont pas dû ménager leurs efforts pour présenter des dossiers les plus complets possibles. Si, jusqu’à la date butoir de dépôt des dossiers, le 30 juin dernier, rien n’a filtré, on en sait un peu plus sur celui de la polyclinique Paofai dont le dossier a été monté en quatre semaines quand, nous dit-on, il faut logiquement six mois. Il a bien sûr été fait appel à des spécialistes hors du territoire, aux références indiscutables avec de nombreuses réalisations sur le sol métropolitain et même ultramarin.
Du dossier présenté par Paofai, il faut surtout retenir l’implantation qui a longtemps était considérée comme le point faible de la polyclinique, qui n’avait pas a priori une emprise foncière déterminée, au contraire de son concurrent de Cardella positionné sur Punaauia. C’est à Matavai, à l’entrée de Tipaerui, que le projet de création d’un pôle unique de santé, s’il était retenu, se ferait sur onze des quinze hectares existants, un compromis ayant été signé. Une acquisition foncière auprès de plusieurs propriétaires de plus d’1 milliard de Fcfp qui s’ajouterait à la construction proprement dite estimée à plus de 6 milliards de Fcfp.
Les deux cliniques, dans leur projet de cette création de pôle de santé unique, auront sensiblement les mêmes investissements à réaliser alors que la rentabilité – on parle bien de projet privé – est loin d’être au rendez-vous en raison notamment du cahier des charges qui prévoit un nombre de lits qualifié d’insuffisant. L’exemple du projet similaire en Nouvelle-Calédonie, dont la viabilité est remise en cause, devrait interpeller notre direction de la Santé.
Entre probables recours de la partie exclue du projet et les délais de constructions, rien ne sera fonctionnel avant cinq ans. Une période durant laquelle, du côté de Paofai, l’on ne veut pas rester inactif. Il est donc prévu un agrandissement de la polyclinique pour répondre aux besoins sans cesse grandissants. Un investissement lourd qui ne sera pas abandonné même si l’appel à projets était remporté par l’autre postulant. Ce pôle n’a pas fini de faire parler de lui.
LO




Makatea, Moruroa, Fangataufa… même combat

Poumon économique de la Polynésie française pendant cinquante ans (1916-1966) en raison de son phosphate, Makatea, après avoir sombré dans l’oubli pendant autant de temps, est aujourd’hui sur le devant de la scène économique et bientôt certainement politique. Un destin qui n’est pas sans rappeler celui des atolls de Moruroa et Fangataufa, qui prirent la relève économique en "accueillant" les 193 essais nucléaires français, aériens puis souterrains, de 1966 à 1996. Trente années de prospérité pour le Pays que la rente nucléaire, ou quel que soit son nom, ne parviendra jamais à rétablir. Les conséquences de ces arrêts se sont ensuite fait ressentir, plongeant petit à petit le pays dans un marasme économique et une cacophonie politique.
La "réhabilitation" de Makatea, au prix d’un nouveau projet d’exploitation du phosphate, divise la population et pas seulement celle qui réside sur ce bout de rocher qui porte encore les dangereux stigmates de son passé minier. Le projet semble en passe d’aboutir, à en croire les déclarations de nos gouvernants qui se sont rendus sur place la semaine dernière en petit comité et avec une petite sélection de médias (syndrome de la macronite ?), dont nous n’avons pas fait partie, comme d’autres, pour des raisons d’autorisation des Affaires maritimes, nous a-t-on avancé.
Pendant qu’un siècle d’histoire rouille sous la végétation, nul ne se soucie d’en extraire des pans que la population pourrait découvrir dans un lieu dédié à Rangiroa, la grande sœur voisine, ou à Tahiti. Idem pour nos deux atolls nucléarisés, dont peu de monde se soucie ; l’important étant de négocier au mieux les indemnités, légitimes, que l’on peut en retirer. Comme d’autres, nous militons pour un vrai lieu de mémoire, un musée, pour laisser une trace physique et accessible à tous de cette page d’histoire.
Makatea remis en lumière pour des raisons uniquement économiques, Moruroa et Fangataufa laissés dans l’ombre pour les mêmes raisons. Les îles polynésiennes ne sont-elles donc qu’affaire d’argent ?

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier