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De l’ambiguïté à la colère attisée... incitant à une sereine attitude

Si le quotidien routinier nous offre des portraits somme toute sans aspérités ni variations notables de nous-mêmes et de nos concitoyens proches ou lointains, les crises sociales, humanitaires, sanitaires, économiques et autres, en révèlent des aspects beaucoup plus contrastés. Surtout quand, perdant toute prudence, certains n’hésitent pas à pontifier en des domaines où les plus grands des professionnels mondialement reconnus, car expérimentés, avouent en toute modestie leurs doutes et compréhensions limitées.



Crédit photo : Greg. Boissy
Crédit photo : Greg. Boissy
Ce qui surprend encore plus, c’est quand des experts inconnus du grand public, mais bénéficiant d’une immense estime de leurs pairs, se mettent à rameuter les foules pour défier leurs confrères sur les terrains vagues de l’ignorance et les friches désolées de l’échec scolaire. Là, jouant aux pauvres victimes d’un complot national d’abord, puis international, ils recourent à l’applaudimètre émotionnel, tels les prophètes allumés de toutes les périodes épidémiques et en veine d’une singulière royauté. Ils se mettent à accuser de corruption, malversations et autres turpitudes leurs confrères et le système sans qui et sans quoi ils n’existeraient pas. Ça ressemble à une démarche intime et professionnelle suicidaire. C’est comme si des interconnexions neuronales avaient sauté, grillant les circuits de réflexion paisible et raisonnable et mettant en surchauffe la production d’hormones excitatrices au point que l’on bascule dans un monde d’inquiétantes persécutions imaginaires. Le monde devient peuplé de monstres menaçants portant les masques visages de confrères respectant pourtant les exigences de rigueur et de clarté garantes de la fragile excellence. Tonitruant comme des prêcheurs de Vérité incontestable, durant près d’un an ils ont sévi. Dans un élan de passion, leurs adeptes ont désigné leur héros, objet du classique doute scientifique par ses pairs, comme étant LE chevalier sans peur et sans reproche des romans chevaleresques d’Europe médiévale, voire un quasi-messie au destin inéluctable de crucifié. Mais que ses fanatiques se rassurent. Leur héros ne sera pas exécuté. Par contre, ceux sur qui il a craché et le socle qu’il a piétiné et tenté d’ébranler, lui demanderont sans doute de poursuivre ses gesticulations ailleurs, avec d’autres compagnons et compagnes. Quoi de plus compréhensible que d’estimer avoir de plus grandes urgences qu’à faire reluire le narcissisme de certains... Eussent-ils été glorieux ?
J’ai ainsi découvert parmi mes relations des experts sûrs d’eux-mêmes et assénant leurs affichées connaissances et science avec passion et agressivité contre qui osait penser autrement. Penser autrement était taxé d’impertinence et de soutien à des pourris vendus à Big Pharma, un très gros et très grand méchant loup de notre temps, aux dents acérées et à l’estomac insatiable.
Rien de tel que le réel attentivement observé pour nous remettre les idées en place et les quatre points cardinaux à leurs emplacements respectifs.
Les vaccins commencent à arriver, témoins des efforts fructueux d’équipes de chercheurs obstinés, talentueux, chanceux et de financiers osant prendre des risques. Or, en même temps que s’efface dans les brumes d’élucubrations fantomatiques les accusations de complots d’avides fabricants à la fois le virus et son vaccin, se dévoile les failles des superpuissances de l’industrie pharmaceutique.
Big Pharma est certes “big”, mais de toute évidence pas assez “big” pour être en mesure de fournir les doses de vaccins non seulement à ses clients qui ont payé d’avance, mais encore moins à la terre entière. Aussi, la colère s’alimente désormais du malheur d’être gouverné par des dirigeants infichus de prévoir l’imprévisible et d’en prémunir les populations. De toute évidence, insatisfaction permanente, plaintes et jérémiades caractérisent certaines cultures. Qu’elles soient friandes de psychotropes n’est pas étonnant.
Cette attitude semble récurrente à toutes les époques depuis l’aube de l’humanité ! Aussi, nul besoin de s’offusquer, même si l’agacement peut poindre et gâcher cette sérénité bienveillante qui s’acquiert parfois au bout d’années de patients efforts.

Ces kits de prêt-à-parler pour éviter de penser par soi-même

À moins de se réfugier en quelque thébaïde montagnarde ou micro-atollienne, force nous est de subir ou observer, avec détachement de préférence, les manifestations émotionnelles déguisées en doctes énoncés... essentiellement verbeux en réalité.
Les réseaux sociaux offrent une plateforme d’accueil inespérée pour des gens en mal de reconnaissance sociale, fût-ce sous une identité d’emprunt.
Ici, dans nos îles, avec Internet, les populations sont mues par les mêmes ressorts émotionnels que partout ailleurs dans le monde. Mais ici, une part plus importante est impartie à la religiosité recourant à des formules convenues. Vous savez, ces kits de prêt-à-parler pour éviter de penser par soi-même. C’est qu’ici, l’esprit critique est combattu avec constance et détermination depuis la conversion.
Les mythes polynésiens racontent la lutte victorieuse contre la divinité suprême Atea grande parole et la grande pieuvre Tumura’i-fenua. Toutes deux maintenaient le Ciel solidement collé à la Terre dans une nuit permanente... Sollicité, le dieu Tāne aidé du demi-dieu Māui, œuvra avec constance et ténacité pour séparer le Ciel de la Terre et faire entrer la lumière entre ces deux mondes. Or, dès que cela leur fut possible, favorisés par les épidémies meurtrières à une époque où les vaccins n’existaient pas encore, les missionnaires et Pomare II instaurèrent un gouvernement autoritaire. Ce fut un régime totalitaire coercitif, où la divinité nouvelle s’immisçait jusque dans les rêves des humains pour y maudire les souvenirs des bien-aimés parents défunts (cf. le Code Pomare).

Pour avoir accompagné des leaders politiques en campagne, j’ai remarqué comment les questions pratiques vitales étaient escamotées. En effet, l’équipe était toujours accompagnée d’un expert en versets bibliques. Quand celui-ci sentait son champion mis en difficulté par une question toute simple touchant à une réalité tangible, ce spécialiste ès bible, se levait et transformait la réunion politique en assemblée religieuse, où le leader était comparé à un quasi-Sauveur, etc. À ce moment-là, tout échange de pensée critique devenait impossible. C’est comme si la divine Atea et sa pieuvre étaient revenues enfermer les humains dans une nuit profonde.
Ainsi vont les groupes humains s’organisant par affinités de pensées et de réactions émotionnelles. Il n’est pas anodin que la plus importante religion locale soit antivaccin et pro-hydroxychloroquine. Une connivence se révèle entre ces deux tendances.
Pour ma part, je ne boude pas la chance qui m’est offerte d’un vaccin produit de l’intelligence humaine et de ses inventions technologiques. J’apprécie avec reconnaissance les décisions des autorités d’Europe, de l’Hexagone et locales. Elles se sont organisées pour nous offrir cette denrée rare et précieuse. C’est dire notre importance à leurs yeux. Ainsi, dans quelques semaines, mes enfants et petits-enfants se sentiront autorisés à accepter mes câlins et à m’en donner. Ces actes tout simples sont pourvoyeurs de joies et sont essentiels à une bonne santé mentale.

Vendredi 29 Janvier 2021 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT