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Décès de Werner Bringold et Jean-Claude Soulier : Tahiti Pacifique en deuil


Lundi 14 Décembre 2020 - écrit par Dominique SCHMITT


C'est avec beaucoup d'émotion que nous avons appris le décès de deux monuments de la presse : Werner Bringold et Jean-Claude Soulier, tous deux fidèles collaborateurs de Tahiti Pacifique. Hommage...



Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Les deux hommes sont partis quasiment en même temps, le week-end dernier, rejoindre les étoiles. Avec leurs départs, une page de l'histoire de la presse écrite se tourne, notamment pour Tahiti Pacifique, qui perd deux contributeurs de qualité… En effet, Werner Bringold était l'un des plus fidèles collaborateurs du magazine, puisqu'il a travaillé en tant que photographe et pigiste aux côtés d'Alex du Prel, fondateur de TPM (en mai 1991), depuis ses premiers pas, et ce pendant plusieurs décennies. Quant à Jean-Claude Soulier, photojournaliste, il écrivait régulièrement dans nos colonnes depuis environ cinq ans. Toute la rédaction adresse ses condoléances à leurs familles et souhaite rendre hommage à ces deux pionniers d'exception, âgés de 78 ans et 84 ans, qui ont su traverser vents et marées au fil des années, respect !
 
Werner, le baroudeur bon vivant
Werner Bringold était probablement le Suisse le plus connu de Tahiti ! Impossible de le rater : il était l'un des rares journalistes à arpenter à pied les rues de Papeete, appareil photo à la main. Ce marin et plongeur, passionné par l'Océanie et marié à une Wallisienne, a été notamment recruté comme second capitaine du navire-hôpital L'Île de Lumière lors de l'expédition humanitaire de Médecins sans frontières menée avec Bernard Kouchner en 1979 et récompensée par un prix Nobel de la paix à titre collectif. L'année suivante, il s'est installé en Polynésie où il était en charge du laboratoire photo sur l'atoll de Moruroa, avant de devenir pigiste pour Les Nouvelles de Tahiti jusqu'en 2014. Il a été également un très proche contributeur de Tahiti Pacifique, depuis le début de l'aventure et pendant plus de vingt ans. Avec ses airs de "vieil homme et la mer", celui qui prônait le "travail d'équipe" était apprécié de tous pour son naturel et sa bonhomie.
 

 

​Jean-Claude, l'ami des stars

Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique

Arrivé en 1959 au fenua en tant qu'électricien pour la compagnie des Transports aériens intercontinentaux (TAI), Jean-Claude Soulier était une figure incontournable du photojournalisme. Après des débuts aux Nouvelles de Tahiti, il a œuvré pour le Journal de Tahiti, avant de rejoindre Philippe Mazellier en 1964, qui venait de créer La Dépêche de Tahiti. Ainsi, il a côtoyé les plus grandes vedettes des années 1960 à 1980 : de Joe Dassin à Marlon Brando, en passant par Brigitte Bardot. Ses rencontres avec les personnalités les plus en vue lui ont permis de constituer une banque d'images exceptionnelles de la "Belle époque". Depuis environ cinq années, il avait mis son fonds iconographique et sa plume au service de Tahiti Pacifique, au travers de sujets qui rendaient hommage aux figures polynésiennes, à l'instar des portraits de Michèle de Chazeaux (lire TPM n° 425) ou de Coco Hotahota (lire TPM n° 435), et s'inscrivaient dans un devoir de mémoire, comme son dossier consacré à la genèse de l'aéroport de Tahiti (lire TPM n° 441). Par ailleurs, c'est avec une grande nostalgie que nous publions dans cette édition le dernier article que Jean-Claude a écrit (nous en avons encore quelques-uns sous le coude) : un portrait attachant de Rémy, le plus ancien cuisinier encore en service permanent (lire pages 42 à 47). Bon voyage, l'ami !


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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT