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Déconfinement total le 21 mai en Polynésie : levée de toutes les mesures de restrictions, sauf celle concernant la vente d'alcool...


Mercredi 20 Mai 2020 - écrit par Dominique Schmitt


Dans une allocution commune en fin de matinée, le haut-commissaire et le président du Pays ont annoncé le déconfinement total de la Polynésie française dès demain, jeudi 21 mai 2020. "Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour procéder à un retour à la normale", ont expliqué les autorités, qui souhaitent mettre en place le second tour des municipales "avant la fin du mois de juin". Cependant, les conditions de vente d’alcool dans les magasins restent inchangées (ventes autorisées du lundi au jeudi, de 8 heures à 18 heures).



Allocution du président de la Polynésie française, mercredi 20 mai 2020

"Mesdames et messieurs,

Comme nous l’avions annoncé en perspective, il y a deux semaines, nous avons aujourd’hui l’heureux honneur de vous dire que la Polynésie toute entière sera dé-confinée à compter du 21 mai 2020, c’est-à-dire demain.
En effet, depuis plus de 14 jours, le virus ne se propage plus. Tous les cas détectés sont devenus négatifs.
Nous avons donc les conditions sanitaires suffisantes pour lever totalement les dernières restrictions.

A partir du 21 mai,
- les offices religieux pourront se tenir sans restriction de nombre et de fréquence,
- les rassemblements comme les meetings politiques pourront se tenir sans restriction de nombre.
- La pratique de tous les sports sera entièrement libérée. Les compétitions sportives pourront reprendre. Les championnats iront à leur terme.
- Toutes les écoles primaires reprendront leurs cours à compter du lundi 25 mai. Les conditions en vigueur aujourd’hui s’appliqueront encore durant une semaine, avant une reprise normale.
- Les collèges des îles éloignées reprendront leurs cours à compter du 4 juin prochain.
- Les voiliers qui ont été accueilli en surnombre dans nos zones de mouillage doivent libérer leur emplacement et continuer leur voyage.
- Les restaurants, bars et discothèques reprendront leurs activités dans les conditions normales.
- Les conditions de vente d’alcool dans les magasins restent inchangées, c’est-à-dire des ventes autorisées du lundi au jeudi, de 8H à 18H.
- Les spectacles, les concerts et les fêtes foraines seront autorisés.
Mes chers compatriotes, après deux mois de confinement, décidé vous vous en souvenez le 23 mars dernier, nous reprendrons à partir de demain une nouvelle vie normale.
Nos efforts communs ont, aujourd’hui, produit de bons résultats sur le plan sanitaire. Nous pouvons tous nous applaudir, applaudir nos efforts et nos sacrifices. Ça a payé et c’est réconfortant pour toute la population.
A cet égard, permettez-moi de vous remercier, vous mes chers compatriotes.
Je veux remercier l’ensemble des polynésiens qui ont fait des efforts pour respecter le confinement d’une manière satisfaisante et disciplinée, en restant enfermés chez eux.
Je veux aussi remercier tous ceux et celles qui, durant cette période difficile et angoissante, ont continué à travailler pour remplir leur devoir.



Je voudrais également remercier le Haut-Commissaire, monsieur Dominique Sorain, avec qui j’ai pu travailler en bonne intelligence, chaque jour, durant ces 2 mois. Dans les domaines de compétences qui sont les siennes, il a su faire preuve d’écoute à notre égard et a pris en compte les contraintes et les souhaits du Pays. Contrairement à la perception de certains de mes détracteurs politiques, dialoguer avec le Haut-Commissaire n’est pas se soumettre à celui-ci.
Merci, monsieur le Haut-Commissaire pour votre sens de l’écoute et du dialogue. Au travers de lui, je remercie également toutes les forces de l’ordre qui ont assuré notre sécurité et notre tranquillité durant ces dernières semaines.
Cette crise est une expérience qui m’a enrichi car elle m’a permis d’observer et de vivre, en situation réelle, les capacités des polynésiens à faire corps et à être solidaires, lorsqu’une menace aussi importante touche notre pays et notre communauté humaine.
Bien sûr, et c’est la vie, il y a toujours des râleurs, il y a toujours des critiques et il y a toujours des détracteurs. Mais, je ne me suis pas attardé sur ces échos particuliers car je me suis concentré sur l’intérêt général et donc sur la santé du plus grand nombre de notre population.
Aussi, même en dé-confinement général, je recommande de maintenir les gestes barrières, la distanciation physique et les mesures d’hygiène de protection sanitaire, jusqu’à la découverte d’un vaccin. En outre, je recommande le port du masque dans les lieux publics.

***

Le dé-confinement général de la Polynésie nous permet désormais d’ouvrir à nouveau les liaisons aériennes domestiques.
Les vols d’Air Tahiti peuvent reprendre dès demain. Tous les résidents de Polynésie pourront à nouveau circuler librement sur l’ensemble de notre territoire.
Toute la Polynésie, toutes les entreprises et toutes les administrations, du Pays, de l’Etat et des communes, pourront se remettre au travail. En d’autres termes, il y aura une reprise générale des activités dans l’ensemble de notre de notre Pays, à partir de demain.
Et parmi ces activités, il y a le tourisme local. Avec les grandes vacances qui arrivent, permettez-moi de faire appel à votre patriotisme. Permettez-moi de faire appel à votre amour du Pays. Permettez-moi de faire appel à votre solidarité envers nos petites entreprises touristiques de toutes nos îles, Tahiti y compris.
Je vous ai déjà dit que, demain rien ne sera plus comme avant. Nos esprits et nos mentalités doivent évoluer.
Et parmi ces changements, il y a l’effort de consommer local. Oui, consommer vos vacances dans nos îles, consommer nos fruits, nos légumes, nos poissons, nos textiles et tous nos ma’a et productions du fenua. Ce sera un immense geste d’encouragement, de soutien et de reconnaissance envers tous ceux et celles qui se battent chaque jour pour que notre Polynésie soit le plus beau coin de paradis sur terre.
Lorsque notre Pays est menacé par une crise sanitaire et économique que nous n’avons pas souhaitée, je veux faire appel à votre sens du devoir et de responsabilité. Je veux vous faire confiance pour, ensemble, réussir à nous libérer des contraintes qui s’abattent sur nous. Ce pays est le nôtre. Je le partage avec vous. Cette terre est notre bien commun et nous devons tous la laisser en héritage durable à nos enfants.

***

Mes chers compatriotes, aujourd’hui, la préoccupation concerne la reprise des activités et la relance de notre économie.
Le gouvernement travaille très activement sur le sujet, en concertation avec les organisations professionnelles et avec l’Etat.
Notre vif souhait est de relancer très rapidement toute notre économie.
J’ai souhaité un dé-confinement rapide pour que chacun puisse reprendre rapidement son travail.
Et dans notre économie, je suis parfaitement conscient que le tourisme est en situation difficile car totalement lié aux transports internationaux.
Nos hôtels sont fermés et plus de 5 000 emplois sont directement menacés. Tout Bora Bora, fleuron de notre tourisme, est en souffrance.
J’ai décidé de faire redémarrer les vols commerciaux internationaux de Air Tahiti Nui, à compter du 1er Juillet 2020. Je réunis le gouvernement dès demain pour examiner les conditions de cette reprise. Vous avez compris que le développement de notre pays est fortement dépendant des marchés extérieurs, y compris pour nos perles, nos poissons ou nos vanilles. Parmi ces marchés, il y a les Etats Unis, le Japon, l’Europe et la Nouvelle Zélande. Ce sont des pays pourvoyeurs de touristes. Sans eux, nous ne pourrons pas sauver les emplois liés au secteur du tourisme.
Globalement avec la perliculture et le tourisme, plus de 19 000 actifs sont fragilisés par cette crise sans précédent.
Notre gouvernement, nos hôteliers et nos compagnies aériennes travaillent en étroite collaborations pour définir un calendrier précis et un protocole sanitaire rigoureux pour accueillir en toute quiétude nos visiteurs.
En tout cas, un test avec résultat négatif sera exigé à tout passager extérieur, avant son embarquement. Notre protocole sanitaire prendra également en compte les conditions et les protocoles des pays dont seront originaires les prochains visiteurs.
J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet des liaisons internationales d’ici 15 jours avec des précisions et des détails.
Mes chers compatriotes, notre ouverture sur l’extérieur sera organisée de façon à préserver également la santé des Polynésiens. Je veillerai à un juste équilibre entre vie économique et santé des Polynésiens.
Bien entendu le ministère de la santé continue sa mission de veille sanitaire.
Ayez confiance et soyez assurés que je continuerai à vous protéger, vous et vos familles.
Ce que je souhaite que vous reteniez ce matin, c’est que le dé-confinement total de la Polynésie entrera en vigueur à partir de demain.
Je passe la parole à monsieur le Haut-Commissaire."

Communiqué de la Présidence

Allocution du haut-commissaire de la République en Polynésie française


20 mai 2020
Présidence de la Polynésie française

Seul le prononcé fait foi


"Mesdames et Messieurs, chers Polynésiens, bonjour

Comme vient de l’indiquer M. le Président du Pays, il se confirme que la situation épidémique est stabilisée et que le risque de circulation du virus en Polynésie française est désormais très faible.
Plus de 3 600 tests de dépistage ont été réalisés, 60 cas ont été détectés et toutes les personnes sont désormais guéries.

Je voudrais d’ailleurs avoir une pensée particulière pour le dernier patient hospitalisé qui vient de rentrer à son domicile auprès des siens après plusieurs semaines éprouvantes pour lui et sa famille.

Je voudrais également tout de suite évoquer l’opération d’assistance aux marins équatoriens qui s’est déroulée ce matin à Nuku Hiva dans des conditions sanitaires très strictes.
Il s’agit de porter assistance à un marin en détresse respiratoire et de contrôler l’état sanitaire d’un navire de pêche équatorien. Un avion de l’armée ainsi qu’une équipe médicale du SAMU ont été mobilisés pour acheminer en toute sécurité le marin malade à l’hôpital du Taaone où il sera pris en charge dans un secteur dédié avec toutes les précautions sanitaires, et également sans contact donc avec la population de Nuku Hiva.
Le reste de l’équipage a été testé sur place. Les résultats seront connus prochainement et le navire fait route sur Tahiti pour une escale technique. Bien sûr, l’équipage ne descendra pas à terre.

Chaque jour qui passe maintenant, confirme donc, au travers de tests, tous négatifs, que les mesures prises ont permis d’éviter la circulation du virus au fenua.
Votre engagement à tous au service de la collectivité, a contribué à ce résultat. Rien n’aurait été possible sans votre participation et sans votre engagement. C’est cette situation maîtrisée qui nous permet de retrouver une vie presque normale.
Je dis bien presque normale parce que le virus circule encore activement dans de nombreux pays. Même si nous sommes une terre saine et préservée, il n’est pas de même dans notre environnement. Et nous devons apprendre à vivre avec lui au moins jusqu’à la découverte d’un vaccin ou d’un traitement efficace.

Aussi, je souhaite rappeler une nouvelle fois que les gestes barrières, la distanciation physique et le port du masque lorsque cette distanciation n’est pas possible, sont encore aujourd’hui nos meilleurs remèdes contre la maladie.

Au vu de notre situation sanitaire, nous avons, depuis le 29 avril, procédé à un allègement progressif des mesures de confinement en distinguant à chaque fois la situation dans les îles d’une part et d’autre part sur Tahiti et Moorea.
Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour procéder à un retour à la normale, et avec le Président du Pays j’ai donc décidé de lever l’ensemble des mesures de restrictions sur tout le territoire de la Polynésie française à compter du 21 mai 2020.
Dans le même esprit, et après avoir consulté l’ensemble des Tavana, nous avons décidé de rétablir les liaisons aériennes et maritimes entre Tahiti et les archipels. Même si ce retour se fera progressivement en fonction des capacités aériennes et de capacités d’accueil.
La compagnie Air Tahiti a d’ores et déjà proposé un certain nombre de rotations qui permettront aux polynésiens de se déplacer vers les îles et entre les îles.
Vous l’aurez compris, la situation épidémique actuelle permet, en toute confiance, de rétablir totalement la liberté de circulation à l’intérieur de notre territoire et aucune mesure contraignante n’est plus justifiée au moment où je vous parle. Je sais pouvoir compter sur les Tavana pour accompagner le redémarrage économique et administratif dans les communes. C’est une question d’équilibre entre la sécurité sanitaire et l’activité sociale et économique.

Cette victoire collective contre le virus nous permet de reprendre cette vie dans toutes ses dimensions sur l’ensemble de notre territoire.
Cela va nous permettre d’installer les conseils municipaux élus au premier tour des élections municipales. C’est un moment fort de notre vie démocratique, il est nécessaire qu’il y ait des équipes municipales qui soient constituées.
Par ailleurs, je vous le dis très clairement, la situation sanitaire de notre territoire, sans circulation du virus, permet d’organiser le second tour. Cela a été confirmé par un avis du conseil scientifique au niveau national. C’est une nécessité de la vie démocratique et de la continuité de la vie de la Nation.
C’est aussi une nécessité pour le bon fonctionnement des communes dont l’action est si importante dans le quotidien des Polynésiens. Ce second tour aura donc lieu avant la fin du mois de juin, comme en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’avoir des équipes fortes et mobilisées pour la préservation de notre territoire.

Pour autant, la situation mondiale évolue très lentement et il nous faut impérativement rester vigilants car les experts nous disent qu’il va falloir apprendre à vivre avec ce virus pour un certain temps encore. Il va nous falloir rester vigilants notamment vis-à-vis du risque de ré-importation du virus.

Aussi, nous allons continuer à protéger notre territoire avec la mise en application d’un protocole sanitaire d’entrée en Polynésie française.

Tout nouvel arrivant devra :
- réaliser un test 72 heures avant le départ ;
- effectuer une quatorzaine à l’arrivée sur le territoire ;
- puis se faire de nouveau dépister à l’issue de cette période d’isolement.
Cette quatorzaine sera réalisée :
- en centre d’hébergement dédié dans une structure mise à disposition par le Pays ;
- ou à domicile dans des conditions très strictes, si les conditions d’isolement définies par le ministère de la santé sont remplies (chambre privative, salle de bain individuelle, etc.).

Dans les deux cas, les personnes en quatorzaine feront l’objet d’un suivi sanitaire quotidien organisé par les services de l’Etat (avec une plateforme téléphonique) et du Pays (bureau de veille sanitaire), avec des possibilité de contrôle par les services de Police et de Gendarmerie. Un arrêté individuel pris par le haussariat confirmera pour chaque personne les conditions de sa quatorzaine dont le non-respect sera sanctionné pénalement.

La mise en œuvre de ce protocole sanitaire d’entrée sur le territoire nous permet d’assurer la poursuite des vols de continuité territoriale en protégeant la population du fenua.
Outre le fret médical et des équipements prioritaires, ce dispositif, financé par l’Etat, permet notamment de ramener nos résidents bloqués en métropole depuis le confinement général.
Vous le savez, ce retour est progressif car limité par les capacités des avions ; mais nous tenons nos engagements. D’ici la fin du mois de juin, ce seront plus de 600 résidents polynésiens qui en auront bénéficié.
Par ailleurs, l’A400M de l’armée, arrivé en renfort pour un mois, a également permis de rapatrier une cinquantaine de résidents bloqués en Nouvelle-Zélande et en Australie.
Bien sûr, les autres résidents bloqués à l’étranger ne seront pas oubliés, nous verrons, dès lors que des vecteurs aériens sont disponibles, comment faciliter leur retour.

Ce sas sanitaire garantit la non réimportation massive du virus et doit permettre le redémarrage de notre économie et le fonctionnement de la vie de la Cité.
Le Président de la Polynésie française vient d’évoquer les réflexions qui ont été entamées pour définir un calendrier précis et un protocole sanitaire rigoureux afin d’accueillir en toute quiétude nos visiteurs. Il s’agit bien sûr de pouvoir redémarrer une activité touristique essentielle à notre territoire.
Cela concerne aussi l’arrivée des fonctionnaires d’Etat. Ceux-ci sont indispensables pour assurer le bon fonctionnement de nos services publics. Nous allons mettre au point, avec les autorités sanitaires, les moyens d’organiser la relève des fonctionnaires, de manière progressive et en toute sécurité. En effet, la relève de nos militaires et gendarmes qui garantissent la protection de nos populations au quotidien, ainsi que la relève de nos enseignants qui assurent l’éducation de nos enfants sont primordiales. Je tiens à dire que toutes les garanties seront prises pour que ce mouvement s’effectue dans des conditions sanitaires très strictes, sans risque d’introduction du virus.

Vous l’aurez compris, nous avons souhaité avec le Président de la Polynésie française, mettre rapidement en œuvre des mesures efficaces pour vous protéger et cela demeurera notre principale préoccupation.
Vous avez compris l’importance de lutter, collectivement et en solidarité, contre cette épidémie qui met au défi le monde entier.
La solidarité polynésienne, cela veut dire quelque chose, cela a un sens. J’ai constaté au cours de cette crise, le sens de la famille, la façon de veiller sur son prochain.
Je dois dire que j’adhère à ses valeurs et j’aime ses valeurs, et il faut tout faire pour les préserver, encore plus dans cette situation inédite qui nous oblige à la fois à nous protéger de l’extérieur et à la fois à vivre ensemble, unis, dans un environnement qui peut susciter et qui a pu susciter la peur, où nos repères ont changé, mais où les valeurs polynésiennes d’accueil et d’hospitalité, sont absolument indispensables pour assurer le ciment de notre société.

Aussi, il nous faut au moins, à court terme, commencer à dessiner notre nouvel environnement en continuant à se protéger.
Dans ce contexte, le redémarrage économique est essentiel. Aussi le soutien de l’Etat est là pour aider les entreprises et le secteur économique.

Dans le cadre de la solidarité nationale, le soutien de l’Etat à l’économie polynésienne et à l’emploi s’exerce pleinement.
Vous le savez, à titre dérogatoire, le prêt garanti par l’Etat aux entreprises en difficulté et le fonds de solidarité aux entreprises sont pleinement déployés en Polynésie française.
Ainsi, 320 prêts garantis par l’Etat ont été accordés par les banques polynésiennes, ce qui correspond à peu près à 18 milliards de francs pacifiques.
D’ores et déjà, plus de 9 700 demandes ont été déposées au titre du fonds de solidarité pour un montant de près de 1,5 milliard de francs pacifiques.
De nouvelles mesures concernant le plan national de relance du tourisme devraient être prochainement précisées. Il en va ainsi de la prolongation du fonds de solidarité jusqu’à la fin de l’année 2020 pour les entreprises des secteurs de l’hôtellerie, cafés, restaurants, tourisme, événementiel, sport, culture, avec des conditions d’éligibilité qui seront définies prochainement.

Mesdames et Messieurs,
Voilà une nouvelle étape de franchie, nous définirons dans les prochaines semaines avec les autorités du Pays des perspectives pour les mois à venir en tenant compte de la situation épidémique au niveau mondial. Il s’agira de définir les conditions de nos relations avec notre environnement extérieur.
Pour conclure, je tenais à souligner la bonne coordination entre l’Etat et le Pays pendant cette crise. Et tout cela n’aurait pas été possible non plus sans l’appui résolu des Tavana et de leurs équipes, qui sont des acteurs de terrain au plus près des citoyens.
Et face aux difficultés qui ont été nombreuses, c’est une vraie force qui nous a permis de dépasser bien souvent la répartition classique des compétences pour définir ensemble une stratégie de lutte cohérente et efficace au bénéfice des polynésiennes et des polynésiens.

Dans le cadre de ces mesures sanitaires, il nous reste donc maintenant à déterminer quelles seront les perspectives concernant les conditions d’accès à notre territoire, ce sujet étant un point essentiel dans les semaines à venir en matière de reprise économique. Et nous aurons l’occasion de revenir vers vous pour aborder ce sujet."

Communiqué du Haut-commissariat





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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt