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Économie : la guerre de l’ananas


Vendredi 18 Mai 2018 - écrit par Rurua Toatane


Pénurie de vocation, production insuffisante, prix, la filière ananas vit une crise qui a fragilisé en 2017 l’activité de l’usine de transformation de Moorea, obligée d’importer du concentré pour honorer la demande. Entre l’industriel et les agriculteurs, le courant ne passe plus sur fond de prix d’achat, au point de faire appel au ministère de l’Agriculture pour trouver des solutions.



Crédit photo : DR
Crédit photo : DR
Alors qu’on célébrait l’ananas au début du mois de décembre 2017 avec la première édition du Moorea Painapo Festival (une manifestation organisée par la CCISM en partenariat avec la municipalité de Moorea), l’heure n’était pas vraiment à la fête pour les dirigeants de l’usine de jus de fruits de Moorea.
Et pour cause, la société a connu l’année dernière son pire approvisionnement en ananas depuis sa reprise en main par le groupe Martin et sa filiale Brasserie de Tahiti en 2001. Alors que l’usine s’attendait à ce que les agriculteurs de la Coopérative des producteurs agricoles de Moorea-Maiao (Copam) lui livrent sa quantité annuelle de 1 400 tonnes d’ananas, celle-ci n’en a reçu que 900.
Un déficit anormal d’environ 30% auquel pourtant s’attendait la direction de l’usine victime d’une baisse de livraison, qui n’a pas manqué d’affecter la production de jus et des produits dérivés, tels que confiture et vin, depuis quelques années déjà. La pénurie a donc atteint un sommet, qui doit plus à une "fuite" d’une grande partie des ananas de Moorea vers le marché frais de Tahiti qu’à une baisse drastique de la production. Les agriculteurs de la Copam, à la recherche de meilleur rendement, ont préféré livrer leurs fruits en ville, quitte à ne pas respecter les obligations contractuelles liant la coopérative et l’usine de Moorea...

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"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT