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L’Oiseau de paradis, premier long-métrage de fiction polynésien


Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Vaea Deplat


Il avait fait salle comble lors de sa diffusion en avant-première au Festival international du film documentaire océanien (Fifo) le 8 février dernier. Parmi tous les films présentés, il faisait figure d’exception. Ce film, L’Oiseau de paradis, long-métrage de fiction polynésien, est ainsi l'un des rares à pousser la porte des salles de cinéma nationales. Ou plutôt la porte de nombreux foyers puisque, Covid-19 oblige, la sortie en salle prévue en avril, puis en mai, a été annulée et remplacée par une sortie en VOD (vidéos à la demande, ndlr) le 24 mai prochain. Une opportunité pour les Polynésiens, mais également pour un public plus vaste, de découvrir cette plongée fantasmagorique dans un Tahiti contemporain aux prises avec la réalité. Un espoir pour le cinéma polynésien et ultramarin ?



Crédit photo : DR
Crédit photo : DR
Pour quelles raisons L’Oiseau de paradis est un espoir pour le cinéma made in fenua ? Déjà parce que Paul Manate, réalisateur originaire des Australes, et Nicolas Brevière, producteur du film, ont réussi le pari d’emmener dans cette aventure une équipe majoritairement polynésienne (comédiens, staff technique, production) pour un tournage qui rend
la part belle à bon nombre de lieux mythiques de Tahiti. Sur l’ensemble des cinquante personnes constituant le casting et les techniciens, dix à peine étaient métropolitains. Également parce que le film a bénéficié d’un accueil chaleureux lors de sa projection en avant-première au fenua, mais aussi et surtout parce qu’il s’apprête à se faire connaître largement auprès d’un large public à travers sa sortie en ligne simultanée sur pas moins de neuf plateformes de vidéos à la demande : iTunes, Google Play, Microsoft, Universciné, La Toile, Orange VOD, Canal VOD, Rakuten TV, Videofutur proposeront le premier long-métrage de fiction polynésien à l’ensemble de leurs abonnés.

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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

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La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT