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L’astronomie des anciens Polynésiens


Samedi 26 Novembre 2016 - écrit par Louis Cruchet, anthropologue




crédit photo : DR
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L’astrologie, sœur de l’astronomie, est née à Sumer grâce à la révolution du néolithique. Des changements économiques et politiques, apparus avec l'accroissement des rendements agricoles, allaient en faveur de l'essor de l'astronomie. Cette "révolution" n'eut pas lieu dans l'hémisphère Sud,
à l'exception du Pérou et du Chili. Dans leur "Empire", les Incas atteignirent un niveau de complexité, en matière de connaissance astronomique, suffisant pour planifier leur agriculture par l'observation des Pléiades. Sans écriture, ni mathématiques, qui se sont développées dans le creuset des civilisations post-néolithiques, quel niveau de complexité, en matière de connaissance astronomique, les Polynésiens ont-ils pu connaître ? Depuis l'Asie du Sud-Est, les Océaniens qui peuplèrent les îles vierges de la Polynésie pratiquaient une navigation hauturière guidée uniquement par les étoiles et il est fort probable qu'ils aient ramené la patate douce d'Amérique, ce qui fait supposer qu'ils aient poussé leur migration jusqu'en Amérique du Sud. (Bruggencate, 2007)

Niveau de complexité astronomique des Polynésiens

Parmi les différentes civilisations ayant développé des systèmes de complexité de connaissance astronomique que nous avons étudiées (Cruchet, 2014), la civilisation polynésienne a développé un niveau de "complexité moyenne", en comparaison avec les civilisations qui ont connu la grande révolution du néolithique.
Dans les niveaux de complexité "moyenne" des différentes cultures astronomiques, nous avons cependant pu observer une récurrence singulière, tout à l'honneur de celles-ci, à travers la notion d'un "axe cosmique" que nous retrouverons dans bien des cultures distinctes (Cruchet, 2014). En Polynésie, existaient, d'un part, une connaissance des étoiles et des constellations, des noms des luminaires et des planètes et, d'autre part, une conception cosmologique faisant une grande place aux Pléiades, parce qu'elles sont à la jonction de l'écliptique et de la Voie lactée. Cette conception avait pour corollaire la représentation d'un "axe cosmique", composé de Sirius (Ta'urua), Aldébaran ('Ana mûri) et les Pléiades (Matari'i), bien connu dans les îles de la Société, au-dessus desquelles passe au zénith Sirius (Ta'urua nui) d'où, selon la tradition tahitienne, les rois des chefs des foules terrestres d'un côté et des chefs des cieux de l'autre furent créés. (Henry, p.372)

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Le rôle des Pléiades dans le cycle annuel

À Tahiti, le calendrier festif, rituel et agraire était déterminé par l'apparition (matari'i i nia) ou la disparition (matari’i i raro) des Pléiades (Matari'i). Le lever vespéral des Pléiades (au coucher du soleil), vers le 20 novembre, était lié à la fois : au début de la saison d'abondance, au retour des ancêtres et au début des grands rites et des fêtes annuelles ; leur disparition vers le 20 mai, au départ des morts, à la fin des festivités et au début de la période de disette (Babadzan, 1993).
À Tahiti, comme à Hawai'i, avaient lieu fin novembre les festivités liées aux prémices des fruits de la terre (uru pour Tahiti, taro pour Hawai'i) lors des makahiki à Hawai'i et du parara'a matahiti à Tahiti qui suivaient l'arrivée des Pléiades. À Hawai'i, les mois makali'i, kä 'elo et kaulua désignaient respectivement les Pléiades, Bételgeuse et Sirius et marquaient la période du festival Makahiki (terme qui désigne à la fois les Pléiades, le mois et les festivités) pendant lesquelles des rencontres athlétiques avaient lieu (Malo, 1951).
À Hawai'i comme à Tahiti, les levers vespéraux des Pléiades étaient observés pour déterminer le retour de l'abondance et régler le pouvoir des chefs, alors qu'à l'Île de Pâques et en Nouvelle-Zélande, où les populations ont été confrontées à de profonds bouleversements écologiques, l'observation des Pléiades avait lieu juste avant l'aube. C'étaient les levers héliaques des Pléiades, c'est-à-dire leurs levers précédant celui du soleil, qui marquaient les périodes des restrictions et des tabous des chefs. Aux Tuamotu, l’apparition héliaque (avant le lever du soleil) des Pléiades était un marqueur du cycle des rites annuels : leur apparition à la fin du mois de mai, à Napuka, indiquait la saison de l'abondance (Tau tapiko, litt. : la saison du poisson) et l'arrivée des tortues. À cette occasion avait lieu une cérémonie nommée te huki o Matariki (la piqûre des Pléiades), selon Éric Conte (Conte, 1988).

Le ciel polynésien, miroir de l'océan

Le ciel astronomique est, par définition, un ciel constellé d'étoiles reliées par des lignes imaginaires qui forment des représentations d'un type figuratif au pouvoir évocateur de légendes, de mythes et d'histoires propres aux cultures qui en sont les "inventeurs". Alors, existe-t-il des constellations polynésiennes ? Teuira Henry témoigne de l'existence de constellations dans les Îles de la Société, en indiquant que le terme huifetü ou huifetia signifie "constellation" (Henry, 1993, p.369).
Il semble bien que l'océan ait été pris comme langage pour donner au ciel un rôle de miroir réfléchissant (Cruchet, 2005), car la plupart des constellations polynésiennes sont identifiées aux outils de pêche et de navigation (filet, hameçon, pirogue), aux poissons (le motif le plus fréquent est le requin) ou aux oiseaux. Presque tous les Polynésiens reconnaissent une Grande Pirogue dans le ciel quelque part près des Pléiades. Hameçon magique pourvoyeur d'îles, tel Te Matau o Maui, ou à Tahiti Te Matau o Tafa’i , Oiseau signe avant coureur d'une terre émergée, Cerf-volant qui jadis servait aussi à la pêche, Requin emblème génésique par excellence... sont autant de "constellations" qui font la jonction du ciel et de la mer, fonction essentielle de l'imaginaire astronomique des anciens Polynésiens. Les constellations des Polynésiens recouvrent le champ de l'évocation où, par exemple, à travers le motif de l'hameçon, l'objet en question est un outil ancestral, transmis de génération en génération, qui symbolise la geste de Maui, parti vers l'ouest à la recherche de la magie séculaire capable de donner aux futures générations de nouvelles terres émergées. Astres et constellations, dans la tradition polynésienne, sont aussi personnifiés par des acteurs de récits pseudo-historiques, ou bien par des héros, tels Maui ou Tainui.
Les constellations polynésiennes font donc l'objet de multiples versions mythologiques. En tant qu'enjeu du pouvoir et des rivalités généalogiques, le ciel participait de la mise en place de "symboles" évocateurs, c'est-à-dire de relations culturelles inconscientes ou, en d'autres termes, de structures relevant donc d'un imaginaire spécifique.

Louis Cruchet, anthropologue


Email : ciel.polynesie@mail.pf
Site : ciel.polynesien.free.fr

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Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT