Menu

L’encrier de Tahiti : Méridien zéro de Mourareau


Jeudi 9 Avril 2020 - écrit par Daniel Margueron


La publication récente du roman Méridien Zéro aux éditions Au Vent des îles, du jeune écrivain Mourareau constitue un événement littéraire majeur en Polynésie. Ce roman atypique marquerait-il une évolution possible de la littérature polynésienne ?



L’histoire d’abord : il s’agit d’un couple de métropolitains, Bleu et Rose (elle, toujours accompagnée de son chien Trézor), au bord de la crise de nerf ou de la rupture si l’on préfère. Un couple, comme il y en a tant, qui se demande ce qu’il a encore à faire dans la vie et partager ensemble, dans une société où la sexualité est omniprésente. Et souvent dans ces situations de petites vies sans relief et massifiées (voir les Vies minuscules de Pierre Michon), soit on fabrique un enfant (ce couple y pense, mais évacue l’éventualité), soit on s’exile le plus loin possible, croyant résoudre le problème par une fuite en avant géographique. Et c’est la Polynésie qui va accueillir ce couple en crise. Bleu et Rose découvrent en touristes ordinaires Papeete, Tahiti, puis, sur les conseils d’une connaissance faite sur place, ils émigrent vers une île des Tuamotu, où la narration rebondit et donne un contenu original au roman. Je ne dévoilerai pas la suite de l’histoire, ce qui se passe sur cet atoll, le lecteur aura tout loisir de la découvrir et d’apprécier par lui-même…
L’écriture ensuite : dès les premières lignes du récit et tout au long du livre, Mourareau utilise une langue "déjantée" moderne, balayant certaines conventions littéraires, usant des métaphores audacieuses, de jeux de mots, d’exagérations lexicales (hyperboles), de néologismes, d’un langage imagé et familier, d’associations osées de mots, etc. Ses phrases sont souvent très courtes, ou sous la forme nominale seulement, des énoncés syncopés, performatifs comme on dit, qui confèrent au récit un rythme rapide, haletant, très probablement celui qui veut représenter le "monde de la vie" d’aujourd’hui (selon les mots de Kundera). Un récit plein d’humour, pas toujours tendre, souvent distancé de son objet. À cette langue que l’auteur plie allègrement, s’ajoutent, instillées au cours du récit, de nombreuses références puisées dans la réalité contemporaine, française et polynésienne, qui confèrent des effets de réel, parfois détournés, et une bonne connaissance de l’actualité littéraire (en particulier une phrase qui reprend le titre d’un roman de Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île).

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 430 en cliquant ICI


Dans la même rubrique
< >

Vendredi 23 Octobre 2020 - 08:51 L’éco-évasion : États-Unis : Brooklyn, NY


Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT