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La mauvaise étoile du polar antinucléaire La Vierge et le Taureau


Jeudi 6 Février 2020 - écrit par Daniel Margueron




L’artiste Ā’amu signe cette superbe illustration, qui évoque ces pirogues errantes que relate Jean Meckert dans son livre, i["avec à bord des cadavres plus ou moins momifiés, aux yeux mangés par des pétrels et la poitrine percée]i i[par des balles de mitrailleuses".]i
L’artiste Ā’amu signe cette superbe illustration, qui évoque ces pirogues errantes que relate Jean Meckert dans son livre, i["avec à bord des cadavres plus ou moins momifiés, aux yeux mangés par des pétrels et la poitrine percée]i i[par des balles de mitrailleuses".]i
De Patrick Pécherot, vous connaissez au moins le polar intitulé Tiurai, publié un an après la reprise des essais nucléaires décidés par Jacques Chirac en 1995, dans la célèbre "Série noire" de Gallimard. Le personnage principal, journaliste aux Nouvelles Dépêches, s’appelle Thomas Mecker. Pourquoi ce nom de Mecker ? Nous y arrivons : Jean Meckert (avec un t) avait publié en 1971 un roman au vitriol sur Tahiti sous la férule du gouverneur et des militaires chargés d’assurer les essais nucléaires. On va y revenir plus loin. Jean Meckert, lui, auteur de nombreux polars depuis la guerre, meurt le 7 mars 1995, à 85 ans. Six mois plus tard, sans qu’il y ait de relation de cause à effet, le 6 septembre, les émeutes populaires contre la reprise des essais nucléaires saccagent Papeete et sa banlieue. Patrick Pécherot, qui s’était déjà engagé en faveur des mutins de la prison de Papeete dans les années 1980, connaît Tahiti, il écrit alors Tiurai et, de ce fait, adresse un magnifique hommage à Jean Meckert, l’auteur du polar La Vierge et le Taureau, qui vient alors de mourir...

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt