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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…



Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 15 Janvier 2021 - écrit par Dominique SCHMITT


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Dominique SCHMITT

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Ice : le péril jeune…

Lithium de batterie, solvants industriels, ammoniac, iode, acide chlorhydrique… L’ice, appelée la “glace” dans le milieu, n’a rien à voir avec une petite douceur sucrée. Bien au contraire, en consommer équivaut à accepter d’en payer la note très salée ! Cette drogue de synthèse est entièrement fabriquée par l’Homme à partir d’éphédrine ou de pseudo-éphédrine – un décongestionnant nasal –, à laquelle des produits d’entretien domestiques dangereux sont rajoutés. Une seule prise peut rendre dépendant le consommateur qui, passés les sentiments d’euphorie et de surpuissance, sombre dans une violente descente aux enfers. Alors, pour quelles raisons la méthamphétamine, inexistante il y a encore une vingtaine d’années en Polynésie, touche-t-elle autant la population ? Hommes et femmes d’affaires, fonctionnaires, guides touristiques, sportifs de haut niveau… nul n’est épargné, toutes les tranches d’âges et les couches sociales sont en effet atteintes. Si les autorités considèrent qu’au moins 10 000 personnes au fenua ​prendraient de la méthamphétamine, ce chiffre semble largement sous-estimé ; 10 % des Polynésiens, au moins, seraient concernés, selon nos sources judiciaires.
Surtout, cette dope mortelle séduit de plus en plus les jeunes, qui ont troqué leurs pipettes de pakalolo contre celles de l’ice (“bubble”). Un constat très inquiétant sur le plan de la santé publique, et notamment de la santé mentale… Les dealers n’hésitent pas à rendre nos ados accros en leur fournissant des mini-doses, des “ten”, qui sont obtenus pour la modique somme de 10 000 Fcfp, tandis que le gramme d’ice se vend environ 120 000 Fcfp (le prix peut doubler en tant de crise). Pris ensuite dans l’engrenage, ils ont beaucoup de mal à décrocher, cette drogue extrêmement addictive aux conséquences dévastatrices étant plus puissante que le crack ou la cocaïne. En réalité, c’est une nouvelle forme de délinquance qui apparaît, très structurée. L’économie liée au business de l’ice génère tellement de profits qu’elle fait vivre des familles entières. Aussi, alors que la crise sociale frappe le fenua, l’appât du gain est si élevé que les trafiquants prennent tous les risques et s’appuient sur des petites mains ou d’anciens prisonniers recrutés en prison, qui deviennent rapidement des “mules”.

Au moment où le Pays et l’État lancent (enfin !) un plan d’actions 2021-2022 “Combattre le fléau de l’ice”, la rédaction de Tahiti Pacifique s’est mobilisée pour agir, elle aussi, et lutter contre ce poison qui détruit la jeunesse polynésienne. Après plusieurs mois d’investigation, nous vous proposons une édition spéciale sur ce sujet d’une priorité absolue. Enquête, chiffres, interviews du procureur, du patron de la DSP, de médecins psychiatres, mais également témoignages d’anciens consommateurs ou de dealers… C’est un dossier de 20 pages que TPM a réalisé pour comprendre et mieux appréhender ce véritable enjeu de société ! La question de la prise en charge des malades est cruciale. Les consommateurs souffrant de pathologies psychiatriques doivent attendre en moyenne quatre mois avant d’obtenir un rendez-vous au Centre hospitalier de Taaone. Quant au Pôle de santé mentale, il tarde à voir le jour. Aujourd’hui, seul le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT) accueille des personnes dépendantes à l’ice, souvent des polyconsommateurs, paka et ice, âgés entre 20 et 40 ans. La création prochaine d’un centre post-cure à Taravao, comprenant huit lits dédiés au sevrage, devrait enfin apporter une bouffée d’oxygène aux professionnels de santé, mais cela ne saurait suffire… Il est primordial de se donner les moyens de sauver notre jeunesse en péril et lui redonner la joie de vivre.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT