Menu


Le syndrome d’assiégé ? Oui, mais pas que…

Hum ! J’ignore si un tel syndrome existe mais, en définissant chaque mot de cette expression, il semble que oui. Un syndrome serait un ensemble de signes informant d’une souffrance. Or, à lire, écouter et regarder les médias, les réseaux sociaux et avouons-le, en nous observant nous-mêmes, tout raconte que nous sommes dans la souffrance d’une attente d’un cataclysme redouté et annoncé.



©Présidence
©Présidence
L’angoisse nous étreint à l’idée de la disparition d’un(e) proche s’étouffant sous le respirateur artificiel. Nous éprouvons la même crainte à l’idée de notre propre étouffement, alors que les préparatifs de notre départ normal dû à l’âge ne sont pas terminés. Nous nous sentons tous sous la menace d’éléments extérieurs malveillants qui nous cerneraient, assiégeraient, prêts à nous envahir, submerger, détruire. Ce n’est pas "Mars attaque !", mais "Virus attaquent !" Les malveillants, bien sûr. Car comme chacun sait, des virus bienveillants existent aussi. Mais oui ! Tout comme des neutres. Nous n’avons pas encore tout compris de la complexe machine de la vie sur notre planète. L’étendue de nos connaissances n’est que bribes face à l’immensité de l’inconnu tout à la fois obscur et lumineux. Obscur à nous aveugler, tant les ténèbres sont parfois épaisses. Obscur à nous aveugler, tant est souvent puissante la lumière neutralisant les perceptions fines de notre rétine ! L’immensité de l’inconnu peut aussi nous rendre sourds à certains sons au point de nous rendre muets, nous amuïr. Voilà un autre bien joli mot dont la sonorité renvoie à ’āmui = ensemble, réunir en tahitien.
Et c’est là que l’attitude, les propos et comportements de certains détenteurs de savoirs universitaires et surdiplômés prestigieux déstabilisent et dévoilent l’existence d’ennemis intérieurs. À se demander comment ils et elles ont pu obtenir une validation de leurs connaissances et se voir attribuer des titres, rôles et positions éminentes dans les sphères du savoir et des soins. Leurs comportements laissent perplexe, tant ils contribuent à jeter le discrédit sur ce qu’ils représentent. Au point de nous affaiblir et exacerber l’angoisse du sentiment d’être assiégé que l’on nomme aussi : peur obsidionale. Jolie expression n’est-ce pas ? "Obsidional" est un joli mot. Heureusement que les mots ont été inventés par les humains pour nommer les choses palpables et impalpables. Les mots nous permettent d’apprivoiser la peur du terrifiant requin affamé en nous invitant à nous mettre hors de la trajectoire de ses dents puissantes, le transformant ainsi en compagnon de vie océanique fonctionnant selon des mécanismes vitaux qui lui sont propres et dont il nous appartient de célébrer l’existence.
Avez-vous déjà conduit une voiture en ayant à côté de vous quelqu’un qui ne cesse de vous critiquer ? "Démarre ! Mais tu traînes ! Plus vite ! Ralentis ! Attention à gauche ! Attention à droite ! Mais t’es nulle ! Ce n’est pas possible ! Accélère, passe en seconde, freine !…" Même quand vous êtes simple passager à l’arrière, l’estomac se noue, le cœur se crispe, les oreilles en deviennent rouges, les mains tremblent, s’accrochent au siège avant ou à celui que l’on a sous ses fesses… Eh bien, tous ces savants professeurs de médecine, surtout ceux qui, invités à participer aux décisions, refusent, bravaches pour jouer les exclus imaginaires et se réfugier dans un splendide isolement d’où ça critique celles et ceux qui, avec courage, ont accepté de tenir les rênes, ont pris le risque de publiquement se tromper… Eh bien, ces compagnons de voyage me gavent, m’insupportent et me déçoivent. Ils feraient mieux de s’amuïr. En bavassant sur les réseaux sociaux, ils ternissent leurs propres titres, décrédibilisent le système qui les a hissés sur les chaires qu’ils utilisent pour démolir leurs confrères. En nous prenant à témoin de manière à nous enrôler sous leurs bannières douteuses, c’est eux-mêmes qu’ils démolissent. Pitoyable spectacle cacophonique offert par ces personnages rémunérés pour accomplir des choses intelligentes, nous soigner le corps, le mental, le psychisme et nous rappeler comment nos pères et mères ont lutté et vaincu des menaces similaires. Faut-il avoir oublié le rôle des vaccins dans notre actuelle bonne santé ! Des lacunes graves existent sans doute dans l’enseignement dispensé et/ou reçu.
En s’agitant comme ils le font, en insultant leurs confrères de manière publique au lieu d’apporter des preuves de leurs turpitudes devant les tribunaux, ils accroissent notre sentiment d’insécurité et de peur. Ils se comportent en ennemis de l’intérieur qui nous fragilisent, alors qu’ils sont payés pour nous rendre plus forts.
Dans nos îles, jusqu’à il y a deux mois environ, nous ne pouvions qu’applaudir aux décisions prises par le gouvernement et le haut-commissaire. Ils nous avaient sauvés du Covid-19. Nous pouvions à nouveau étreindre nos enfants, petits-enfants, sœurs, frères et amis. Cela a fait du bien après ces mois de privation en manifestations tactiles de tendresse. Sur la lancée, le gouvernement a tenté de prolonger le couvre-feu. Des mécontents judicieusement défendus ont fait sauter l’interdiction, au nom de la liberté. Le déconfinement et l’ouverture des frontières se sont déroulés, accompagnés de simples recommandations. Notre gouvernement et le haut-commissariat ont péché par naïveté et par excès de confiance dans le bon sens et le civisme de la population et des fonctionnaires d’État. Le virus redouté est désormais omniprésent dans l’air que nous respirons.
Certes, les patrons des restaurants transformés en boîtes de nuit et des fonctionnaires expatriés sont responsables. Mais n’oublions pas les fêtards impénitents bien de chez nous. Encouragés dans leur mépris des gestes barrières au nom de la liberté et par les déclarations fracassantes et prophétiques de sommités emblématiques accusant leurs collègues d’être vendus aux fabricants de masques et à "Big Pharma", ils ont mis nos vies en danger pour un temps assez long désormais.
Aux temps anciens, ils auraient tous été mis sur une pirogue avec leurs bardas, des cochons, chiens et volailles, des taros, ufi, 'uru et autres denrées prêtes à consommer et d’autres à planter et… voguait… l’esquif au gré des courants et des vents.
Le syndrome de l’assiégé est désormais un élément de notre identité. Il nous faut faire avec.

Jeudi 20 Août 2020 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel






“Champions du monde” de Covid : on dit merci qui ?

Après notre titre de "champions d’Outre-mer" lorsque le fenua a réussi l’exploit, le mois dernier, d’être la seule collectivité ultramarine à se voir imposer un couvre-feu, voilà que nous prenons du galon en montant sur la première marche du podium des pays qui enregistrent le taux d’incidence le plus élevé de la planète. Si, si, avec 1 603 cas pour 100 000 habitants (du 29 octobre au 11 novembre 2020), nous sommes devenus "champions du monde" de coronavirus devant Andorre (1 378) et la République tchèque (1 330), selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ! Le summum de l’aberration a été atteint la semaine dernière quand on a appris que les touristes hexagonaux étaient interdits de… Polynésie. Depuis le reconfinement de la Métropole, le motif dérogatoire touristique qui figure dans l’arrêté du haut-commissaire (en vigueur jusqu’au 16 décembre) n’est en effet plus considéré comme une raison valable. On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non, c’est bien la triste réalité.
Nous qui étions “Covid-Free” et misions tout sur le tourisme extérieur pour sauver l’économie locale, on peut dire que c’est ballot ! À vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, changer de stratégie et ne pas mettre des contrôles sanitaires stricts lors de la réouverture de nos frontières, les autorités ont perdu sur tous les tableaux et font sombrer notre économie… Les petits commerces mettent la clé sous la porte les uns après les autres, de même que certaines pensions. Par ailleurs, la décision de fermer les salles de sport a suscité l’incompréhension de nombre d’entre nous qui crient à l’incohérence, alors que les lycéens s’entassent dans les classes. Pourquoi ne pas avoir pris des mesures adaptées, comme c’est le cas dans d’autres secteurs ? Surtout que le profil des personnes hospitalisées est une majorité de patients obèses, diabétiques et hypertendus. Le Covid tue les personnes en mauvaise santé, et on empêche les gens de faire du sport et de renforcer leur immunité… C’est d’autant plus aberrant chez nous, avec une partie de la population dite “à risques”. C’est le serpent qui se mord la queue !
Pendant ce temps, le Bureau de veille sanitaire (BVS), en sous-effectif, est quasiment injoignable, tellement il est débordé. Il n’y a aucun contrôle des cas positifs et encore moins de suivi des cas contacts. En changeant de protocole sans réaliser de vraie communication, les autorités ont réussi à embrouiller l’esprit des citoyens, qui ne savent même plus s’ils doivent aller travailler ou rester chez eux lorsqu’ils sont cas contacts. Et on se demande encore comment on a du mal à limiter la propagation du virus ? Nos dirigeants, ici et en Métropole, répètent assumer entièrement leurs responsabilités, mais tous ces morts doivent commencer à devenir pesants !
Si on ne peut plus voir ses amis, ni assister à un événement culturel, ou même faire du sport, il nous reste une seule solution pour éviter la sinistrose : en profiter pour retrouver les plaisirs des sens, les plaisirs de la Vie… Alors, on dit merci qui ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT