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Les confidences explosives de Ghislain Houzel, ingénieur retraité de la Direction des essais du CEA


Vendredi 29 Mai 2020 - écrit par Dominique Schmitt


Recruté à la Direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), puis affecté à la Direction des essais du CEA, Ghislain Houzel a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997. L’octogénaire, qui a assisté à "plus de 120 tirs" et écrit Secrets de Moruroa (2013), se replonge dans ses souvenirs pour les lecteurs de Tahiti Pacifique. Aujourd’hui retraité, l’ingénieur nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois…



"Tout était brûlé et calciné ; des milliers de poissons flottaient le ventre en l’air… Quelle horreur !"

Ce cliché de la zone Nord de Moruroa, réalisé en 2014, montre une faille sur le platier corallien. Le ministère de la Défense a programmé la modernisation de l’ensemble du dispositif de télésurveillance géo-mécanique Telsite de l’atoll, alors que plusieurs rapports officiels  évoquent, depuis 2010, un risque d’effondrement de la structure géologique.  Le système Telsite comprend notamment un réseau de capteurs sismiques disposés en surface et d’autres placés dans six puits, profonds de plusieurs centaines de mètres. Ces capteurs mesurent les mouvements de sol en profondeur. Crédit photo : Greg. Boissy
Ce cliché de la zone Nord de Moruroa, réalisé en 2014, montre une faille sur le platier corallien. Le ministère de la Défense a programmé la modernisation de l’ensemble du dispositif de télésurveillance géo-mécanique Telsite de l’atoll, alors que plusieurs rapports officiels évoquent, depuis 2010, un risque d’effondrement de la structure géologique. Le système Telsite comprend notamment un réseau de capteurs sismiques disposés en surface et d’autres placés dans six puits, profonds de plusieurs centaines de mètres. Ces capteurs mesurent les mouvements de sol en profondeur. Crédit photo : Greg. Boissy
À combien d’essais avez-vous assisté et quels sont les moments les plus marquants, impressionnants, que vous avez vécu ?
"J’ai participé à la préparation et assisté à plus de 120 tirs : tirs sur barges, tirs sous ballon, tirs souterrains, et, chaque fois, j’ai ressenti de l’inquiétude quand le compte à rebours se déroulait et que nous approchions de l’instant zéro : n’allait-il pas y avoir une mauvaise surprise ou des effets inattendus ? Deux tirs m’ont profondément marqué : le tir « Canopus » en août 1968 et le tir « Thétis » en septembre 1995. « Canopus » fut le premier essai de bombe thermonucléaire : tir sous ballon au-dessus du lagon de l’atoll de Fangataufa. Puissance estimée à 2 mégatonnes, soit plusieurs centaines de fois la bombe d’Hiroshima. Le lendemain de ce tir, j’ai survolé Fangataufa : ce bel atoll était entièrement ravagé ; il ne restait plus un arbre, plus un brin d’herbe. Tout était brûle et calciné ; des milliers de poissons flottaient le ventre en l’air… Quelle horreur ! « Thétis », tir souterrain dans le lagon de Moruroa, fut le premier tir réalisé en 1995 suite à la décision du président Jacques Chirac de reprendre les tirs après le fameux moratoire décidé par François Mitterrand. Nous nous attendions tous à de vives réactions, mais celles-ci furent d’une violence inouïe, avec en particulier l’incendie de l’aéroport de Faa’a. Quelle triste conséquence et quelle triste page de l’Histoire de la Polynésie ! Cela aussi, je ne pourrai jamais l’oublier."

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Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT