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Loin et fragile...



D’abord, chers lecteurs et lectrices, pardonnez-nous pour le « raté » de votre magazine favori la semaine dernière : un incident technique a mis notre rotative ultramoderne en panne. Et comme ultramoderne veut dire ultrasophistiqué et ultra-informatisé, il a fallu appeler les experts en France et en Australie pour trouver l’origine de la panne et la réparer, ce qui fait que le numéro n’a pu être imprimé. Tel est le bonheur d’œuvrer au bout du monde. Acceptez nos excuses, s’il vous plaît.

Entre-temps, un lecteur (américain) d’un de mes livres (Le bleu qui fait mal aux yeux) m’a écrit, un cinéaste qui vient de terminer une tournée de six mois dans les îles du Pacifique Sud (Tuvalu, Kiribati, Fidji, Marshall, etc.) où il a trouvé des situations de sociétés en transition de la vie traditionnelle à un monde moderne semblables à celles qu’ont vécues nos îles dans les années 1970-1990. Il écrit : « L'attraction – et l'impact regrettable – non seulement des biens de consommation, mais (surtout) des chaînes de té- lévision américaines diffusées par satellites sur ces sociétés sont chaotiques. Vous le savez bien mieux que moi mais, en tant que personne ayant jadis étudié et été professionnelle (à ma honte) de la publicité pour ces médias, j’ai découvert que c’est pour ces sociétés un fléau irréversible. Peut-être est-ce ma sentimentalité de banlieusard occidental, mais depuis le Kiribati jusqu’au nord de la Thaïlande et même en Inde rurale, j'ai vu village après village des habitants – surtout des jeunes hommes – dont la plupart ne voulaient posséder rien d’autre qu’une Porsche ou un gros pick-up 4x4 Ford afin de pouvoir foncer sur leurs pistes défoncées, comme dans les films d'action des Bruce Willis ou Rambo, qui ont inculqué ces goûts de consommateurs dans leurs cerveaux. Je me demande si les petites sociétés avec moins de ressources (et moins de besoins) pourront s’écarter de cette voie qui ne peut les mener qu’à la ruine... » Paroles d’expert ! C’est d’ailleurs le même phénomène d’impact des télévisions occidentales par satellite qui a déclenché les vagues migratoires d’Afrique et du Moyen-Orient qui submergent l’Europe aujourd’hui, bien plus que les guerres.

Et personne n’en parle... Et la panne de notre imprimante rotative, une petite puce électronique dans une machine grande comme une maison, démontre aussi à quel point on devient plus fragile lorsqu’on devient plus sophistiqué, surtout dans nos îles si loin ! Mais ça, c’est un autre sujet que nous traiterons bientôt dans ces pages. Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Lundi 20 Juin 2016


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Samedi 15 Octobre 2016 - 03:59 Liberté, Égalité réelle, Fraternité

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Liberté, Égalité réelle, Fraternité

La devise de la république française "Liberté, Égalité Fraternité", ne serait-elle pas mise à mal par le concept d'une égalité réelle ? Que faut-il en déduire ? L'égalité ne serait-elle pas la même au sein d'une République qui se veut une et indivisible ? Parler d'égalité réelle c'est en tout cas implicitement reconnaître que nous ne sommes pas tous égaux... Ou en tout cas qu’il existe plusieurs degrés d’égalité, ce qui laisse songeur tout en nous faisant repenser au sketch de Coluche : "Dieu a dit, il y aura des hommes blancs, des hommes noirs, il y aura des hommes grands, des hommes petits. Il y aura des hommes beaux, des hommes moches et tous seront égaux, mais ça sera pas facile."
La République française ne serait donc égalitaire que dans sa plus simple figure géométrique, l'hexagone. Pour le reste, les petits bouts difformes éclatés sur le globe, l'égalité doit attendre. Ces bouts de France, souvent très (trop) dépendants des expédients de la métropole n'ont eu de cesse de réclamer toujours plus de "moni". Mais ce que la France a bien essayé de faire durant sa période glorieuse, elle ne le peut plus en ces temps de disette. Victorin Lurel, puis George Pau-Langevin, le temps de leur passage au ministère de l'Outre-mer, ont voulu apporter un peu plus d'égalité, une consultation publique a été ouverte pour prendre la température et donner l'impression que chacun pouvait participer au débat des citoyens ultramarins. Une initiative qui n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux pour beaucoup car c'est finalement aux représentants de chaque département et collectivité qu'a échu la responsabilité de défendre au mieux ses propres intérêts dans ce projet de loi de programmation relatif à l'égalité réelle outre-mer portant des dispositions en matière sociale et économique.
Aux demandes d'aides ayant toujours un coût, il a été le plus souvent répondu que des études étaient nécessaires. Un bon moyen de botter en touche, de gagner du temps (on parle d’un plan de convergence de 10/20 ans) tout en ayant donné l'impression d'être à l'écoute. La Polynésie française n'a pas fait exception à la règle et les amendements déposés par les deux députés ayant pris la parole (Jonas Tahuaitu avait certainement mieux à faire) ont le plus souvent été retirés, le statut du territoire étant visiblement un frein à toute avancée qui aurait bénéficié directement au portefeuille des Polynésiens (ex : "Contribution au service public de l’électricité"). Ce projet de loi adopté mardi laisse un goût d’inachevé, à se demander si tout ceci n’était pas qu’une belle opération de communication à quelques mois de l'élection présidentielle. Il faudra donc s'en remettre aux commissions budgétaires de l'Outre-mer des prochaines semaines et aux "Accords de Papeete" pour que l'on pense à gommer quelques inégalités.
 
 
 
Luc ollivier

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