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Nouvelle-Calédonie : Colin McGibbon, futur patron britannique de la SLN


Vendredi 29 Novembre 2019 - écrit par Les Nouvelles Calédoniennes




Colin McGibbon, âgé de 54 ans, sera proposé comme directeur général au conseil d’administration de la SLN du 14 février 2020. Crédit photo : Archives LNC et DR
Colin McGibbon, âgé de 54 ans, sera proposé comme directeur général au conseil d’administration de la SLN du 14 février 2020. Crédit photo : Archives LNC et DR
Historiens et grands connaisseurs du monde minier notent avec une pointe d’humour le retour d’un dirigeant britannique à la tête de la SLN après… John Higginson, cofondateur de la société en 1880 et, certes, naturalisé français quatre ans plus tôt. Le conseil d’administration de l’entreprise minière et métallurgique a entériné la décision à Nouméa, puis la nouvelle a été rendue publique la semaine dernière : à compter du 13 janvier 2020, Colin McGibbon rejoindra Eramet pour prendre la responsabilité de directeur général adjoint de la SLN, dans la perspective d’être proposé comme directeur général au conseil d’administration de la société du 14 février 2020. Première question évidente, le départ de l’actuel patron, Bernard Laflamme, est programmé, quelle en est la raison ? Le Canadien du Québec avait interrompu sa retraite, prise en 2015, pour saisir le poste de direction de la Société-Le Nickel. Le séjour en Nouvelle-Calédonie ne serait pas extrêmement long, ce point était posé d’entrée, entend-on à Doniambo. En fait, deux ans, durant lesquels l’ancien défenseur de hockey sur glace s’est plongé dans la mécanique des coûts et le plan de sauvetage.
Son successeur, Colin McGibbon, âgé de 54 ans, diplômé de l’université de Strathclyde à Glasgow en Écosse, n’a pas connu que des sites faciles, du moins lors de ses dernières affectations. Cet ingénieur œuvre, depuis avril 2018, en tant que vice-président des opérations d’Ambatovy à Madagascar. Cette usine hydrométallurgique de Toamasina, spécialisée dans la production de nickel et de cobalt, s’est heurtée à des difficultés opérationnelles, avant d’être frappée par le cyclone Ava. L'objectif de production de nickel pour 2019 est fixé à 38 000-40 000 tonnes, selon Sumitomo Corp, l’actionnaire majoritaire.
Colin McGibbon a porté auparavant les couleurs du géant Rio Tinto pendant sept ans. À l’unité de raffinage d'alumine de Yarwun à Gladstone, en Australie. Ou encore en France, à Aluminium Dunkerque, comme directeur général. Ce centre gigantesque, l’un des leaders européens du secteur, était en 2014 en quête de compétitivité. À Doniambo, Colin McGibbon, au profil de "technicien" "attaché à la dimension humaine" selon sa réputation, disposera d’une mission majeure : la mise en place d’un nouveau modèle rééquilibré sur
deux métiers, la mine et la métallurgie.


Source : Les Nouvelles Calédoniennes

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt