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Pollution : Hao a du plomb dans l'aile


Vendredi 4 Mai 2018 - écrit par Dominique Schmitt


Si on savait déjà que les sols de Hao étaient pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène, on connaissait moins la présence encore plus importante de plomb à Makemo également. Des études transversales sur les populations de ces deux atolls sont actuellement menées afin d'en déterminer l'origine. Les résultats finaux des travaux devraient être connus du grand public d'ici fin 2018-début 2019, mais une piste semble d'ores et déjà se dégager : l'eau, recueillie notamment dans les toitures, pourrait être le vecteur de la contamination des habitants. Aussi, l'impact environnemental de l'élevage industriel de poissons et les risques de ciguatera pourraient mettre à mal la future ferme aquacole à Hao, construite sur l'ancienne base arrière du Centre d'Expérimentation du Pacifique (CEP).



lllustration : Munoz
lllustration : Munoz
Alors que les travaux de terrassement ont débuté, mi-mars, à Hao avec l'arrivée du matériel lourd acheminé par la goélette St Xavier Maris-Stella III, le projet de ferme aquacole pourrait être au cœur de nouvelles polémiques. En effet, la présence importante de plomb sur cet atoll des Tuamotu, ainsi qu'à Makemo, est alarmante. Les pratiques quotidiennes des habitants, qui vivent essentiellement de la mer, en sont notamment à l'origine. Adeptes du système D, ces Polynésiens, loin de la société de consommation tahitienne, récupèrent le plomb se trouvant dans les batteries, le fondent, puis s'en servent pour réaliser des hameçons de pêche, des poids pour les filets, des corps morts pour les bateaux, etc. En prenant la mauvaise habitude de manipuler ainsi du plomb, ils s'exposent en réalité à de très grands dangers pour leur santé. Il est également courant de voir, et c'est valable pour l'ensemble du fenua, des batteries utilisées pour attacher et retenir des chapiteaux afin d'éviter qu'ils s'envolent avec le vent. On imagine alors comment des enfants jouant autour, en savates, peuvent être la proie de projections d'acides si, par malheur, une batterie venait à s'ouvrir…

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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt