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Référendum "Covid-Free" en Nouvelle-Calédonie


Vendredi 2 Octobre 2020 - écrit par Julien Sartre


La Nouvelle-Calédonie est fermée aux voyageurs depuis mars dernier et le restera pour encore longtemps, mais l’absence du virus permet au référendum sur l’indépendance de se tenir dans de bonnes conditions ce dimanche.



Crédit photo : Julien Sartre
Crédit photo : Julien Sartre
Ils sont arrivés dans la nuit, descendant de l’avion pour emprunter un corridor sanitaire, leurs bus escortés par des véhicules de la gendarmerie, gyrophares tournants, emmenés à Nouméa, la capitale, pour être enfermés quatorze jours dans une chambre d’hôtel : les 250 observateurs de la France et les 15 experts de l’ONU sont depuis quelques jours en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, l’archipel est fermé jusqu’en mars 2021. Les mesures de sécurité sanitaire sont draconiennes.
Au total, depuis mars dernier, moins de 30 personnes ont été dépistées positives au nouveau coronavirus. Personne ne porte de masque. Aucune restriction de liberté, de circulation, de rassemblement, aucun couvre-feu, n’est en vigueur. Une seule chose préoccupe les politiciens, les médias et la population : dimanche, la Nouvelle-Calédonie est appelée par référendum à se prononcer sur son indépendance par rapport à la France.
Deux ans après le premier référendum, qui avait vu le 4 novembre 2018 le "non" à l’indépendance l’emporter à 56,4% contre 43,6% pour le "oui", le corps électoral spécial donnera à nouveau son avis sur cet aspect crucial du processus de décolonisation, entamé il y a trente-deux ans. "Je n’ai jamais vu une telle ferveur, une telle volonté de rassemblement et de participation", témoigne Matthias Chauchat, professeur de droit public à l’Université de Nouvelle-Calédonie, engagé de longue date auprès du camp indépendantiste.
Les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, ils se décrivent eux-mêmes comme "loyalistes", ne sont pas en reste. Ils ont organisé de nombreux défilés de voitures et de 4x4 dans tout Nouméa, brandissant fièrement leurs drapeaux bleu-blanc-rouge et klaxonnant à qui mieux-mieux.

Dans un texte publié récemment sur le site Outremers 360°, le chercheur et spécialiste des questions électorales, Pierre-Christophe Pantz, rappelle que le vote au référendum en Nouvelle-Calédonie est ethnique, social et géographique. Le premier scrutin, celui de novembre 2018, avait montré à quel point le vote au "oui" en faveur de l’indépendance est avant tout le fait du peuple autochtone, le peuple kanak, minoritaire sur son propre territoire. Et cela ne va pas sans poser des problèmes puisque "le résultat du référendum, quel qu’il soit, ne résoudra pas l’essentiel du problème en Nouvelle-Calédonie, à savoir une double impasse électorale. Premièrement, une victoire des indépendantistes ne doit pas faire oublier qu’en comptabilisant ceux n’ayant pas le droit de voter au référendum (environ 36 000), les personnes « théoriquement » opposées à l’indépendance constitueront encore au-moins la moitié de la population calédonienne. Et c’est la même chose si l’indépendance échoue (...) une part non négligeable de la population, essentiellement kanak, sera toujours viscéralement attachée à l’indépendance", écrit le chercheur.
En cas de victoire du "non", et seulement dans ce cas-là, un troisième référendum doit effectivement avoir lieu, selon les termes des accords de Matignon et de Nouméa, qui ont permis de mettre fin à la guerre civile des années 1980. Il devra avoir lieu au plus tard deux ans après le scrutin du 4 octobre prochain. Ensuite, c’est l’inconnu.


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Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT