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“L’engrais miracle” était “sous notre nez”, en vente depuis 2016

Crédit photo : Archives i[TPM]i
Il aura suffi d’une opération de médiatisation menée par Thomas Moutame pour faire la lumière sur la filière prometteuse que représentent les déchets de poissons en Polynésie et persuader la population que “l’engrais miracle” est “sous notre nez” (lire aussi Tahiti Infos, 11 avril 2021). L’ancien ministre de l’Agriculture, actuel maire de Taputapuatea (Raiatea) et vice-président du Syndicat pour la promotion des communes (SPC) dispense des formations aux communes pour l’utilisation d’un engrais bio fabriqué à base de poisson. Pour l’élu, qui est également vice-président de la commission restauration scolaire au SCCPF, il s’agit de développer “l’autonomie alimentaire” dans les foyers. Bien lui en a pris ! Mais ce projet laisse un goût amer à Karel Luciani qui a créé en 2015 Patiri Bio, une société qui fabrique justement ces engrais naturels à partir d’abats piscicoles (“Ika-Fish”).

Dans un article intitulé “Valorisation des déchets de la pêche : une entreprise locale menacée de fermeture…” (lire TPM n° 421, du 29 novembre 2019), il nous confiait qu’il avait été lauréat deux fois (en 2016 et en 2017) d’un prix dans la catégorie “économie circulaire” lors du concours de création et développement économique des entreprises organisé par le gouvernement. Pour autant, son produit bio ne séduisait pas les agriculteurs locaux, qui préféraient se tourner vers des engrais importés et/ou chimiques.

“Lorsqu’un politique parle, on l’écoute…”

Alors qu’il envisageait de mettre la clé sous la porte, il a repris son activité il y a quelques mois seulement. Mais rien n’a changé pour lui ; le Pays qui soutenait son projet ne lui a passé aucune commande publique et aucun agriculteur bio n’est son client. L’entrepreneur regrette aujourd’hui : “Lorsqu’un politique parle, on l’écoute…” Et de poursuivre : “Maintenant, le Pays a décidé de donner des subventions pour mettre en place une petite unité de production à Rangiroa. Tant mieux, mais c’est frustrant pour l’esprit d’entreprise !

Nos voisins du Pacifique ont depuis longtemps compris l’enjeu : recycler cette quantité inexploitée de déchets organiques issus de la pêche hauturière. Ainsi, en Australie, les engrais “Fish” ou engrais à base de poisson ont la cote, et sont donc très souvent utilisés au jardin comme au potager, mais aussi par les professionnels. De leur côté, les Néo-Calédoniens ont inauguré, en octobre 2019, une usine pilote à Lifou. Une manière de régler le problème des déchets, tout en créant une nouvelle filière avec des engrais bio ou des compléments alimentaires pour animaux.

Une sensibilisation du monde agricole semble s’amorcer au fenua avec des projets de recyclage industriel de déchets divers en sous-produits, mais cela reste souvent de la théorie. Par ailleurs, le conseil des ministres vient enfin d’interdire l’importation de panga, un des poissons les plus toxiques (et aussi du lait de coco en boîte, après toutes ces années…), une décision qui fait l’unanimité. On ne peut pas en dire autant pour son projet très controversé de hub pour les pêcheries internationales du Pacifique Sud-Central, avec le développement et le renforcement de services aux flottilles de pêche étrangère.

Dominique Schmitt






Tahiti Pacifique : 30 ans… et toutes nos dents !

“Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.”

Alex W. du Prel avait fait sienne cette citation percutante de René Char (1907-1988), poète et résistant français. Fondé le 9 mai 1991, Tahiti Pacifique Magazine fête aujourd’hui ses 30 ans ! Qui aurait cru que la revue “poil à gratter” créée par Alex survivrait pendant trois décennies ? Sûrement pas les politiques de l’époque, notamment Gaston Flosse et les Orange, qui ont alimenté régulièrement les colonnes de TPM… N’en déplaise à nos détracteurs, malgré une vingtaine de procès émanant de la Présidence ou de son entourage (lire notre interview exclusive d’Alex du Prel, page 35), Tahiti Pacifique est toujours debout, avec toutes ses dents. Et du mordant, votre magazine n’en manque pas ! Bimensuel d’information et de culture, ayant pour devise “Une goutte de liberté dans l’océan”, Tahiti Pacifique est l’unique magazine d’investigation en Polynésie. Nous proposons aux lecteurs une actualité décryptée et des dossiers de fond. Enquêtes et reportages, brèves et confidences, humour, caricatures de presse, chroniques, tribunes, articles économiques, littéraires, culturels… il y en a pour tous les goûts. Notre force : la pluralité des opinions et des plumes. Notre ambition : “Ensemble, faisons bouger les lignes !

Dominique SCHMITT