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Tout savoir sur la justice familiale en Polynésie


Jeudi 19 Septembre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Il est exceptionnel qu'un magistrat écrive. Ancien juge aux affaires familiales, Godefroy du Mesnil dévoile le monde méconnu de la justice dans son livre Juge au cœur de 10 000 familles, nourri de code civil, mais aussi de milliers de paroles et de blessures. Si l'action se déroule en Polynésie puis en France métropolitaine, cet ouvrage est, dans les relations entre hommes et femmes, entre parents et enfants, à portée universelle", notent les éditions Haere Pō. L'auteur s'adresse en effet à toutes les personnes qui sont concernées par la séparation, celles qui veulent les aider ou, à l'inverse, celles qui, évitant les écueils, désirent réussir leur vie de couple. Face à la rédaction de Tahiti Pacifique, c'est le juge qui est entendu cette fois à la barre !



"Des unions et des désunions, de l'amour, des enfants, d'autres choses aussi que vit un juge aux affaires familiales" ici, au fenua, mais aussi en France métropolitaine, voilà ce que propose de détailler Godefroy du Mesnil dans son livre, Juge au cœur de 10 000 familles, édité aux éditions Haere Pō (novembre 2018). Dans sa préface, Antoine Garapon, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la Justice, rend hommage à l'auteur : "Les juges écrivent peu et la plupart emmènent avec eux le savoir qu'ils ont accumulé sur les hommes pendant leur carrière. Peut-être parce que celle-ci ne leur a pas montré le plus beau visage de l'humanité. Dans ce livre, Godefroy du Mesnil a décidé de faire doublement exception : tout d'abord en prenant la plume et ensuite en essayant de tirer le meilleur de son expérience."

Godefroy du Mesnil a déjà une carrière bien remplie. D'abord jeune juge d’instruction à Arras, il s'est ensuite spécialisé dans l’application des peines pendant quatorze ans, tant à Pontoise qu’à l’École nationale de la magistrature, enseignant cette fonction. Puis, il a été magistrat pendant huit ans à Tahiti, président du tribunal correctionnel de Papeete, "entre trafics de stupéfiants ou d’influence, détournements de fonds, agressions et escroqueries". Enfin, juge aux affaires familiales depuis quinze ans, il a exercé en Polynésie, avant de s'installer à Nantes...

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Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…

Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…
Jacques Brel chantait "le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise"… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère "Dauphin" nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la "Terre des Hommes" s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de "faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles".

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : "Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées." Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même "la maladresse". D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour "un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions."

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). "Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse !", s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. "Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain", a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : "Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete !" D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? "Je suis Marquisien". "Je suis Hoane".
Repose en paix petit ange. n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt