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Un "cavalier législatif" adopté en l’absence des parlementaires polynésiens…


Vendredi 29 Mai 2020 - écrit par Dominique Schmitt


C’est en catimini que l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, le projet de loi portant diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid‑19, avec l’article 2 concernant les essais nucléaires en Polynésie ainsi que les modalités d’indemnisation. L’amendement de retrait déposé par le député Moetai Brotherson n’a pas été retenu et la loi, qui devrait être revalidée par le Sénat – cette disposition avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire –, rendra applicable à toutes les demandes d’indemnisation "Loi Morin" en cours la condition d’exposition minimale annuelle de 1 millisievert. Indigné, le parlementaire polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira interroge l’État français : "Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?" 



Interview de Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini

Crédit photo : DR
Crédit photo : DR
Qu’implique ce nouveau projet de loi pour les victimes des essais nucléaires ? Quelles en seraient les conséquences ? 
"Ce n’est pas à proprement parler un nouveau projet de loi, mais une verrue, un greffon ; en termes légistiques, on appelle ça un « cavalier législatif. » C’est-à-dire qu’on insère dans une loi qui n’a rien à voir avec les victimes des essais nucléaires (en l’occurrence une loi sur le Covid-19) un article qui vient en modifier une autre. C’est déjà comme ça, au sein de la Loi de finances, qu’avait été glissé discrètement l’Amendement Tetuanui sur le 1 millisievert. Ce nouveau cavalier législatif vient balayer la décision du Conseil d’État de janvier 2020, qui avait limité l’application de l’Amendement Tetuanui aux dossiers postérieurs à son adoption, c’est-à-dire aux seuls dossiers déposés à partir de 2019. Là, ce sont tous les dossiers qui sont soumis à cet amendement scélérat."
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Doudou et la “positive attitude”

Doudou et la “positive attitude”
On connaissait déjà le “dîner de cons”, place désormais au “bal des positivons”. Le concept est simple : il s’agit de positiver le plus possible face au Covid-19 et d’adopter l’attitude du “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Et… on a trouvé notre champion : Doudou, bien sûr ! Imbattable à ce petit jeu, il n’a d’abord pas supporté que Taote Raynal lui tienne tête lors des points presse et lui a mis un revers de la main droite pour reprendre la partie de la main gauche. Puis, c’est avec Dodo que cela s’est corsé… Finalement, les cas actifs ont explosé, les morts ont commencé à tomber, alors aux oubliettes la transparence ! Le peuple d’en bas n’a qu’à se contenter de voir défiler des chiffres balancés par le service com’ de la Présidence, avec des carrés épidémiologiques qui changent, sans aucune explication ni commentaire sur tel ou tel décès. Mais c’est lors de son voyage à Paname que Doudou a réussi à décrocher le pompon. Tellement heureux de retrouver Macron et ses copains du gouvernement central, mais aussi de leur présenter ses nouvelles ouailles locales, qu’il en a oublié la distanciation physique et le port correct du masque, avant d’être déclaré positif au Covid-19 à son retour au fenua ! Chapeau l’artiste, la “positive attitude” a payé et même le président français a failli en faire les frais. On n’est pas passé loin du combo parfait, peut-être la prochaine fois.
Il convient de saluer notre héros local, qui, comme le rapporte un communiqué officiel, “conscient de la vivacité de la propagation du virus à Paris (…), a néanmoins pris le risque d’aller à la rencontre des autorités nationales, pour défendre des dossiers vitaux pour la Polynésie”. Cette “mission nécessaire” de Doudou a suscité la risée de nos confrères de la presse écrite. Le Monde, par exemple, va droit au but : “Les élections sénatoriales, qui ont regroupé le 27 septembre à Papeete des grands électeurs venus de toutes les îles, ont pu participer à la diffusion du virus dans les archipels. Malgré les appels à respecter les gestes barrières, beaucoup d’élus se sont embrassés, comme le veulent les coutumes polynésiennes.” D’ailleurs, les ministères et les mairies sont, eux aussi, de plus en plus “positifs” avec une flambée de “covidés” ces dernières semaines. Quant au lycée du Diadème, la plus grosse structure scolaire du fenua (2 300 élèves, 250 profs), il s’est montré si bon élève en la matière que l’établissement a dû fermer ses portes. Et quand on sait que Doudou, censé montrer l’exemple, a assisté, une petite semaine seulement après sa contamination, à la grande fête solennelle pour les 90 ans de Monseigneur Coppenrath, on reste sans voix. De quoi créer de bons gros clusters !
Il nous reste donc plus qu’à “positiver” aussi et guetter le pic épidémique, en espérant que les 60 lits en réanimation du Centre hospitalier suffiront à surmonter cette crise sanitaire interminable. Dans ce “bal des positivons”, Macron reste évidemment le chef d’orchestre suprême. Et il a encore changé le tempo : depuis le 17 octobre, les grandes métropoles françaises sont soumises à un couvre-feu – qui est en réalité un confinement partiel sur le temps libre –, et “la règle des 6” doit être appliquée pendant que les transports en commun sont bondés et que lycéens et étudiants s’entassent dans des classes. “Continuez à travailler comme d’habitude”, nous dit notre cher président, mais sachez-le : “Les plus précaires sont les premières victimes.” Nous voilà prévenus ! On a de plus en plus hâte de le recevoir à domicile à la fin du premier trimestre 2021…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT