Menu


Un mariage, un divorce et… des enterrements



Si notre rédaction a observé sa pause annuelle pendant le mois de juillet, elle n’en a pas pour autant oublié de suivre l’actualité. C’est même l’actualité qui nous a rattrapés, tant ces dernières semaines ont été riches en informations (pour ne pas dire en télénovelas) ! Tout d’abord, la visite présidentielle de Macron a fait couler beaucoup d’encre. “Manu 1er” n’a pas fait de grande annonce, mais a montré qu’il savait manier la langue de Molière et qu’il maîtrisait l’art oratoire. Le pardon de Peretiteni tant attendu, au nom de la France, n’est jamais arrivé, tout juste “une reconnaissance de la dette nucléaire”. Quant à la question cruciale de la déclassification des archives militaires, il y a répondu toujours avec le même flou artistique. Ne fantasmons pas : comme le détaille notre spécialiste Jean-Marc Regnault en pages intérieures (lire pp. 18 à 21), la présence de “Manu 1er” en Polynésie française était purement stratégique pour asseoir la géopolitique décidée par l’État autour de l’axe Indo-Pacifique, et ce afin de contrer les avancées chinoises intempestives en Océanie.

Ce qui a cependant interpellé nombre d’observateurs, c’est le relâchement général des mesures prises dans le cadre de la visite présidentielle, malgré la crise sanitaire. En effet, le chef de l’État n’a pas hésité à être en contact rapproché avec la population. Bains de foule, embrassades, accolades et autres levers d’enfants par le président auront provoqué quelques sourires, mais aussi de nombreux grincements de dents. Un comportement peu exemplaire. Et que dire de l’irresponsabilité de notre gouvernement local et des élus, Fritch en tête, qui, quelques jours après avoir interdit toute festivité et tout concert s’octroient le droit de faire la bringue lors du mariage du vice-président, aka “Variant Alpha”, devant près de 500 convives ? Les réseaux sociaux ont diffusé des photos et des vidéos hallucinantes où l’on peut voir “Doudou” jouer de la gratte et Michel Buillard dit “Michou” se prendre pour Elvis Presley au micro, tous deux sans masque. Face à ce craquage collectif, l’opposition dénonce un “scandale impardonnable” organisé “dans l’illégalité”, tandis que d’autres politiciens réclament clairement la démission de Fritch. Au bout du rouleau et “outré”, le personnel soignant du Centre hospitalier de la Polynésie française demande aux élus d’être “exemplaires et cohérents” et de prendre la situation sanitaire “au sérieux”. La justice est informée, les investigations de la police sont en cours ; on attend donc des sanctions à la hauteur de celles données à certains fonctionnaires accusés de “décadence”, l’année dernière, lors de l’épisode des fêtes de Bayonne au Piment rouge ! De quoi faire ronger son frein à “Dodo”… Le divorce semble ainsi bien entamé entre le Pays et l’État.

Aussi, la réaction du président de la Polynésie française n’aura pas réussi à calmer l’indignation de la population, bien au contraire. “Doudou” n’a pas fait amende honorable et a même tenté de minimiser les faits dans une vidéo “exclusive” diffusée sur “la chaîne du Pays”, sans la présence de journalistes, avant d’en appeler à… la bénédiction divine. La confiance du nūna’a en son metua semble définitivement enterrée. Rattrapé ensuite par “l’affaire du mariage” lors de son allocution du 11 août, il a totalement perdu son sang-froid. Après avoir dérapé une première fois en demandant de “jeter à la mer” l’une de nos consœurs, celui qui est aux commandes de la Polynésie est sorti de ses gonds à la moindre question gênante posée par les journalistes, balayant d’un revers de main les conséquences possibles de ses actes aux prochaines échéances électorales et allant même jusqu’à dire que les journalistes lui faisaient “pitié”. Et d’enterrer tout de go les valeurs de respect et son crédit politique.

Pendant que nos dirigeants dansent et s’entêtent dans des demi-mesures timides et inefficaces, le nombre de covidés a explosé et on enterre chaque jour des dizaines de morts (plus de 220 morts depuis mars 2020). Alors qu’on se demandait l’année dernière, en plein pic de l’épidémie, s’il y avait un pilote dans l’avion, on a désormais l’impression d’être dans une frêle embarcation, sans capitaine, chahutée par les lames de fond, à l’image du Bateau ivre de Raimbaud… Pitié, vous avez dit pitié ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 20 Août 2021 - écrit par Dominique SCHMITT


Continuez la lecture
< >

Vendredi 10 Septembre 2021 - 08:28 Fritch fait pschitt

Vendredi 2 Juillet 2021 - 08:42 Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?


Dominique SCHMITT

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel






Fritch fait pschitt

L’horrible réalité sanitaire que nous vivons est devenue insupportable, notre pays enregistrant désormais les pires statistiques à l’échelle mondiale. Les morts (plus d’un demi-millier de décès) se ramassent à la pelle, par dizaine, voire vingtaine, selon les jours. Les familles doivent enterrer elles-mêmes leurs défunts avec leurs propres moyens, le personnel de santé est à bout de souffle, les covidés s’asphyxient et les renforts sanitaires arrivent au compte-gouttes… Chacun d’entre nous retient sa respiration ! Mais nul ne parvient à trouver un ballon d’oxygène dans la gestion de la crise proposée par le président de la Polynésie française. Après “l’affaire du mariage”, ses propos déplacés envers les journalistes locaux (relayés et condamnés par la presse nationale), puis l’enterrement de son directeur de cabinet en grande pompe, voilà que “Doudou” s’en remet maintenant à Dieu en pleine hécatombe. Et de s’énerver de plus en plus ouvertement face à l’insistance des médias, qui exercent pourtant leur métier en demandant simplement des réponses à leurs interrogations. Au lieu de lancer des appels désespérés au jeûne, on aurait pu penser qu’il lancerait plus vite et plus fort des appels du pied pour obtenir de l’aide de l’État pour de nouveaux personnels soignants, et qu’il saisirait le problème de la santé à bras-le-corps en lançant plus tôt de vastes campagnes de lutte contre l’obésité, le diabète, l’alcoolisme et les maladies chroniques dont souffre plus de la moitié de notre population. Que nenni, il allume 500 bougies, saute son petit-déj’ et se tourne vers le Tout-Puissant. Ainsi, au cœur de la tempête, le capitaine Fritch fait… pschitt !

Une autre maladie est aussi à traiter en urgence : celle des fake news autour de la vaccination qui contaminent les réseaux sociaux, avec leur déferlement de violences dans un monde qui ne pourrait être autre que manichéen. Nous sommes tous libres de faire ce qui nous semble le mieux pour nous et ceux que nous aimons. Pour autant, si le sujet est aussi clivant, c’est parce qu’il nous force à positionner un curseur entre notre liberté individuelle et notre responsabilité collective. Nous consacrons une analyse économique de cette thématique intéressante dans un dossier à retrouver en pages intérieures (lire pp. 14-19).
Si la communauté scientifique s’accorde à dire que la vaccination est l’arme la plus efficace pour nous protéger et nous permettre de recouvrer notre liberté, les politiques devraient cependant tout faire pour éviter que la question de la vaccination ne soit discriminante et ne se transforme en ségrégation sociale. Or, l’obligation vaccinale que vient de sortir le Pays aux forceps pour imposer certaines professions à s’injecter les doses anti-Covid pourrait attiser les tensions et nous diviser. Que le gouvernement donne l’exemple ! Tous les élus ne sont pas vaccinés, y compris certains des plus hauts représentants du Pays. Coincé dans les cordes, Fritch s’est engagé à ce que la classe politique montre la voie à suivre ; on voudrait y croire, mais à TPM, on est comme Saint Thomas…

Retrouvons le chemin de la cohésion sociale, menons des actions durables et soyons solidaires. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique se joint à moi pour soutenir les foyers endeuillés, fa’aitoito à tous ! Le Covid a touché aussi nos équipes, ce qui nous a contraints à publier votre magazine avec une semaine de retard, mais nous tenons à vous offrir, malgré la crise que traverse également la presse, toujours cette goutte de liberté dans l’océan. Celle-là, vous pouvez en prendre plusieurs doses sans crainte, elle est totalement inoffensive. 
Dominique Schmitt

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT