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Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique


Vendredi 28 Juillet 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Il est dit que tout homme doit découvrir quelque chose qui justifie sa vie." Luis Sepulveda (écrivain chilien)



Un élevage de saumons au Chili : selon Oceana-Chili, les doses d’antibiotiques administrées sont plus de 600 fois supérieures à celles des élevages norvégiens (premier producteur mondial). Crédit photo : Greenpeace/ Daniel Beltrá
Un élevage de saumons au Chili : selon Oceana-Chili, les doses d’antibiotiques administrées sont plus de 600 fois supérieures à celles des élevages norvégiens (premier producteur mondial). Crédit photo : Greenpeace/ Daniel Beltrá
Le Chili

Excentré, est, sud-est, dans l’immensité du Pacifique Sud, le Chili est une terre à l’écart des grands axes commerciaux. Le pays abrite tous les aspects positifs de son isolement au "Monde". Des richesses économiques, l’hétérogénéité d’une société humaine où la culture européenne est l’une des plus affirmées d’Amérique latine, une histoire culturelle et une pondération démographique due à la rigueur du climat. C’est aussi un pays de mythes et de légendes dont une de ses îles se fait ambassadrice : l’île de Pâques.
La géographie du Chili est particulière, cette mince bande de terre est prise entre la Ceinture de feu du Pacifique et la Cordillère des Andes sur 4 500 km. C’est un pays à risques en ce qui concerne les tremblements de terre, les tsunamis et les éruptions volcaniques. Malgré ces risques, c’est une terre où il fait bon vivre. Elle possède aussi l’archipel coloré Juan Fernandez, entre autres.
Selon l’historien Ricardo Latcham, le nom du Chili viendrait d’un peuple d’Amérindiens (les Mitâmes) originaire du Pérou où il existait un fleuve portant le même nom. Apparemment, le nom du pays n’aurait donc aucun rapport avec le mot espagnol chile qui désigne le piment.
La dictature militaire de Pinochet, instaurée par le coup d’État du 11 septembre 1973 a duré jusqu’au 11 mars 1990 : 3225 personnes sont mortes ou disparues (dont le poète Pablo Neruda), 37 000 personnes ont été torturées ou emprisonnées en détention illégale et 1 million de personnes exilées, sur une population de 11 millions d’habitants en 1980. Il ne faut pas oublier les "frasques" de la CIA qui cherchait à déstabiliser le pays sous Henry Kissinger. Lors du plébiscite de 1988, Augusto Pinochet a essuyé une défaite "électorale" et c’est Patricio Aylwin qui a été élu à la tête d’une coalition où Augusto Pinochet restait chef des Armées. Une transition et une cohabitation bien difficiles.
Le Chili étant éloigné des grands enjeux stratégiques a su, suite à cette sinistre période, se préserver de l’ingérence des grandes puissances, réussissant ainsi à effectuer une transition démocratique presque sans douleur, devenant une république démocratique. Le résultat sur les plans politique et économique est décrit comme un modèle de transparence et fait de ce pays l’un des plus stables de l’Amérique latine.
Selon Héritage Fondation, l’indice de liberté économique atteint une note de 76,5 sur 100 ce qui le classe dixième au rang mondial, en ce qui concerne l’analyse risque pays par "Crecimundi". Malgré le ralentissement économique, le taux de chômage a légèrement diminué en 2016 (7%). La pauvreté continue d’affecter 15% de la population et les inégalités sont très importantes (un des taux les plus élevés de l’OCDE).
Le Chili a investi massivement dans les énergies renouvelables qui devraient représenter plus de 20% de la production d’énergie du pays en 2020. Deux défis majeurs de l’économie chilienne restent en demeure sur le long terme :
- la réduction des inégalités entre ses citoyens.
- la diversification économique pour réduire sa dépendance sur les exportations de cuivre (la production du cuivre représente 50% des exportations du pays).

Saumon d'élevage versus sauvage. crédit photo : DR
Saumon d'élevage versus sauvage. crédit photo : DR
Du saumon gavé d’antibiotiques

Le Chili a une économie ouverte qui dépend fortement du commerce international, soit 60% du PIB (Banque mondiale 2015). Le Chili est l’un des rares pays à respecter les termes du libre-échange (ALE), notamment avec la Chine, l’Europe et les Etats-Unis.
La balance du Chili est structurellement excédentaire. Malgré le repli des exportations du cuivre vers la Chine, la chute du cours du pétrole, la dévaluation du peso, la balance commerciale du Chili va rester positive en 2017. Le pays exporte principalement du cuivre, mais aussi des fruits, des légumes, du vin, du poisson…
Derrière ce tableau presque idyllique, se cachent d’autres enjeux dont celui de la mer. Depuis 20 ans, Le saumon est introduit dans les eaux chiliennes. Ce poisson "quelque peu désorienté" tombe plus facilement malade, car introduit artificiellement dans le sud du pays. Les doses d’antibiotiques sont plus de 600 fois supérieures à celles des élevages norvégiens (premier producteur mondial) selon Oceana-Chili.
Le saumon chilien est exporté à 99% et pose question sur les plans sanitaire et écologique et sur l’interférence des écosystèmes aux abords des fermes d’élevage. Les écologistes alertent sur le risque d’émergence de "super bactéries", qui résisteraient à tout autre traitement. Deuxième producteur mondial de saumon d’élevage, le Chili a dû affronter en 2016 une mortalité sans précédent. Les saumons sont asphyxiés, nous dit-on, par une prolifération de micro-algues toxiques.
Une "alternative" nous est donnée dans la région de Magallanes, qui intègre l’élevage géré avec l’environnement : eaux froides associées à un élevage restreint, ce qui permet l’utilisation des antibiotiques à moins de 1% (source AFP). Nous avons donc bon espoir dans ce cas de mourir en bonne santé !
Sans qu’il y ait cause à effet démontré, ces dernières années, le Chili est confronté à des phénomènes curieux et inquiétants : des centaines de baleines et dauphins échoués sur les côtes, puis ce sont des calamars qui viennent mourir en masse et depuis peu des milliers de tonnes de sardines, échouées sur les rives du village de Queule.
La masse inerte de ces sardines et leur putréfaction ont empêché les pêcheurs de sorties (dans un cas pareil, la théorie marseillaise ne s’applique pas !*). Des scènes apocalyptiques où les scientifiques restent dubitatifs. Selon Actu-Latino, à ce jour, les causes restent une énigme pour la communauté scientifique. Les autorités chiliennes annoncent un travail conjoint avec des experts étrangers pour identifier les origines de cette hécatombe.
Quant à la marine chilienne, elle doit couvrir ses 4 500 km de côtes, c’est-à-dire du Cap Horn au Pérou et contrecarrer certains appétits en matière de pêche. Récemment, la marine argentine voisine a coulé un navire chinois qui pêchait illégalement dans ses eaux territoriales (Tahiti Pacifique n° 355). Pour le moment, la marine chilienne gère au mieux des tensions de plus en plus importantes avec les navires de pêche étrangers. Les contrôles et la sécurité mobilisent sa marine, d’autant plus que les surfaces de ce pays s’étendent jusqu’en Antarctique.


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“Champions du monde” de Covid : on dit merci qui ?

Après notre titre de "champions d’Outre-mer" lorsque le fenua a réussi l’exploit, le mois dernier, d’être la seule collectivité ultramarine à se voir imposer un couvre-feu, voilà que nous prenons du galon en montant sur la première marche du podium des pays qui enregistrent le taux d’incidence le plus élevé de la planète. Si, si, avec 1 603 cas pour 100 000 habitants (du 29 octobre au 11 novembre 2020), nous sommes devenus "champions du monde" de coronavirus devant Andorre (1 378) et la République tchèque (1 330), selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ! Le summum de l’aberration a été atteint la semaine dernière quand on a appris que les touristes hexagonaux étaient interdits de… Polynésie. Depuis le reconfinement de la Métropole, le motif dérogatoire touristique qui figure dans l’arrêté du haut-commissaire (en vigueur jusqu’au 16 décembre) n’est en effet plus considéré comme une raison valable. On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non, c’est bien la triste réalité.
Nous qui étions “Covid-Free” et misions tout sur le tourisme extérieur pour sauver l’économie locale, on peut dire que c’est ballot ! À vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, changer de stratégie et ne pas mettre des contrôles sanitaires stricts lors de la réouverture de nos frontières, les autorités ont perdu sur tous les tableaux et font sombrer notre économie… Les petits commerces mettent la clé sous la porte les uns après les autres, de même que certaines pensions. Par ailleurs, la décision de fermer les salles de sport a suscité l’incompréhension de nombre d’entre nous qui crient à l’incohérence, alors que les lycéens s’entassent dans les classes. Pourquoi ne pas avoir pris des mesures adaptées, comme c’est le cas dans d’autres secteurs ? Surtout que le profil des personnes hospitalisées est une majorité de patients obèses, diabétiques et hypertendus. Le Covid tue les personnes en mauvaise santé, et on empêche les gens de faire du sport et de renforcer leur immunité… C’est d’autant plus aberrant chez nous, avec une partie de la population dite “à risques”. C’est le serpent qui se mord la queue !
Pendant ce temps, le Bureau de veille sanitaire (BVS), en sous-effectif, est quasiment injoignable, tellement il est débordé. Il n’y a aucun contrôle des cas positifs et encore moins de suivi des cas contacts. En changeant de protocole sans réaliser de vraie communication, les autorités ont réussi à embrouiller l’esprit des citoyens, qui ne savent même plus s’ils doivent aller travailler ou rester chez eux lorsqu’ils sont cas contacts. Et on se demande encore comment on a du mal à limiter la propagation du virus ? Nos dirigeants, ici et en Métropole, répètent assumer entièrement leurs responsabilités, mais tous ces morts doivent commencer à devenir pesants !
Si on ne peut plus voir ses amis, ni assister à un événement culturel, ou même faire du sport, il nous reste une seule solution pour éviter la sinistrose : en profiter pour retrouver les plaisirs des sens, les plaisirs de la Vie… Alors, on dit merci qui ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT