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Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique


Vendredi 17 Novembre 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


Îles Mariannes, Marshall et Micronésie

"L’espace est un océan, les univers sont des îles, mais il faut des communications entre ces îles. Ces communications se font par les âmes. La mort fait des envois d’esprits d’un monde à l’autre." Victor Hugo



L'île de Guam a toujours constitué un enjeu stratégique pour les grandes puissances régionales, car de toutes les îles qui parsèment l'océan Pacifique, elle est l'une des plus grandes et l'une des rares à posséder  un port naturellement profond. crédit photo : DR
L'île de Guam a toujours constitué un enjeu stratégique pour les grandes puissances régionales, car de toutes les îles qui parsèment l'océan Pacifique, elle est l'une des plus grandes et l'une des rares à posséder un port naturellement profond. crédit photo : DR
Îles Mariannes

Une multitude de rêves a toujours son île, dans un océan d'éléments artificiels et naturels. Le versant naturel des îles Mariannes est sublime et concerne les îles du nord de l'archipel. Le versant artificiel est représenté par l'île de Guam où l'une des plus grandes bases américaines des îles du Pacifique est installée.
D'après l'archéologue Paul Rainbird, parmi toutes les îles du Pacifique, c'est l'archipel des Mariannes qui aurait été le premier peuplé, par les Chamorros venus d'Asie du Sud-Est, il y a 4 500 ans. Comme toujours, la langue est le facteur déterminant pour valider cette hypothèse, puisqu'il s'agit d'un idiome de souche austronésienne dont l'origine est Taïwan. De plus, les Chamorros cultivaient le riz.
Selon la légende chamorro racontée par l'historienne Anne Perez Hattori, la terre fut créée par un frère, Puntan, et sa sœur, Fu'una. Elle détacha une à une les parties du corps de son frère pour façonner le monde. Un des yeux de Puntan servit à créer le soleil, l'autre la lune. Fu'una transforma les sourcils de son frère en arc-en-ciel et son dos forma la terre. Puis, Fu'una se jeta dans la terre et créa le rocher de Fouha d'où émergèrent les premiers humains.
Les îles Mariannes font partie de la Ceinture de feu de l'océan Pacifique. Elles sont formées par une quinzaine de montagnes volcaniques dans le nord-ouest. Mais l'endroit le plus mystérieux de la planète demeure la fosse des Mariannes, l'endroit le plus profond du monde, "challenger deep" à -10 994 m de profondeur. Il a été immortalisé il y a peu par le cinéaste James Cameron qui, à bord de son sous-marin Deepsea Challenger, est descendu à -10 898 m.
L'archipel fut nommé les îles Larrons par Magellan en 1521, puis renommé par les jésuites espagnols Mariannes, en l'honneur de Marie-Anne d'Autriche. Pendant la Première Guerre mondiale, l'archipel des Mariannes fut vendu aux Allemands, puis conquis par le Japon et récupéré par les États-Unis en 1944. Ce n'est qu'en 1976 que les Mariannes du Nord obtinrent le statut de "Commonwealth Américain" sauf pour l'île de Guam qui reste, encore aujourd'hui, directement rattachée aux États-Unis.
L'île de Guam a toujours constitué un enjeu stratégique pour les grandes puissances régionales, car de toutes les îles qui parsèment l'océan Pacifique, elle est l'une des plus grandes et l'une des rares à posséder un port naturellement profond. On comprend aisément que l'installation d'une énorme base américaine, mettant à portée de missiles non seulement la Corée du Nord mais aussi la Chine et la Russie, peut poser un certain nombre de problèmes existentiels !
L' ''Andersen Force Base'' compte plus de 6 000 militaires américains, des sous-marins, des bombardiers B-52 et sert de port d'attache à des dizaines d'unités de l' ''United States Pacific Command''. Elle a aussi la possibilité d'accueillir des B-2 et les porte-avions de l'US Navy. C'est donc une menace bien réelle pour ses voisins. On comprend mieux ainsi la position dure de Kim Jong, ce qui arrange bien la Chine et la Russie qui, à défaut, se retrouveraient face à face avec les États-Unis.
Guam rencontre des difficultés internes et identitaires. Sa volonté d'indépendance est de plus en plus forte. Les habitants de Guam sont considérés comme des citoyens américains. On y parle l'américain bien sûr, mais aussi le chamorro. Cependant, ils n'ont pas le droit de vote aux élections américaines, pas plus qu'au vote pour les textes de loi les concernant. Une "dictature douce" dans la démocratie, le rêve américain.
Au forum des articles de rédactions, les journalistes sont, quant à eux, dubitatifs et pris au dépourvu entre la folie et la répression de la Corée du Nord et la liste des agressions des États-Unis contre cette même Corée qui, rappelons-le, a quand même été dévastée dans les années 1950 par les bombes américaines. Nous voilà, selon le journaliste Pierre, confrontés au choc des titans : à ma droite, le maître absolu des forges de l'ouest, le cheveu jaune et l'œil bleu acéré, j'ai nommé le Grand Donald ; à ma gauche, un petit maître de forge, le cheveu noir en brosse et l'œil satisfait. Ces deux-là voulant se faire une guerre nucléaire, rien que ça ! C'est un miracle de la nature que certains individus arrivent à passer le cap de la puberté. Nous sommes devenus les spectateurs effarés de ces attitudes juvéniles.

Archipel de Palaos: l'ensemble de la zone économique de Palaos (en Micronésie)  est un sanctuaire marin. crédit photo : DR
Archipel de Palaos: l'ensemble de la zone économique de Palaos (en Micronésie) est un sanctuaire marin. crédit photo : DR
Îles Marshall

Les Îles Marshall, ou plutôt The Republic of the Marshall Islands, sont indépendantes depuis 1990, suite à la ratification de fin de tutelle approuvée par le gouvernement américain. Ces atolls sont devenus tristement célèbres en raison des essais nucléaires menés par les États-Unis, notamment ceux de Bikini. Un jour férié a été décrété, le 2 mars, en "hommage aux victimes des essais nucléaires effectués dans la région". Les Îles Marshall dépendent économiquement des États-Unis, ainsi que pour leur défense.
Le 24 avril 2014, le gouvernement des Îles Marshall a déposé des requêtes contre neuf États auprès de la Cour internationale de justice (CIJ). Le gouvernement accuse les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde, la France, l'Angleterre, le Pakistan et la Corée du Nord de ne pas "s'acquitter de leurs obligations relatives à la cessation de la course aux armes nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire". La cour a admis que les plaintes contre le Royaume-Uni, le Pakistan et l'Inde sont recevables, car ces trois États ont accepté la compétence de la CIJ, ce qui n'est pas le cas des autres.
Dans cette histoire pesante, Louis Réard, un ingénieur automobile français qui avait le sens des affaires, a lancé en 1946 un maillot de bain "plus petit que le maillot de bain le plus petit au monde" (lequel était alors surnommé "atome", on croit rêver !). Il lui donna le nom de l'atoll où ont eu lieu les essais nucléaires : le bikini. Ce dernier a fait l'effet d'une bombe, mais ceci est un autre point de vue…

Îles de Micronésie

Particularité de Palau
Les États fédérés de Micronésie sont composés de 607 îles et atolls situés à l'est des Philippines et au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. De par sa situation géographique et l'étendue de sa ZEE, la Micronésie représente un enjeu majeur en matière de pêche. Il n'y a pas de partis politiques ; le seul ciment de la cohésion repose sur des alliances familiales et traditionnelles. Sans grand moyen de contrôle de sa surface maritime, soit 2 993 000 km2, la place est libre pour tous les excès.
La mer y est appauvrie et constamment pillée. Les États fédérés de Micronésie sont l'un des pays les plus pauvres du monde. Leur économie est essentiellement tributaire des aides extérieures (américaine et japonaise principalement) et industrielle : production d'huile de palme, textile, conserveries de thon.

Particularité de l'archipel de Palaos L'archipel de Palaos ou Belau dispose de l'un des niveaux de vie les plus élevés du Pacifique. Le secret est simple : une pêche industrielle interdite dans toute sa ZEE devenue "sanctuaire marin", une agriculture, une pêche artisanale locale, ainsi qu'un tourisme axé essentiellement sur l'environnement font des Palaos un des joyaux du Pacifique. La protection de l'environnement, qui est enseignée dès l'école primaire, est inscrite dans la constitution de cet État depuis son indépendance en 1994. Le site du lagon sud des îles Chelbacheb (445 îlots sur 100 200 hectares) est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco depuis juin 2012. Beauté des sites, paradis des plongeurs, une augmentation constante des touristes font des habitants de l'archipel des gens heureux. Pourquoi pas une voie et un exemple à suivre ?


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En 2020, on fait et on refait l’histoire !

En 2020, on fait et on refait l’histoire !
Qui dit nouvelle année, dit généralement nouvelles résolutions, c’est pourquoi nous avons le plaisir de vous annoncer, chers lecteurs et abonnés de Tahiti Pacifique, le lancement de la rubrique “Pages d’Histoire”, un nouveau rendez-vous mensuel dans votre magazine, en alternance avec “L’encrier de Tahiti”, une fenêtre littéraire qui sera ouverte dès le mois de février par Daniel Margueron, ancien enseignant en lettres et écrivain spécialisé en littérature francophone en Polynésie. “Pages d’Histoire” sera réalisée par Jean-Marc Regnault, agrégé et docteur en histoire, mais aussi chercheur associé au laboratoire “Gouvernance et développement insulaire” de l’Université de la Polynésie française. Après avoir publié une centaine d’articles et une vingtaine d’ouvrages consacrés à l’Océanie, il rédigera dans nos colonnes des sujets sur les figures emblématiques et les périodes phares qui ont fait l’Histoire du fenua après 1940. Cette série historique démarre avec un coup de projecteur sur le Conseil privé du gouverneur, qui était en réalité une aberration démocratique. D’autres articles suivront : "Les crises politiques de l’année 1952 (quand Tahiti riait, l’Assemblée représentative faisait grise mine)" ; "La signature de Gaston Flosse au nom de la France du Traité de Rarotonga sur la dénucléarisation du Pacifique Sud" ; "La décision de la France de construire l’aéroport de Faa’a (pour préparer le CEP ?)" ;
"La censure de JPK en 1988", etc. Autant de thèmes contemporains et sensibles, qui alimentent encore aujourd’hui la polémique et seront passés à la loupe de notre expert pour mieux comprendre l’actualité et l’appréhender.

Et puisque l’on parle de faire et refaire l’Histoire, 2020 sera une année riche en événements, pour ne pas dire atomique ! “Jamais, le sujet de la politique de dissuasion nucléaire, et des systèmes d’armes qui sont mises en œuvres dans ce cadre, ne sera autant présent dans l’actualité nationale, internationale et dans les enceintes internationales, notamment en raison d’anniversaires”, estime ainsi Jean-Marie Collin, le porte-parole et expert de la branche française d’ICAN (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) et chercheur associé auprès du think tank belge le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité). En effet, le 13 février 2020, la France “célébrera” le 60e anniversaire de son premier essai nucléaire ; du 27 avril au 22 mai, la 10e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire verra, sans grand suspense, une absence de consensus sur comment parvenir à mettre en œuvre l’article 6 (désarmement) de ce traité entraînant sa probable (malheureusement) perte de crédibilité ; les 6 et
9 août, Hiroshima et Nagasaki vont commémorer le 75e anniversaire de leur destruction par des armes nucléaires. En outre, l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des armes nucléaires est enfin envisagée en 2020.

Par ailleurs, sans nul doute, le discours de mi-mandat d’Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire, avec semble-t-il une tonalité très européenne, sera un moment-clé de l’évolution de la politique de la France. Localement, le Tavini Huiraatira, par la voix de Moetai Brotherson, n’a pas hésité à interpeller le président Macron sur la dépollution du site de Moruroa, dont le souhait exprimé dans un récent courrier est resté sans réponse. “Je lui porterai cette fois la lettre en main propre. Et lorsqu’il viendra chercher ses tiki et ses tīfaifai, ce serait bien qu’il en profite pour repartir avec ses deux avions remplis des déchets radioactifs”, a ironisé le député, à l’occasion d’une conférence de presse dénonçant la présence de tonnes de plutonium “dans le ventre de notre mère nourricière” après trente ans d’essais nucléaires. Oscar Temaru, le leader du parti indépendantiste, a ainsi fait un parallèle entre les fumées toxiques qui survolent notre région, suite aux incendies en Australie, avec les 46 tirs atmosphériques menés à Moruroa et Fangataufa, qui sont, selon lui, “la preuve concrète que la puissance des vents a pu transporter très loin les nuages radioactifs”. La visite express de M. Macron en Polynésie du 16 au 18 avril devrait donner le “la” à la musique qui va se jouer dans les années à venir. Bien sûr, les municipales en mars prochain pourraient apporter, elles aussi, leur lot de rebondissements et écrire de nouvelles pages de petites histoires qui font la grande.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt