“Le Covid a-t-il flambé en Polynésie après la venue d’Emmanuel Macron ?”, titrait, le 25 août dernier, le journal Libération. Une question que nous nous posions également dans notre précédent éditorial (lire TPM n° 459), tant le relâchement général des mesures prises dans le cadre de la visite présidentielle, en pleine crise sanitaire, nous avait surpris. Papouilles et bains de foule étant notamment au cœur du programme. Il n’y avait aucune hospitalisation à déplorer au fenua fin juillet, lors du passage du chef de l’État, et on en compte près de 400 aujourd’hui. Cependant, “cette théorie serait à relativiser, selon des chiffres communiqués par la Direction de la santé”, rapporte le quotidien. Soit.
Mais le doute semé désormais par le site Mediapart au sujet de la date de vaccination de Macron suscite de nouvelles interrogations. D’après un article daté du 26 août et intitulé “Imbroglio autour de la vaccination de Macron”, le président de la République française avait annoncé s’être fait vacciner le 31 mai 2021, mais, d’après les données de l’Assurance-maladie, il aurait été vacciné le 13 juillet, après son allocution officielle sur le passe sanitaire. Emmanuel Macron aurait-il pu mentir sur sa véritable date de vaccination ? L’Élysée évoque une “erreur” dans la transmission des informations. Nous l’espérons, car, dans le cas contraire, cela signifierait que le Président n’avait pas achevé son parcours vaccinal avant son voyage en Polynésie…
Aussi, le plus troublant reste que les documents de Brigitte Macron, eux, ont bien été enregistrés dès le 31 mai ! La vérité tombera, mais, malheureusement, elle n’effacera pas le lourd tribut tant social qu’économique que les Polynésiens doivent payer en raison de cette gestion chaotique de la crise sanitaire menée par le Pays et l’État.
D. S.
Après six années de combat, la SCI Pont de la Fautaua a remporté une première victoire en justice face à la Société d’information et de communication (SIC) qui édite La Dépêche de Tahiti, en obtenant la résiliation du bail de location de l’ancien siège du quotidien, dont elle est propriétaire. Souvenez-vous, en mars 2020, nous épinglions le patron du journal, M. Auroy, en première de couverture (“Attrape-moi, si tu peux !”, TPM
n° 428, voir ci-contre). Réputé pour être “un mauvais payeur”, l’homme d’affaires ne respectait pas le plan de continuation exigé par le tribunal mixte de commerce et voyait son entreprise menacée de liquidation judiciaire. Parallèlement, la veuve de Philippe Mazellier, le fondateur du titre historique, attaquait le groupe de presse en justice au nom de la SCI Pont de la Fautaua, pour “défaut de paiement des loyers”. Dans un entretien exclusif, Victoria Mazellier nous confiait réclamer à la SIC le remboursement d’environ 70 millions de Fcfp pour défaut de créances et occupation illégale des locaux depuis 2015, sans compter les indemnités. La propriétaire associée s’insurgeait alors du non-respect du bail commercial par son locataire, et ce malgré une réduction du loyer mensuel (passé de 1,2 million de Fcfp à 900 000 Fcfp) : “Comment se peut-il qu’un homme de la sorte puisse agir en toute impunité ! Que fait la Justice ?”
Finalement, le 18 août dernier, le tribunal de première instance a condamné la SIC à régler environ 60 millions de Fcfp d’arriérés de loyers, la moitié de la somme étant intégrée au passif de la société dans le cadre de son redressement judiciaire, tandis que l’autre est exigible immédiatement avec “exécution provisoire de la décision”. Le tribunal a également ordonné l’expulsion de “tous les occupants” de l’immeuble. Si la rédaction du journal a déjà emménagé dans l’un des fiefs d’Auroy, dans la commune de Arue, une poignée de salariés résident encore au premier étage. Selon nos informations, leur évacuation devrait être officiellement signifiée le 13 septembre prochain, par voie d’huissier. Mais il se murmure que leur employeur peine à leur trouver des postes de travail décents, le reste du personnel (journalistes, commerciaux, animateurs radio) étant déjà serré comme des sardines…
Reste à la Fautaua un grand bazar, avec un deuxième étage désormais vide, mais dont “du matériel a été dégradé”, tandis que le mobilier qui devait être débarrassé a été “entreposé au sous-sol”. Quid aussi de l’énorme rotative qui se trouve au rez-de-chaussée ? La société Rotative Labeur ayant été liquidée, sera-t-elle démantelée ? On peut en douter, car une telle opération serait très onéreuse. “Si elle n’a pas été récupérée, l’huissier considérera que c’est un abandon de matériel”, tranche la SCI Pont de la Fautaua. Et d’expliquer : “L’huissier est important pour qu’il constate après le délai imparti de huit jours, de l’occupation des locaux et de l’abandon des équipements, de la rotative et autres choses... mais aussi de l’état de dégradation dans lequel M. Auroy a laissé travailler ces employés et abandonné l’immeuble…” Satisfaite de récupérer définitivement ses locaux, la SCI Pont de la Fautaua ne se fait néanmoins pas trop d’illusions quant au remboursement des dettes par la SIC, qui non seulement devrait faire appel de cette décision de justice mais, surtout, ne peut voir actuellement ses comptes saisis avec une limite de son déficit bancaire qui plafonnerait à moins de 500 000 Fcfp, d’après nos renseignements.
Dominique Schmitt
Et voilà ! Le couperet est tombé vendredi 13 août. Nombre de foyers en Instruction en famille (IEF) sont sous le choc. Le droit à instruire leurs enfants de la manière qui leur semble la plus adaptée leur est retiré dès la rentrée 2022-2023. Après des mois de suspense et de mobilisation de la part des familles et associations IEF, c’est la déconvenue et l’incompréhension. Le Conseil constitutionnel a validé le texte présenté, dans son intégralité, faisant ainsi passer l’IEF d’un régime de déclaration (liberté) à un régime d’autorisation.
En Polynésie, nous ne semblons pas encore concernés par cette loi, bien que l’assemblée prévoie une réunion avec les inspecteurs académiques, entre autres, pour discuter des motifs justificatifs d’IEF au fenua. Pour plus d’informations, nous vous invitons à lire notre dossier complet dans le TPM n° 452.
V. L.
“Te Aoatakuà O Hiva”, c’est le nom de la première fresque murale d’envergure des îles Marquises, créée à l’initiative de la commune de Hiva Oa, en partenariat avec le festival Ono’u, pour illustrer toute la biodiversité de la Terre des Hommes, sur le grand mur de 15 mètres de long attenant à la salle omnisports d’Atuona. Inaugurée en présence du président Emmanuel Macron le 25 juillet dernier, cette œuvre est le fruit d’une collaboration artistique 100 % locale, réunissant trois artistes polynésiens talentueux : Richard Barri, Heiarii Metua aka Rival et Sarah Viault.
L’œuvre met en scène une danseuse de Haka Manu exécutant l’emblématique danse marquisienne de l’oiseau. Elle est entourée d’une représentation de huit espèces d’oiseaux menacées des îles Marquises et d’Europe, parmi lesquelles sont visibles, de gauche à droite de la fresque : le monarque des Marquises, le Pati’oti’o, le Pihiti de Ua Pou, le Kotue de Hiva Oa, le Pahi de Tahuatu en écho au martin-pêcheur européen lui faisant face, ainsi que le Upe de Nuku Hiva et le Oma’oa ke’e ke’e de Fatu Hiva.
D. S.
Opposée à la création d’une porcherie industrielle sur le plateau de Taravao, l’association Parutu Te Arutaimareva a obtenu du tribunal administratif, le 10 août dernier, la mise en veille du projet. Les juges des référés ont prononcé la suspension de l’arrêté n° 4791 MCE/DIREN du 3 mai 2021 autorisant la Scea Polycultures à installer et exploiter un élevage de porcs, commune de Taiarapu-Est, établissement de la première classe des installations classées pour la protection de l’environnement. Engagé dans un bras de fer depuis 2018, le collectif interdisciplinaire s’inquiète des “conséquences désastreuses et inévitables de ce projet”.
En effet, l’arrêté d’autorisation d’exploiter envisageait notamment : un élevage de 1 844 bêtes adultes ; un incinérateur pour les porcs morts durant le cycle d’élevage ; le stockage de tous les effluents sous les animaux dans des fosses et pré-fosses d’un volume total de 900 m3. Or, d’après les experts, les ouvrages semblent sous-dimensionnés et le stockage de lisier brut pourrait engendrer le dégagement rapide et important de gaz de fermentation. Aussi, l’imperméabilité des sols et la pluviométrie sur le plateau de Taravao ne permettraient pas un bon épandage du lisier.
De quoi faire “grogner” les résidents et surtout les riverains !
”Désormais, notre travail continue, puisqu’il nous faut aller au fond”, explique le collectif.
D. S.
Pour sa 3e édition, qui aura lieu du 1er au 30 avril 2022, la Journée mondiale de l’art invite les artistes du fenua à réfléchir aux “Correspondances vibratoires de nos écosystèmes“. Toujours sous le commissariat d’exposition de Here’iti Vairaaroa et de Valmigot, mais avec un troisième commissaire de choc, Viri Taimana, le WAD Tahiti surprend en se déployant de l’innovant écomusée Te Fare Natura jusqu’à Te Fare Tauhiti Nui avec la complicité de Brigitte Bourger. Indéfectible partenaire, la galerie Winkler proposera sa propre sélection. L’audacieux Centre Tschan entre également dans la danse, poussant toujours plus loin les limites de l’art. “ECOH“ (“Eco pour écosystèmes et H pour humanité, humain, humanisme, mais le « H » est aussi une lettre miroir, qui se fait « écho” par elle-même en symétrie. Et puis bien sûr ECOH, si on mélange les lettres, devient ECHO“, détaille Valmigot) rebondira de Moorea à Tahiti, et plus encore !
Règlement sur demande à wad.tahiti@gmail.com
D. S.
Dans son ouvrage La Littérature irradiée - Les essais nucléaires en Polynésie française au prisme de l’écriture, Andréas Pfersmann confronte trois corpus de textes inspirés du Centre d’expérimentation du Pacifique : des romans d’espionnage, dus essentiellement à des écrivains de l’Hexagone, deux romans néo-zélandais et des textes d’écrivains autochtones de Polynésie française hantés par Moruroa. Professeur de littérature générale et comparée à l’Université de la Polynésie française (UPF) et membre du laboratoire EASTCO (Équipe d’accueil “Sociétés traditionnelles et contemporaines en Océanie”), l’auteur ne s’intéresse pas aux essais eux-mêmes, mais à la représentation littéraire de leurs conséquences sociales, politiques, sanitaires et environnementales dans la fiction, la chanson ou la performance.
D. S.
b[Maître de conférences émérite et chercheur à l’Université de la Polynésie française, Jean-Marc Regnault publie aux éditions ‘Api Tahiti, dès le 3 juillet, un nouveau livre intitulé Le nucléaire en Océanie – Histoire des essais atmosphériques (1946-1974). La présentation de l’ouvrage est bâtie sur le schéma de la collection “Tahiti, tu connais ?”, à savoir une présentation simple des problèmes sur une page de gauche, et des documents, illustrations et commentaires sur une page de droite. ]b
Si les conséquences sanitaires des essais nucléaires sont abordées, l’historien n’a “pas voulu entrer dans les polémiques sur la dangerosité des doses puisque même les savants spécialistes ne sont pas d’accord entre eux”. Il précise cependant : “Mais les documents sont suffisamment parlant pour dénoncer l’absence de précautions prises par les ingénieurs de l’Armée et du CEA, pour dénoncer les mensonges répétés et l’absence de respect des volontés des Polynésiens (après manipulations des esprits).”
L’auteur, qui espère que son livre sera accessible à tous, nous présente son travail.
Quels sont les grands axes de cette publication ?
“Les essais atmosphériques américains, britanniques et français sont étudiés pour montrer la tendance lourde à utiliser le Pacifique pour les essais en négligeant souvent les populations locales, leur santé et leur environnement. Il fallait présenter le contexte historique qui explique que les grandes puissances ci-dessus aient tenu absolument à se doter de l’arme atomique.
Les essais français sont étudiés plus en profondeur. Pourquoi la France est-elle venue les réaliser en Polynésie ? Comment s’y est-elle prise pour faire accepter l’inacceptable aux Polynésiens ? Quelles ont été les “complicités” qui ont permis cette installation ?
Si on peut comprendre la nécessité pour la France de se doter de l’arme nucléaire, il est plus difficile d’admettre les mensonges des plus hautes autorités de l’État dès avant l’installation en Polynésie, les manipulations de l’opinion publique et des élections pendant les essais qui sont étudiées à l’aide de documents objectifs.
Et surtout les conséquences politiques, sociales, économiques et sanitaires de ces essais sont présentées sous toutes leurs facettes.”
Qu’apprend-on de nouveau ?
“Les nouveautés sont les suivantes :
- une chronologie serrée des décisions qui, depuis 1957, destinaient la Polynésie à accueillir le CEP (en utilisant des documents d’archives déjà présentés dans mes livres précédents, ceux que Bruno Barrillot avait dévoilé et d’autres originaux consultés avec dérogations) ;
- une étude de la pensée du général de Gaulle avec des révélations sur la façon dont il a abordé les problèmes nucléaires ;
- la manipulation des esprits qui ne respectait pas la démocratie dont la France s’honore pourtant ;
- l’analyse des parcours politiques d’hommes dont on ne connaissait jusqu’ici que superficiellement l’itinéraire : Henri Bouvier (sur lequel on n’insistera jamais assez), John Teariki et Francis Sanford qui s’appuyaient sur le premier après avoir hésité à condamner le CEP, Jacques-Denis Drollet et Gérald Coppenrath qui se rallient à la défense du général de Gaulle par fidélité, pour ne citer que les principaux ;
- une prise de distance avec le livre Toxique, qui est plus un coup médiatique qu’une étude sérieuse menée par des auteurs qui ignorent trop de choses sur la Polynésie et sur les études menées par la Commission d’enquête de l’APF en 2005.”
Dominique Schmitt
Dans le cadre de son action de lutte contre la maltraitance animale, l’Alliance pour le respect et la protection des animaux de Polynésie (ARPAP) a réalisé un kit juridique afin “d’informer sur les lois et aider ceux qui veulent agir en justice à le faire”. Le kit comprend notamment un document d’information complet, un mémento juridique, un guide et modèle de courrier pour les plaintes, etc. L’objectif est double : “Aider chacun à pouvoir exercer ses droits de citoyen mais aussi encourager les autorités à exercer des contrôles, intervenir et interpeller les contrevenants”.
D. S.
Dans le cadre du “Plan d’innovation Outre-mer” (PIOM), la déclinaison ultramarine du Programme d’investissements d’avenir (PIA) – mis en place par l’État pour financer des investissements permettant à la France d’augmenter son potentiel de croissance et d’emplois –, un premier appel à manifestation d’intérêt a été lancé. Doté de 1,9 milliard de Fcfp, l’objet du PIOM est de financer des projets répondant aux besoins et spécificités de chaque territoire ultramarin en matière d’innovation et de recherche. Le projet dénommé Nāhiti conduit par le consortium de recherche polynésien RESIPOL (Recherche enseignement supérieur innovation pour la Polynésie) est ainsi lauréat du premier appel et bénéficiera d’une enveloppe de 11,6 millions de Fcfp. Un communiqué explique : “Au travers de l’engagement de son chef de file, l’Université de Polynésie française (UPF), RESIPOL rassemble dans ce projet inédit les acteurs locaux de la recherche (CNRS, Ifremer, ILM, IRD et UC Berkeley) et les acteurs privés du monde de l’entreprise et de l’innovation (French Tech Polynésie, CCISM, Cluster maritime). Ce soutien financier va permettre de lancer la première phase d’ingénierie du projet Nāhiti et ainsi lui donner les plus grandes chances de succès en vue du second appel à projets qui sera lancé en 2022.” Une première étape dans la transformation durable des conditions de développement des projets innovants en Polynésie est franchie.
D. S.