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Nucléaire : encore un prix pour "Bons baisers de Moruroa"

Présenté lors du Festival international du film documentaire océanien (Fifo) 2017, le métrage explosif de Larbi Benchiha a reçu le premier prix au Festival international du film de l'uranium à Berlin. Dans Bons baisers de Moruroa, le cinéaste pointe du doigt les conséquences des essais nucléaires dans le Pacifique. Quels sont les impacts sanitaires réels sur les populations présentes lorsque ces tirs ont été effectués à Moruroa et Fangataufa (193 essais, dont 46 aériens) ? C'est une question épineuse à laquelle le réalisateur, un Franco-Algérien né et ayant grandi dans un camp de regroupement en Algérie, s'est évertué à répondre en rencontrant notamment les cofondateurs de l'association Moruroa e Tatou : les regrettés Bruno Barrillot (ancien délégué pour le suivi des conséquences des essais nucléaires) et John Taroanui Doom (interprète du ministre de la France d’Outre-mer, Pierre Billotte, lors du lancement de la première bombe française, sur l’île de Mangareva), mais aussi Roland Oldham (président de l'association Moruroa e Tatou).
Sans détour, des témoins qui ont vécu cette "expérience" racontent leur ignorance des dangers qui les guettaient et les mystères entretenus par leur hiérarchie. Victimes aujourd'hui de diverses pathologies et de malformations génétiques, leur vie a radicalement changé, elle ne sera plus jamais la même. Ce documentaire a également été récompensé, le 3 mars dernier, lors de la 25e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso.
DS




Patience est mère de sûreté

De l’audace demandions-nous dans notre dernier édito, mais pour cela il faut croire que l’on devra attendre. Par une conjoncture internationale et nationale plus favorable, par des mesures locales fortes, comme le pacte de stabilité fiscale, le Pays continue son timide redressement. Le gouvernement d’Édouard Fritch joue les bons pères de famille en surfant sur cette vaguelette, attendant patiemment des jours encore meilleurs, susceptibles de commencer à régler le gros point noir de cette gouvernance : l’emploi. Le budget 2018 va continuer à actionner les mêmes leviers que ses prédécesseurs. Hier, le Débat d’orientation budgétaire a été examiné en commission législative avant d’être à l’ordre du jour de la séance plénière du 26 octobre. Si la situation s’améliore, accompagnons-la, plutôt que de se lancer dans des mesures hasardeuses dont les effets pourraient être contre-productifs, doit-on penser du côté de la Présidence. La semaine prochaine l’opposition, ne manquera pas, qui de rappeler les carences du gouvernement en matière sociale, qui de rappeler
que ce Pays ne pourra véritablement
avancer qu’au prix d’une indépendance.
À défaut d’audace, certains aimeraient que le gouvernement réponde à ses engagements et ses obligations. La population reste toujours suspendue aux annonces "urgentes et drastiques de 2015" concernant la réforme de la Protection sociale généralisée. Il faudra encore faire preuve de patience, certainement après l’adoption du budget, pour connaître l’ampleur de la réforme, au moins sur les retraites qui, peut-être en raison d’une situation de déficit amoindri pour cette fin d’année, pourrait être moins sévère que prévu.
Wait and see.
La société Viti a quant à elle perdu patience dans l’attente d’une décision non rendue à l’issue du délai d’instruction légal. Pas de troisième licence mobile pour cette société qui a décidé de porter plainte auprès du tribunal administratif. Une occasion rêvée et peut-être attendue par le gouvernement pour laisser agir la justice, pendant ce temps-là…

Mais Édouard Fritch ne peut être partout. Dans un agenda surchargé de président,
il a dû se rendre il y a bientôt deux semaines à New York, bien seul pour défendre sa vision sur la situation statutaire du Pays. Trop seul ? En tout cas, il aurait aimé un peu plus de soutien de la part de l’État. Une présence souhaitée aussi par les indépendantistes.
L’État, justement, dont le premier représentant ici, René Bidal, se satisfait des chiffres stabilisés, voire en baisse, de la délinquance. Il faudra donc que les revendications syndicales pour plus de force publique prennent patience, tout comme 1 700 fonctionnaires d’État, pour obtenir une réponse de la métropole, qui ont répondu à la grève générale du 11 octobre.
Pour terminer sur une note humoristique, et pour rebondir sur cette grève, permettez-moi et excusez-moi de reprendre la citation de l’académicien Jean d’Ormesson : "Les syndicalistes sont tellement habitués à ne rien faire que lorsqu'ils font grève, ils appellent cela « une journée d'action »."

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier