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Plateau de Taravao : la porcherie industrielle (re)pointe le bout de son groin…

Crédit photo : DR
Contre toute attente, le projet d’installation d’une porcherie industrielle sur le plateau de Taravao revient sur le devant de la scène, malgré l’opposition importante de la population qui s’est exprimée et a été consignée dans les résultats de l’enquête commodo/incommodo de décembre 2018. L’Autorité polynésienne de la concurrence (APC) l’a relevé page 41, art. 107, dans son avis relatif à la situation concurrentielle dans la filière porcine du 7 mai 2020. Notre rédaction s’était déjà fait l’écho de cette polémique (lire Tahiti Pacifique n° 390 du 21 septembre 2018). Pourtant, le Journal officiel a publié l’arrêté n° 4791 MCE/DIREN du 3 mai 2021, autorisant la SCEA Polycultures à installer et exploiter un élevage industriel de porcs, commune de Taiarapu-Est, établissement de la première classe des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Fort d’une pétition de 8 042 signataires s’opposant à cette initiative et soutenu par les maires des communes de Taiarapu-Est et Ouest, le collectif interdisciplinaire, qui avait organisé une marche de protestation en 2018, s’interroge et remonte au créneau, dénonçant “les conséquences désastreuses et inévitables de ce projet”.

Que s’est-il donc passé entre 2018 et 2021 ? Selon nos informations, le rapport du commissaire enquêteur n’a pas été communiqué au public ni les avis des deux communes (rapport du commissaire enquêteur non communiqué, n°262 DIREN/AR du 23 janvier2019 et avis Taiarapu-Est n°310 DIREN/AR du 25 janvier 2019 et Taiarapu-Ouest n° 1369 DIREN/AR du 29 mars 2019). Pour autant et malgré cette opposition, le dossier a continué à être instruit par la Direction de l’environnement (Diren) pendant deux années avec de nombreux mémoires en réponse de la part du porteur de projet. Il semblerait qu’au bout de ces deux années, la commission des ICPE ait finalement émis un avis favorable en date du 8 décembre 2020. Il est alors troublant de noter que depuis 2018, il n’y a plus de membre de la société civile dans cette commission (notamment des associations de défense de l’environnement), donc seules les administrations décident de donner ou pas une autorisation. L’avis de la population et des communes a-t-il été pris en considération lors de cette commission deux ans après l’enquête ?
On peut en douter…
La nature du projet inconnue du public
Aujourd’hui, quel est exactement la nature du projet qui a été validé ? On ne le sait pas, car le public n’a pas accès aux pièces du dossier ! Seule la Diren sait ce qui a été autorisé, puisque l’arrêté précise que l’installation doit être implantée, réalisée et exploitée conformément aux plans et documents joints à la demande (les fameux documents transmis depuis deux années à la Diren sans que le public en soit informé). L’arrêté d’autorisation d’exploiter nous donne quelques éléments de réponse : l’élevage porte sur 1 844 bêtes adultes ; un incinérateur est prévu pour les porcs morts durant le cycle d’élevage ; tous les effluents seront stockés sous les animaux dans des fosses et pré-fosses d’un volume total de 900 m3.
Or, d’après les experts, les ouvrages semblent sous-dimensionnés et aucun élevage en Polynésie n’utilise cette technique pour la gestion des effluents, et ce pour des raisons simples. En premier lieu, le stockage de lisier brut va engendrer le dégagement rapide et important de gaz de fermentation (bonjour les odeurs pour les riverains !). Aussi, le terrain sera favorable à la multiplication des larves de mouches. Surtout, l’imperméabilité des sols et la pluviométrie sur le plateau de Taravao ne permettra pas un bon épandage du lisier. Ainsi, le collectif s’inquiète de ce projet d’élevage porcin qui pourrait se faire aux dépens des habitants de la Presqu’île et de leur environnement. L’importante dévaluation des terrains construits et des zones constructibles suscite également l’appréhension des riverains, car le PGA de la commune de Taiarapu-Est est prêt mais n’est pas mis en application pour protéger ces biens...

Dominique Schmitt






Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT