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Sabena Technics inquiète pour son avenir

Crédit photo : DR
Cela fait deux semaines déjà que les salariés de l’antenne locale de Sabena Technics tiennent le piquet de grève. Une soixantaine d’emplois sur 95 seraient menacés par la perte du marché de l’entretien des aéronefs militaires basés à Tahiti-Faa’a, que la société assure depuis plus de vingt ans. Par avis d’appel public à la concurrence publié les 5 et 7 avril 2020, la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) du ministère des Armées a lancé une procédure en vue de la passation d’un marché public pour le maintien en condition opérationnelle et la gestion de fin de vie des avions Falcon 50M et Falcon 200 Gardian de la Marine nationale. Au terme des cycles de négociation, Jet Aviation France a été désignée, par la DMAé, attributaire dudit marché. En outre, le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête et les mémoires déposés en référé par Sabena Technics et demandé, au terme du 1er juillet 2021, que ce marché soit exécuté pour la part concernant les avions F200 Gardian déployés dans le Pacifique, sur le groupement aéronautique militaire de Faa’a, en Polynésie d’une part, et sur la base aérienne 186 de La Tontouta, en Nouvelle-Calédonie d’autre part.
Une décision qui suscite de nombreuses inquiétudes quant à l’avenir des employés. Aussi, il est alarmant qu’une entreprise privée, de surcroît étrangère (la société étant implantée en Suisse), puisse ainsi participer à ce qui relève a priori de la Défense nationale et prendre la main sur l’exercice des fonctions régaliennes : surveillances aérienne et maritime du pays, contrôle du trafic de drogues, participation aux opérations des élections avec parachutages des bulletins de vote, évacuations sanitaires d’urgence, maintien de souveraineté sur Clipperton, etc. On croise les doigts pour que la personnel local soit repris comme promis...

D. S.






Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT