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Six "oiseaux" de la rue prennent leur envol

Crédit photo : Dominique Schmitt
Si le Père Christophe est réputé pour ses "coups de gueule" sans langue de bois, il est aussi très prolixe lorsqu’il s’agit d’annoncer des coups de cœur ; c’est d’ailleurs le principe de ses "Humeurs du P.K. 0". C’est ainsi qu’il nous apporte un peu de chaleur en nous informant que six "oiseaux" de la rue ont "retrouvé le chemin de l’espérance" ces derniers jours. Deux d’entre eux ont bénéficié d’un Contrat d’aide à l’emploi (CAE) classique et se retrouvent ainsi embauchés dans leurs entreprises ; les quatre autres ont obtenu un CAE pro, spécifique aux sans-abri, mis en place par le Service de l’emploi, de la formation et de l’insertion professionnelles (Sefi), qui leur a permis ensuite d’entamer un CAE classique. "Reste pour eux, aujourd’hui, l’épineux problème du logement", souligne cependant le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete. Et de partager encore une bonne nouvelle : "Notre étudiante de la rue – même si désormais elle ne l’est plus – va décrocher sa licence en reo mā’ohi." Par ailleurs, Père Christophe nous fait part d’une "autre nouvelle réjouissante, tout en étant inquiétante" :
cinq personnes sans domicile fixe (SDF) ont "signé la Croix bleue pour arrêter de consommer de l’ice". L’homme d’église détaille : "Nous nous réjouissons de cette prise de conscience, et nous savons qu’ils seront fidèles à leur engagement ! Mais combien d’autres sont touchés par ce fléau ? Où se procurent-ils cette « merde » ? Là justement où il y a le projet de reconstruire le Centre de jour ! Tout ceci nous conforte dans l’idée qu’il faut absolument reconstruire l’Accueil Te Vai-ete ’āpī dans une zone moins peuplée… En tout état de cause, réjouissons-nous de cette dynamique qui se met en place au cœur même des sans-abri. Un travail de longue haleine… mais pas vain."

(D.S.)





"COVID-FREE" : ON SERRE LES FESSES !

La croisière n’amuse vraiment plus ! Alors que la Polynésie a fait le pari de rouvrir notre destination au tourisme international, il aura fallu seulement deux semaines pour qu’un premier cas de Covid-19 soit détecté au fenua, à bord du Paul Gauguin. Avant que la compagnie maritime ne soit informée de la présence d’une croisiériste américaine contaminée et ne décide de rentrer au port de Papeete, le navire a fait escale à Bora Bora où les passagers ont participé à des activités de loisirs, ce qui corse l’affaire et rend impossible la traçabilité exacte des personnes mises en contact. Depuis le 15 juillet, à grand renfort de slogan "Covid-Free", le Pays a décidé d’ouvrir les écoutilles, sans soumettre les visiteurs à une "quarantaine", et l’on peut sérieusement s’interroger sur la pertinence de miser sur le tourisme de masse, et notamment les paquebots où l’on vit à huis clos, quand les pays et territoires voisins du Pacifique ont choisi, eux, de s’isoler et de protéger leurs populations.
Force est de constater que le dispositif mis en place a des failles, même si l’on persiste à nous faire croire le contraire. C’est pourquoi le Pays et l’État ont annoncé l’instauration d’une troisième "barrière" de contrôle, pour les croisiéristes uniquement : en plus du test de moins de 72 heures avant l’embarquement vers la Polynésie et de l’auto-test au quatrième jour (sans oublier la fiche de suivi du voyage sur la plateforme Etis pour les visiteurs extérieurs), toute personne souhaitant monter à bord d’un navire devra effectuer un examen supplémentaire le jour-même, qui sera pris en charge par le gouvernement. En revanche, ni le haut-commissaire ni le président de la Polynésie ne songent à imposer un confinement à l’arrivée des touristes internationaux avant le résultat de leur auto-test au quatrième jour, "sinon ils ne viendraient pas"… De même, un dépistage à plus grande échelle pour la population n’est pas à l’ordre du jour. "On n’en a pas besoin parce que le virus ne circule pas", considère ainsi Hervé Varet, directeur de l’Institut Louis Malardé.
Aujourd’hui, près de 15 000 emplois sont en effet menacés, essentiellement dans le secteur du tourisme, tandis que de plus en plus de fare tournent au café-pain-beurre. En outre, "le Pays n’a pas les moyens financiers nécessaires pour continuer à soutenir" le monde du travail "à moyen terme", a concédé Édouard Fritch, d’où l’emprunt de 28,6 milliards de Fcfp (la moitié de nos besoins financiers réels) à l’État français, amortissable sur vingt-cinq ans. Mais, pour pallier la crise économique, on n’a donc pas d’autre choix que de parier sur notre bonne étoile ? Serait-on en train de jouer à la roulette russe sous nos tropiques ? Surtout qu’un deuxième cas de coronavirus a été décelé, lundi soir, chez un personnel naviguant d’Air Tahiti Nui, à quelques jours de la rentrée scolaire… Les autorités essaient de nous rassurer, mais en réalité on croise tous les doigts et on serre les fesses ! Que faire d’autre ? Prier peut-être ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT