Menu

Sous le sable et le corail, la radioactivité

Sous le sable et le corail, la radioactivité
La France, avec ses 210 essais nuclé-aires (17 au Sahara algérien entre 1960 et 1966, puis 193 en Polynésie de 1966 à 1996), n’a pas encore révélé tous ses secrets, comme l’expose une nouvelle étude "Sous le sable, la radioactivité ! Les déchets des essais nucléaires français en Algérie - Analyse au regard du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires", réalisée par Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, et Jean-Marie Collin, co-porte-parole de ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) France. Les deux auteurs affirment que les générations actuelles et futures, et par conséquent l’environnement du sud de l’Algérie, restent soumis aux déchets, notamment radioactifs, présents sur ces sites. Publiée par la Fondation Heinrich Böll, cette étude dresse ainsi un premier inventaire de ce qui a été volontairement laissé (déchets non radioactifs, matériels contaminés par la radioactivité, matières radioactives issues des explosions nucléaires) et enfouies sous le sable,"du simple tournevis contaminé par la radioactivité, aux avions et chars". L’analyse montre également comment le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui inclut des obligations positives (articles 6 et 7), est une réponse pour faire évoluer cette problématique humanitaire et sanitaire.

Et en Polynésie française ?

Dans le rapport, il est noté à propos des essais nucléaires en Polynésie : "Plus de vingt-cinq ans après, les atolls ont été certes « nettoyé » des déchets visibles, mais la radioactivité demeure au cœur des dizaines de puits creusés. L’atoll de Moruroa (dont une partie de l’île menace de s’effondrer, voir notre photo ci-dessous d’une faille sur le platier corallien, ndlr) nécessite désormais une surveillance constante. En effet, un système de surveillance géo-mécanique (programme Telsite) analyse en permanence les mouvements sismiques du lagon, celui-ci n’étant plus stable à cause des détonations nucléaires. Et de certifier : "Le risque est réel. Outre le relâchement d’une quantité astronomique de radioactivité dans le Pacifique, il existe aussi le risque, pour les populations civiles vivant aux abords du lagon de Tureia (situé à une centaine de kilomètres), de l’arrivée (en moins de dix minutes) d’une vague géante de 3 mètres. Les associations polynésiennes Moruroa e tatou et 193 travaillent activement pour que l’histoire ne soit pas oubliée et que les populations affectées puissent enfin être reconnues comme des victimes."

Une dépollution de "surface"

Aussi, que ce soit à Hao, Rikitea, Moruroa, Fangataufa ou Tureia, l’État français a réalisé simplement une dépollution "de surface" (retrait de camions, hangars, blockhaus, ferraille, etc.), visant à effacer plutôt les stigmates visibles de la période des essais nucléaires. Mais la radioactivité, elle, ne se voit pas… Lors de notre enquête à Hao (lire TPM n° 403 du 22 mars 2019), nous rappelions comment les avions militaires “Vautour” décollaient de l’atoll, avec notamment pour mission de prélever des échantillons dans le nuage radioactif pendant les explosions atomiques atmosphériques, puis revenaient sur zone afin d’être simplement “nettoyés” à grands jets d’eau, d’où la présence, aujourd’hui encore, de plutonium sous les dalles en béton. Cinq "Vautour" ont été tellement contaminés que l’Armée a dû les immerger dans l’océan. Malheureusement, à l’instar de ces petits coins de paradis sacrifiés, Hao a été un énorme dépotoir industriel : des fusées, des réacteurs et surtout de très nombreux fûts de déchets divers avec des potentialités de contamination radioactive se trouvent toujours sous l’eau. Quant aux sols, ils sont pollués par du plutonium, des métaux lourds, des hydrocarbures et du pyralène.
Que ce soit au Sahara ou en Polynésie française, le passé nucléaire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables ni immergé sous le corail. Quand est-ce que l’État français passe à l'action ?

Dominique Schmitt






Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT