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Vents contraires sur Mururoa, le nouveau livre de Ghislain Houzel

Vents contraires sur Mururoa, le nouveau livre de Ghislain Houzel
Son nom ne vous est certainement pas inconnu, et pour cause ! Cet ancien ingénieur à la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) nous a livré des confidences explosives dans notre édition spéciale consacrée au douloureux sujet du nucléaire (lire TPM n° 433 du 31 mai 2020). Après Secrets de Mururoa et Des nouvelles de Monsieur de La Pérouse, Ghislain Hozel a profité du confinement pour écrire un nouveau roman, cette fois historique, disponible sur Amazon. Dans Vents contraires sur Mururoa, il relate l’histoire extraordinaire et véridique de Samuel Pollend, un jeune juif anglais qui, en 1790, fut injustement condamné et envoyé au bagne pour un vol qu’il n’avait pas commis. En 1791, Samuel Pollend réussit à s’évader du célèbre bagne de Botany-Bay situé au sud de l’Australie. Cette passionnante histoire trouve son point d’orgue avec le naufrage sur l’atoll de Mururoa d’un baleinier anglais, La Matilda, qui repartait vers l’Angleterre et sur lequel Samuel Pollend avait réussi à se cacher… C’est sur ce même atoll, marqué par le destin, que deux siècles plus tard la France a expérimenté près de 200 bombes atomiques dont les explosions ont eu de très lourdes conséquences sanitaires et environnementales dans toute la Polynésie. Conséquences qui, aujourd’hui encore, sont bien loin d’être effacées…
Géophysicien de formation, docteur ès sciences, écrivain et conférencier, Ghislain Houzel a fait toute sa carrière au CEA. Dans le cadre de ses activités professionnelles, il a participé à la mise en œuvre des expérimentations nucléaires, qui, de 1966 à 1996, ont eu lieu sur les atolls de Mururoa et Fangataufa. Très attaché à la Polynésie où il réside souvent, il s’est passionné pour sa culture et son histoire. Depuis de nombreuses années, il s’est personnellement et courageusement engagé pour la défense des Polynésiens victimes directes ou indirectes des essais nucléaires effectués par la France. Selon nos dernières informations, l’auteur vient d’achever un nouvel ouvrage, Soleil noir à Mururoa, dans lequel il raconte “sous forme romancée, comment les trente années nucléaires ont été vécues et ressenties par les Polynésiens”. Le manuscrit vient d’être proposé à la maison d’édition Au Vent des îles pour une publication éventuelle.






Ice : le péril jeune…

Lithium de batterie, solvants industriels, ammoniac, iode, acide chlorhydrique… L’ice, appelée la “glace” dans le milieu, n’a rien à voir avec une petite douceur sucrée. Bien au contraire, en consommer équivaut à accepter d’en payer la note très salée ! Cette drogue de synthèse est entièrement fabriquée par l’Homme à partir d’éphédrine ou de pseudo-éphédrine – un décongestionnant nasal –, à laquelle des produits d’entretien domestiques dangereux sont rajoutés. Une seule prise peut rendre dépendant le consommateur qui, passés les sentiments d’euphorie et de surpuissance, sombre dans une violente descente aux enfers. Alors, pour quelles raisons la méthamphétamine, inexistante il y a encore une vingtaine d’années en Polynésie, touche-t-elle autant la population ? Hommes et femmes d’affaires, fonctionnaires, guides touristiques, sportifs de haut niveau… nul n’est épargné, toutes les tranches d’âges et les couches sociales sont en effet atteintes. Si les autorités considèrent qu’au moins 10 000 personnes au fenua ​prendraient de la méthamphétamine, ce chiffre semble largement sous-estimé ; 10 % des Polynésiens, au moins, seraient concernés, selon nos sources judiciaires.
Surtout, cette dope mortelle séduit de plus en plus les jeunes, qui ont troqué leurs pipettes de pakalolo contre celles de l’ice (“bubble”). Un constat très inquiétant sur le plan de la santé publique, et notamment de la santé mentale… Les dealers n’hésitent pas à rendre nos ados accros en leur fournissant des mini-doses, des “ten”, qui sont obtenus pour la modique somme de 10 000 Fcfp, tandis que le gramme d’ice se vend environ 120 000 Fcfp (le prix peut doubler en tant de crise). Pris ensuite dans l’engrenage, ils ont beaucoup de mal à décrocher, cette drogue extrêmement addictive aux conséquences dévastatrices étant plus puissante que le crack ou la cocaïne. En réalité, c’est une nouvelle forme de délinquance qui apparaît, très structurée. L’économie liée au business de l’ice génère tellement de profits qu’elle fait vivre des familles entières. Aussi, alors que la crise sociale frappe le fenua, l’appât du gain est si élevé que les trafiquants prennent tous les risques et s’appuient sur des petites mains ou d’anciens prisonniers recrutés en prison, qui deviennent rapidement des “mules”.

Au moment où le Pays et l’État lancent (enfin !) un plan d’actions 2021-2022 “Combattre le fléau de l’ice”, la rédaction de Tahiti Pacifique s’est mobilisée pour agir, elle aussi, et lutter contre ce poison qui détruit la jeunesse polynésienne. Après plusieurs mois d’investigation, nous vous proposons une édition spéciale sur ce sujet d’une priorité absolue. Enquête, chiffres, interviews du procureur, du patron de la DSP, de médecins psychiatres, mais également témoignages d’anciens consommateurs ou de dealers… C’est un dossier de 20 pages que TPM a réalisé pour comprendre et mieux appréhender ce véritable enjeu de société ! La question de la prise en charge des malades est cruciale. Les consommateurs souffrant de pathologies psychiatriques doivent attendre en moyenne quatre mois avant d’obtenir un rendez-vous au Centre hospitalier de Taaone. Quant au Pôle de santé mentale, il tarde à voir le jour. Aujourd’hui, seul le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT) accueille des personnes dépendantes à l’ice, souvent des polyconsommateurs, paka et ice, âgés entre 20 et 40 ans. La création prochaine d’un centre post-cure à Taravao, comprenant huit lits dédiés au sevrage, devrait enfin apporter une bouffée d’oxygène aux professionnels de santé, mais cela ne saurait suffire… Il est primordial de se donner les moyens de sauver notre jeunesse en péril et lui redonner la joie de vivre.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT