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Blouses blanches d’aujourd’hui = dames blanches d’hier ? = ‘oromatua d’avant-hier ?

En cette période de pandémie et d’hôpitaux submergés, nous assistons à un étrange phénomène de substitution des personnages cristallisant les peurs enfantines et adultes d’hier et avant-hier.



Durant mon enfance, une “dame blanche” fit son apparition dès la nuit tombée, faisant parcourir le dos de frissons. (Illustration : Manao tupapau, Paul Gauguin, 1893i[)]i
Durant mon enfance, une “dame blanche” fit son apparition dès la nuit tombée, faisant parcourir le dos de frissons. (Illustration : Manao tupapau, Paul Gauguin, 1893i[)]i
En cette période de pandémie et d’hôpitaux submergés, nous assistons à un étrange phénomène
de substitution des personnages cristallisant les peurs enfantines et adultes d’hier et avant-hier.
Avant l’arrivée des Européens, les ’oromatua oriori noa et les ’aiaru nihororoa, portaient les craintes et terreurs nocturnes et parfois diurnes. Il s’agissait d’esprits de défunts, ’oromatua, dont les rituels d’inhumation n’auraient pas été respectés et/ou qui auraient succombé à une mort violente. Aussi, au lieu d’évoluer en ’oromatua maitata’i, bons esprits familiaux protecteurs, ils devenaient errants = oriori noa, parfois bons, parfois méchants, ou directement affublés de dents longues pour mieux dévorer : ’aiaru nihororoa.
Je suppose qu’en 1767, avec ses canons mousquets et mitraille, tonnant et crachant du feu comme s’ils avaient maîtrisé la foudre, détruisant et tuant à distance, Wallis leur a fait découvrir des démons plus terrifiants encore. La vitale et précieuse flotte de pirogues, produit d’un patient et exigeant labeur collectif et de soins permanents, fut sauvagement détruite en quelques instants. De vaillants guerriers armés de lances et de frondes furent abattus sans même avoir pu plonger leur regard dans les yeux de leurs tueurs étrangers qu’ils voulaient empêcher de débarquer.

À partir de ce moment-là, les maladies épidémiques déferlèrent sans discontinuer jusqu’en 1967 environ, favorisant le recours aux croyances de ceux qui ne mouraient pas. Doctement, les frayeurs furent détournées vers les ancêtres vaincus, mais étrangement affublés de puissants pouvoirs maléfiques ! Leurs descendants furent éduqués à maudire ceux à qui ils devaient la vie et les gestes de survie en ’etene ; de l’anglais heathen = païen. Ce mot de mépris des classes sociales supérieures anglaises envers leurs paysans fut inoculé dans la société polynésienne, où son synonyme aurait été vao = marginal du fin fond des vallées. Dans une démarche totalement dépourvue de charité chrétienne, ce mot fut scellé dans la langue tahitienne porteuse de joie d’être au monde pour induire le mépris de soi. D’enfants de divinités, les insulaires devinrent descendants de démons. Ce mot poursuit son œuvre funeste en 2021, comme en témoignent deux jeunes Polynésiens sur Facebook, persuadés que ce mot était tahitien. Ils furent irrités de mon intervention les enjoignant à vérifier le sens et l’origine de ce vocable pour le renvoyer à l’expéditeur et s’en libérer.
Durant mon enfance, avec les classiques ’oromatua = tupapa’u, une “dame blanche” fit son apparition dès la nuit tombée en certains lieux, faisant se dresser nos cheveux sur le crâne, parcourir le dos de frissons et hérisser nos peaux en chair de poule.
Plus tard, à Montpellier, je découvris que les Héraultais avaient eux aussi une dame blanche. Elle apparaissait sur la route de Montpellier-Sète certaines nuits ! Celle d’ici se manifestait sous les purau, Hibiscus tiliaceus des rivages.
Ainsi, se confirmait ce à quoi mes lectures de contes et romans m’avaient préparée : les craintes et terreurs des humains sous tous les cieux sont cousines. Ce sont quasiment les mêmes.
Aussi ne suis-je pas trop étonnée d’assister à des comportements mortifères et quasi suicidaires dans bien des groupes humains partout sur la planète. Alors qu’un virus sème la souffrance et la mort, mute en formes de plus en plus virulentes, ici et ailleurs, une partie de la population se mobilise pour combattre non pas l’agent mortel, mais le remède salvateur... Avec des effets dévastateurs exponentiels.

Recettes miracles à base de plantes

Ceux qui parmi elles et eux acceptent de se concentrer sur le
sujet vaccin, de sa définition, son histoire, son rôle dans l’éradication de la variole, de la polio et autres maladies, finissent par expri-
mer une pensée cohérente, s’approprier les informations utiles et
disent : “Je vais me faire vacciner.
Par contre, d’autres sont dans l’impossibilité de se concentrer. Quand je prononce le mot “vaccin”, ils ou elles disent “Macron”, l’insultent et déversent des phrases sans queue ni tête, de haine des dirigeants, niant leurs efforts louables, n’insistant que sur leurs erreurs réelles ou prétendues, leur attribuant des intentions criminelles... En même temps, ça préconise des recettes miracles à base de plantes, l’hydroxychloroquine, l’ivermectine, etc. Ça accuse les autorités politiques et médicales de fomenter un complot mondial avec les laboratoires pharmaceutiques, ceux de recherche médicale, tous alliés aux puissances d’argent et aux politiciens de tout acabit pour faire disparaître la moitié de l’humanité !... Rien que ça ! Sans réaliser que ce sont leurs comportements et leur prosélytisme qui augmentent la morbidité et la mortalité.
Sapristi ! Il ne doit pas faire bon être dans leurs têtes. Ça doit cauchemarder en permanence. Certaines de mes amies, jusque-là très sensées, ne sélectionnent plus que les discours les plus délirants de sombres inconnus, experts autoproclamés pontifiant et recrutant avec un ahurissant succès malgré des moyens souvent dérisoires. En plus ils sont laids et ternes à faire fuir. Seul le druide marseillais avait de l’allure dans ses imprécations contre le système de santé, sans lequel il n’aurait jamais existé. Sa démarche autodestructrice tonitruante m’a beaucoup intriguée. Je comprends qu’il ait pu éventuellement séduire.
Un mouvement mondial contre tous les circuits officiels d’information perturbe le bon sens de beaucoup. Tous les médias sont décrétés menteurs, même quand des faits sont avérés, vérifiables à portée de main.

Même quand les médecins et infirmiers que nous connaissons lancent des SOS, informent que l’hôpital est submergé par les non-vaccinés qui débordent de la morgue, rien n’y fait. Les neurones restent captifs de circuits victimaires d’assiégés ima-ginaires. Il leur est impossible de se concentrer sur une idée et de la développer. Ils désignent des coupables, font des associations incohérentes de mots et concepts pour finir par s’absoudre de toute responsabilité sur leur propre santé.
Mes tentatives d’appel à la raison échouent sur un mur impalpable, mais bien réel, de déraison morbide, s’alimentant en permanence sur les réseaux sociaux où sont sélectionnés de cinglés accusateurs des blouses blanches, comme si celles-ci relayaient la dame blanche dans le rôle d’épouvantail.
Me vient à l’esprit la légende allemande du Joueur de Flûte, de Hamelin. Souvenez-vous. Une ville est envahie par des rats. Un joueur de flûte les en débarrasse. Au lieu des 1 000 pièces d’or promises, le maire ne lui en donne que 50. Le musicien berné ne les prend pas et s’en va. Puis, le joueur de flûte revient et emmène avec lui tous les enfants de la ville qui dansent sur sa musique sans plus entendre les appels de leurs parents. Ils disparaissent à jamais.
Dans le cas présent, la musique entraînant les antivax n’est en rien harmonieuse. Elle est haineuse.
Elle est geignarde aussi. Ils se plaignent de discrimination, alors qu’ils monopolisent désormais quasiment tous les lits d’hôpitaux, tous les soignants, plombent la CPS avec leurs soins dispendieux et arrêts maladie, handicapent les entreprises et services publics. Et c’est tant pis pour qui a préservé sa santé en suivant les directives des autorités.
Nous n’avons pas intérêt à avoir besoin de l’hôpital pour une quelconque autre pathologie.

J’ignore comment se terminera cette triste histoire qui mérite d’être analysée sur tous les plans tant sanitaires, sociaux, culturels, éducatifs, psychologiques, psychiatriques, économiques etc.
Il est vrai que les vaccins avaient fait oublier les maladies contagieuses qui éprouvèrent tant nos aïeux depuis 1767 pour les Polynésiens, depuis 1493 pour le continent américain et depuis toujours en Asie et Europe. À partir des années 1967-70, les sociétés sous influence occidentale oublièrent ces fléaux, se préoccupant des maladies de comportement, y compris alimentaires. Les programmes scolaires et les formations de soignants zappèrent l’histoire des maladies contagieuses, des épidémies et pandémies. Cela explique sans doute en partie, l’irrationalité de bien des comportements induisant la réapparition de crain-tes étranges, où les blouses blanches se substituent à la dame blanche et aux ’oromatua.

Vendredi 10 Septembre 2021 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Fritch fait pschitt

L’horrible réalité sanitaire que nous vivons est devenue insupportable, notre pays enregistrant désormais les pires statistiques à l’échelle mondiale. Les morts (plus d’un demi-millier de décès) se ramassent à la pelle, par dizaine, voire vingtaine, selon les jours. Les familles doivent enterrer elles-mêmes leurs défunts avec leurs propres moyens, le personnel de santé est à bout de souffle, les covidés s’asphyxient et les renforts sanitaires arrivent au compte-gouttes… Chacun d’entre nous retient sa respiration ! Mais nul ne parvient à trouver un ballon d’oxygène dans la gestion de la crise proposée par le président de la Polynésie française. Après “l’affaire du mariage”, ses propos déplacés envers les journalistes locaux (relayés et condamnés par la presse nationale), puis l’enterrement de son directeur de cabinet en grande pompe, voilà que “Doudou” s’en remet maintenant à Dieu en pleine hécatombe. Et de s’énerver de plus en plus ouvertement face à l’insistance des médias, qui exercent pourtant leur métier en demandant simplement des réponses à leurs interrogations. Au lieu de lancer des appels désespérés au jeûne, on aurait pu penser qu’il lancerait plus vite et plus fort des appels du pied pour obtenir de l’aide de l’État pour de nouveaux personnels soignants, et qu’il saisirait le problème de la santé à bras-le-corps en lançant plus tôt de vastes campagnes de lutte contre l’obésité, le diabète, l’alcoolisme et les maladies chroniques dont souffre plus de la moitié de notre population. Que nenni, il allume 500 bougies, saute son petit-déj’ et se tourne vers le Tout-Puissant. Ainsi, au cœur de la tempête, le capitaine Fritch fait… pschitt !

Une autre maladie est aussi à traiter en urgence : celle des fake news autour de la vaccination qui contaminent les réseaux sociaux, avec leur déferlement de violences dans un monde qui ne pourrait être autre que manichéen. Nous sommes tous libres de faire ce qui nous semble le mieux pour nous et ceux que nous aimons. Pour autant, si le sujet est aussi clivant, c’est parce qu’il nous force à positionner un curseur entre notre liberté individuelle et notre responsabilité collective. Nous consacrons une analyse économique de cette thématique intéressante dans un dossier à retrouver en pages intérieures (lire pp. 14-19).
Si la communauté scientifique s’accorde à dire que la vaccination est l’arme la plus efficace pour nous protéger et nous permettre de recouvrer notre liberté, les politiques devraient cependant tout faire pour éviter que la question de la vaccination ne soit discriminante et ne se transforme en ségrégation sociale. Or, l’obligation vaccinale que vient de sortir le Pays aux forceps pour imposer certaines professions à s’injecter les doses anti-Covid pourrait attiser les tensions et nous diviser. Que le gouvernement donne l’exemple ! Tous les élus ne sont pas vaccinés, y compris certains des plus hauts représentants du Pays. Coincé dans les cordes, Fritch s’est engagé à ce que la classe politique montre la voie à suivre ; on voudrait y croire, mais à TPM, on est comme Saint Thomas…

Retrouvons le chemin de la cohésion sociale, menons des actions durables et soyons solidaires. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique se joint à moi pour soutenir les foyers endeuillés, fa’aitoito à tous ! Le Covid a touché aussi nos équipes, ce qui nous a contraints à publier votre magazine avec une semaine de retard, mais nous tenons à vous offrir, malgré la crise que traverse également la presse, toujours cette goutte de liberté dans l’océan. Celle-là, vous pouvez en prendre plusieurs doses sans crainte, elle est totalement inoffensive. 
Dominique Schmitt

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.