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Covid-19 : ces héros du quotidien qui sont au front…



Crédit photo : Suliane Favennec
Crédit photo : Suliane Favennec
Il aura fallu attendre une crise sanitaire à l’échelle planétaire provoquée par un satané virus invisible pour rendre visibles ceux qui travaillent dans l’ombre... Activités économiques en veille, arrêt total des liaisons aériennes, professionnels de santé sur le qui-vive, la pandémie de Covid-19 qui frappe le monde (plus de 80 000 morts, le 7 avril) bouleverse également le quotidien des Polynésiens. Depuis le confinement général imposé à la population, le 20 mars dernier, la vie tourne au ralenti au fenua (lire pages 15 à 17) et chacun tente de "survivre", de s’en sortir sans sortir. Aussi, la décision du président M. Édouard Fritch de suspendre la vente d’alcool pendant toute la durée de cet enfermement forcé n’a pas été au goût de tous, beaucoup estimant que leur liberté individuelle était encore bafouée. Lutter en restant confiné chez soi, d’accord. Mais sans boire un coup, la coupe est pleine ! Et puis, s’il y a, ici comme ailleurs, des "cons finis" qui se considèrent au-dessus du lot et des lois, il y a aussi des héros du quotidien. Beaucoup de citoyens ont dû arrêter de travailler, mais certains sont encore au front. Par choix ou par nécessité. Eux, ce sont les aides-soignants, les infirmiers, les caissiers, les pompistes, les livreurs…

Notre envoyée spéciale, Suliane Favennec, est allée à la rencontre de ces travailleurs qui sont en première ligne (lire pages 18 à 27). Son reportage, étayé de nombreux portraits, révèle que ces hommes et ces femmes, potentiellement en contact direct avec le coronavirus, sont souvent dépourvus d’armes et improvisent au mieux ! En effet, le Pays a du mal à s’organiser sur le plan sanitaire et manque de matériel médical, surtout de respirateurs artificiels et de masques chirurgicaux, notamment les FFP2, pour lutter contre la propagation de la maladie. Les commandes peinent à être honorées, tandis que d’autres ont été littéralement détournées par le pays de l’oncle Sam. Aussi, un article de France Inter nous rappelle comment la France a sacrifié sa principale usine de masques, en Bretagne, et a fermé en 2018 après avoir été rachetée par le géant américain Honeywell. Le responsable de ce fiasco : l’État français, qui s’était engagé à commander à l’entreprise des millions de masques chaque année, avant de se retirer lâchement… Plus grave encore, une enquête de Mediapart a apporté, la semaine dernière, les preuves d’un mensonge d’État grâce à de nombreux témoignages et documents confidentiels. Et d’évoquer la gestion chaotique au sommet du pouvoir français, entre janvier et aujourd’hui, sur la question cruciale des masques.

Dans cette édition spéciale coronavirus, la rédaction de Tahiti Pacifique vous propose également l’analyse de notre économiste au sujet du plan d’urgence mis en place par le gouvernement et l’État. Christian Montet détaille ainsi les aides apportées aux patentés et aux entreprises, ces "sinistrés" qui attendent avec grande impatience l’heure de la relance économique. Selon lui, "la gageure consiste à retourner au plus vite à la vie (presque) normale, tout en essayant d’éviter que l’épidémie ne reprenne" (lire pages 30-31). En ces temps de confinement, retrouvez par ailleurs des articles pratiques, à l’instar des conseils santé d’Hélène S. Pechin, naturothérapeute, qui préconise de redécouvrir les ressources naturelles que nous avons à porter de main. En effet, fruits, légumes, plantes… quoi de mieux que l’alimentation traditionnelle polynésienne pour booster notre système immunitaire (lire pages 28-29) ? Embarquez aussi avec Pauline Sillinger pour votre nouvelle rubrique, "L’éco-évasion". Cette jeune consultante en développement durable, originaire de Tahiti, vous emmène en voyage autour du monde et vous invite à découvrir des destinations insolites avec un regard différent, celui d’une passionnée d’écologie (lire pages 44-45). Enfin, puisque nos sorties sont devenues essentiellement virtuelles, votre agenda s’adapte : Vaea Deplat a déniché les bons plans en ligne pour faire entrer la culture chez vous (lire pages 50-51). Bon courage à tous et, surtout, prenez soin de vous et de vos proches.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 9 Avril 2020 - écrit par Dominique Schmitt


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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt